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PIERRE DE RONSARD
ŒUVRES COMPLÈTES
II
MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS.
SOCIÉTÉ DES TEXTES FRANÇAIS MODERNES
PIERRE DE RONSARD
ŒUVRES COMPLÈTES
II
ODES ET BOCAGE DE 1550
PRÉCÉDÉS DES PREMIÈRES POÉSIES 1547-1549 -
TOME II
EDITION CRITiaUE
AVEC INTRODUCTION ET COMMENTAIRE
PAR
PAUL LAUMONIER
PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET O^
79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
I9I4
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1/, ^
TROISIEME LIVRE DES ODES
DE PIERRE DE RONSARD VANDOMOIS
A CHARLES DE PISSELEU [76 r^]
EVESQUE DE CONDON '
Ode I
D'où vient cela (mon Prélat) que les hommes
De leur nature aiment le changement,
Et qu'on ne voit en ce monde où nous sommes
Un seul qui n'ait un divers jugement ^ ?
L'un éloingné des foudres de la guerre
Veut par les champs son âge consumer,
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, i), 1550, 1555 ;
(viii) 1^55. — Œuvres (Odes, III, ix), 1560, 1567, 1571, 1573 ; (xxv)
1578 ; (xix) 1584 ; (xviii) 1587 ; 1592-1630. En 1587 et dans les éd. de
1592 et 1597, cette ode a été en outre insérée parmi les Elégies (xxii).
Blanchemain (t. II, p. 223) ; Marty-Laveaux (t. II, p. 286).
Titre. ôo-'jS A Charles de Pisseleu. | 8 4-8 j sans titre.
I. 6o-8j D'où vient cela (Pisseleu)
A- S^~15 '"^ point après jugement (^èd. suiv. corr.)
1. Sur ce personnage, v. ci-dessus Of?e5, II, xvni, n. i.
2. Cette strophe est une « contamination » du début de la i'* Satire
d'Horace, Qui fit Maecenas, et du proverbe latin Tôt capita, tôt studia,
qu'on trouve d'ailleurs dans Horace sous cette forme : Quot capitum
vivunt, totidem studiorum Millia {Sat. II, i, 27). — - Tout le reste de la
pièce est imité d'Horace, Cfln/2. I, i, et de Virgile, Géorg. II, $03 et suiv.
Cf. mon Ronsard p. lyr., p. 358. Ronsard a repris ce thème dans son épître
à Hamelin (Bl. VI, 236).
Ronsard, II. I
2 ODES
A bien poitrir les mottes de sa terre
Pour de Ceres les presens i semer.
L'autre au contraire ardent aime les armes,
10 Marchant hardi, ores pour étonner
Le camp Anglois de menassans alarmes.
Or pour l'assaut à Boulongne donnera
Qui le palais de langue mise en vente
Fait éclater devant un Président,
1$ Et qui picqué d'avarice suivente [76 v»]
Franchist la mer de l'Inde à l'Occident.
L'un de l'amour adore l'inconstance,
L'autre plus sain ne met l'esprit, sinon
Au bien public, aus choses d'importance,
20 Charchant par peine un perdurable nom.
L'un suit la court, & les grans dieus ensemble,
Si que son chef au ciel semble toucher.
L'autre les fuit, & est mort ce lui semble
Si voit le Roi de son toict approcher.
10-12. /j" Marchani la nuit hardi, pour étonner Le camp Anglois de
redoublés alarmes Et pour le jour bataille lui donner | 60 Et ne sçauroit
en un lieu séjourner Sans bravement ataquer les alarmes Bien que
jamais ne pensse retourner | 6'j-8'] Si qu'en un lieu {jS-Sy sa peau) ne
sçauroit séjourner Sans bravement ataquer les alarmes Bien que jamais
{y8 qu'au logis) n'en puisse retourner (S4-S'/ Et tout sanglant au logis
retourner)
20. S^-78 Cerchant | 84-87 Cherchant
21. ^f-ys ces grans Dieus | yS ses grands Dieux | 84-87 les faveurs
22. ^^-8y Si que sa teste
24. yi-8y S'il voit le Roy
I. Allusion au siège de Boulogne, que nos troupes tentèrent de re-
prendre aux Anglais en 1545 et en août-septembre 1549.
LIVRE III, ODE I 3
Le pèlerin à l'ombre se délasse,
Ou d'un sommeil son travail adoussist,
Ou reveillé, avec la pleine tasse
Du jour tardif la longueur accourcist.
Qui davant l'aube accourt triste à la porte
Du conseiller le sac au poin portant,
Et là rêvant atend que monsieur sorte
Pour lui donner le bon jour en sortant.
Ici, cetui de la sage Nature
Les faits divers remasche en i pensant.
Et cetui là, par la lineature
Des mains, prédit le malheur menassant. [77 r^]
L'un allumant ses vains fourneaus, se fonde
Dessus la pierre incertaine, & combien
Que l'invoqué Mercure ne réponde,
Souffle en deus jours le meilleur de son bien ^
L'un grave en bronze & dans le marbre à force
Veut le labeur de Nature imiter.
26. ôy-Sy le travail adoucist
28. j/-<^7 Des jours d'Esté la longueur accoursist
29. yi-Sy Qui devant l'Aube
30-32. SS~^7 Du conseiller, & là, faisant maint tour Le sac au poin
atend que monsieur sorte Pour lui donner humblement le bon jour
40. SS'^7 Souffle en deus mois
41. yo en bronce (éd. suiv. corr.)
42. 84-8^ Vent le naïf de Nature imiter
I. Allusion à la recherche de la pierre philosophale par les alchi-
mistes. J. Tahureau a cité ce quatrain dans ses Dialogues (éd. Con-
science, p. 144). — Rotrou a repris le jeu de mots dans la Sœur, II, 2 :
Que bien loin de l'enfler, Il vidoit sa finance, à force de souffler.
4 ODES
Des corps errans l'astrologue s'efforce
Vouloir par art le chemin limiter :
45 Mais tels estats inconstans de la vie
Ne m'ont point pieu, & me suis tellement
Eloigné d'eus, que je n'u onq envie ^
D'abaisser l'œil pour les voir seulement.
L'honneur sans plus du verd laurier m'agrée,
50 Par lui je hai le vulgaire odieus 2,
Voila pour quoi Euterpe la sacrée
M'a de mortel fait compagnon des Dieus.
Aussi el' m'aime, & par les bois m'amuse,
Me tient, m'embrasse, & quand je veil sonner,
55 De m'accorder ses fleutes ne refuse
Ne de m'apprendre à bien les entonner 3 .
Car elle m'a de l'eau de ses fontaines [77 v»]
Pour prestre sien baptisé de sa main,
44. S^-8y Oser par art | jo leur chemin {éd. suiv. corr.)
45. j8-8j Mais tels estats les piliers de la vie | Bl Mais tels estats,
inconstants de la vie, {texte fautif)
47. ^)-6j que je n'us | yi-8j que je n'eus
52. j'o Dieux {corr. d'après la graphie courante de /o)
53. j8-8j La belle m'aime, & par ses bois m'amuse
54. SS~^7 js "^^^s {et veux)
57-58. y8-8y Dés mon enfance en l'eau de ses fontaines Pour Prestre
sien me plongea de sa main | Bl prestre bien {texte fautif )
1. Pour la graphie ;V n'u, cf. ci-dessus Odes, II, 11, 13, et ci-après,
IV, VI, 40 ; Bocage, vi, 44.
2. Ce distique est une « contamination » de deux passages d'Horace,
Carvi. I, I, 29 et III, i, 1 .
3. Cette strophe développe le « neque tibias Euterpe cohibet » d'Horace,
Carm. I, i, 32. Cf. J. Lemaire, Illustr. de Gaule, I, xxix : « Euterpe la
quarte feit noble modulation de ses fluttes, dont elle trouva première-
ment l'usage. »
LIVRE III, ODÉ II
Me faisant part du haut honneur d'Athènes,
Et du sçavoir de l'antique Romain.
HINNE A SAINT GERVAISE, ET PROTAISE '
Ode II
La victorieuse couronne
Martirs, qui vos fronts environne,
N'est pas la couronne du pris
Qu'Elide donne pour la course.
Ou pour avoir près de la source
D'Alphée, esté les mieus appris ^.
Avoir d'un indonté courage
De Néron méprisé la rage
Vous a rendus victoriens,
Quand l'un eut la teste tranchée.
Et l'autre l'eschine hachée
De gros fouets injurieus.
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (\l\, ii), 1550,1553 ; (ix)
1555. — Œzi w« (Odes, III, x), 1560. — Supprimée en 1567. — Réimpri-
mée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. IV, Hymnes, p. 258. —
Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. V, p. 267); Marty-Laveaux (t. VI, p. 132).
Titre. PR 162^, Bl, ML à. Saint Gervais & Saint Protais (texte rajeuni)
7. j/-^o Avoir d'un inveinqu courage
9. PR 161 j'2^, ML Vous a rendu (texte fautif)
1. Patrons de l'église de Couture, village natal de Ronsard.
2. Cf. Prudence, Peristephanon, hymne iv, loi. A propos de Saint-
Vincent, Prudence fait là un rapprochement analogue entre le martyre
et l'aywv Olympique (d'ailleurs fréquent chez les orateurs sacrés : v. par
ex. l'homélie de Saint-Romain par J. Chrysostome). Cette source litté-
raire est d'autant plus probable que Ronsard a écrit son hymne pour
6 ODES
Ce beau jour qui vostre nom porte '
Chaqu' an me sera saint, de sorte
15 Que le chef de fleurs relié, [78 r^j
Dansant autour de vos images,
Je leur ferai humbles hommages
De ce chant à vous dédié.
Ce jour, l'oueille audacieuse
20 Erre en la troupe gracieuse
Des loups, & si n'a crainte d'eus,
Ce jour, les villagois vous chomment
Et oisifs par les prez vous nomment
Leur douce espérance tous deus.
25 Regardez du ciel nos services,
Et avocassez pour nos vices.
Regardez nous (disent ils) or,
Doutez le péché qui nous presse,
Et nous sauvez de toute oppresse,
30 Cet an, & l'autre & l'autre encor.
16-17. Jj-éo Dansant autour de vôtre image, Je vous pairai de
l'humble homage
19. 60 oùeille | PR 160^-16^0 ouaille (et oûaille)
20. SJ-ôo Court par la troupe gracieuse
21-24. ^^ Des loups, & n'ha point crainte d'eus... | S)-6o Des loups,
& sans berger n'a peur : Ce jour, les villageois vous nomment. Et
oisifs par les prés vous chomment, Leurs boeufs afranchis du labeur
30. /o Cette an (corrigé aux errata)
29-30. S ^-60 Et cet an sauvés nous d'opresse Et les autres suivans
encor
un jour anniversaire, comme Prudence les siens (cf. Puech, thèse sur
Prudevce, 1888, p. 291).
I. Le 19 juin, jour de la Saint Gervais. Uasscvihlée de Couture a lieu
encore le jour de cette fête patronale.
LIVRE III, ODE III
Faites que des bleds l'apparance
Ne démente nostre espérance,
Et du raisin ja verdelet
Chassez la nue menassante.
Et la brebis aus champs paissante
Emplissez d'aigneaus, & de laict ^
A PHEBUS [78 yo]
LUI VOUANT SES CHEVEUS ^
Ode III
Dieu crespelu 3 (qui autrefois
Bani du ciel, parmi les bois,
D'Admete gardas les taureaus,
34-35. jo menassente ei au champs (éd. suiv. corr. sauf ç2) \ PR
i6op-i6^o, Bl au champ (texte fautif)
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, m), 1550. — Suppri-
mée en 1553. — Rétablie en 1355 (III, x). — Œuvres (Odes, III, x=xi)
1560; (x) 1567, 1571, i$73 ; (ix) 1578. — Supprimée définitivement en
1584. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 406.
— Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 413); Marty-Laveaux (t. VI, p. 78).
I. S)~7^ Dieu perruquier
3. jo Atmete (éd. suiv. corr.)
1. Les quatre dernières strophes sont une imitation originale d'Ho-
race, Carm. III, xviii, où le poète s'adresse au dieu Faune, le priant de
protéger son champ et son troupeau. Cf. Ronsard p. lyr., p. 440.
2. Phébus était le dieu invoqué par les jeunes gens sous le nom de
KouooToocDOç. Ils lui faisaient des offrandes, entre autres celle de leurs
premiers cheveux ou de leur première barbe (Homère, Od. XIX, 86 ;
Hésiode, Thëog., 346; Ca.\\imsi({\xe, Hymne de Délos,2(^S ; AnthoLgr.,épigr-
votives, n°^ 155 et 198).
5. Cf. Pindare, Pyth. ix, début: ô yaizdziç, AaxoiSaç. Avant Ron-
sard, le rhétoriqueur J. Bouchet avait déjà dit : Apolle (5îc) chevelu, —
et Marot: Phebus à la barbe dorée.
ODES
Fait compaignon des pastoureaus ^)
Mes cheveus j'offre à tes autels,
Et bien qu'ils ne soient immortels,
Ils te seront dous & plaisans.
Pour estre la fleur de mes ans 2.
Mainte fille par amitié,
En a désiré la moitié
Pour s'en orner, mais tu ne veus
(O l'honneur des crespes cheveus,)
Que rien Ion t'aille présenter
Dont quelq'un se puisse vanter.
C'est toi, qui n'as point dédaigné
De m'avoir seul acompaigné,
duand des le berseau j'allai voir
Tes compaignes, dont le sçavoir
M'a tellement ravi depuis,
20 Que je ne sçai si je me suis
Ivre, de leur russeau ami 3,
lî
10. SS~7^ En a souheté (et souhaité) la moitié
11-13. jo Pour s'enorner... | SS'7^ Pour s'en tifer, mais je ne veus
O Phebus roi des beaus cheveus Rien de ma part te présenter
15-18. ;o virgule après dédaigné et un point après acompaigné | iy-jS
Car c'est toi qui n'as dédaigné De m'avoir seul acompaigné, Quand
premier je m'ivrai de l'eau Qui court sur le double coupeau :
19-21. SS'7^ suppriment ces trois vers, dont le dernier ne rimait avec
aucun autre | Le texte de Bl Car sur le bord je m'endormi pour le vers
absent en i^^o est conjectural.
1. Cf. Euripide, Alceste, début du prologue ; Jean Lemaire, Illustr. de
Gaule, J, XXVI.
2. On peut penser que la composition de cette ode remonte à l'époque
où Ronsard fut tonsuré (mars 1543) et qu'elle était au nombre de celles
« non mesurées à la lyre » qu'il montra alors à Jacques Peletier, secré-
taire de l'évêque du Mans (cf. Peletier, Art poétique, p. 64-65). Pourtant
cette ode isométrique à rimes suivies n'est pas irrégulière à proprement
parler, car toutes ses rimes sont de même genre ; aussi Ronsard ne l'a-t-
il pas reléguée dans son Bocage (cf. R.H. L. 1905, p. 69, n. 6).
3. Il s'agit de la source Hippocrène, de la fontaine de Castalie ou du
fleuve du Permcsse, tous trois consacrés aux Muses et à Apollon.
LIVRE III, ODE IV 9
A mon réveil il me sembla [79 r^]
Que leur collège s'assembla :
Et que Calliope aus beaus yeus
25 M'acointant sur toutes le mieus
Pour présent son lue me donna %
Qui depuis le premier sonna
Dedans la France les façons
De joindre le lue aus chansons 2.
A MACLOU DE LA HAIE 3
SUR LE TRAITÉ DE LA PAIX FAIT ENTRE LE ROI FRANÇOIS
ET HENRI d'aNGLETERRE,
Ode IV
Il est maintenant tens de boire,
Et d'un dous vin oblivieus
23. Si'7^ Qu'un chœur de vierges s'assembla,
25. S S '7^ ^^ Muse qui chante le mieus,
26. 6y-j8 son Luth (et luth)
27-29. SS~7^ Q-'^i depuis en France sonna Or bien, or mal en divers
sons Bonnes & mauvaises chansons
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, iv) 1550. — Supprimée
en 1555. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II,
p. 456. — Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 459); Marty-Laveaux (t. VI, p. m).
Titre. PR l6op (in-X2)-i6jO, ML datent cette paix i<y44. par erreur.
2. PR i6op-iy, 16^0 vin oublieux {PR 162), Bl, ML corr.)
1. Cf. Hésiode, Tbéog., début; et le songe de Properce, III, m.
2. Cf. ci-dessus Odes, I, xii, 20. En réalité ce mérite revient à Cl. Marot,
traducteur des Psaumes de David (voir mon Ronsard p. lyr., Introduction,
De Vinvention de V ode française, et pp. 651-658, Syyéjé, 706-710.)
3. Sur ce personnage, v. ci-dessus Odes, II, xi, note i ; xvi, note
finale ; et ci-après, IV, xv, notes.
4. Cette date est erronée, car il ne peut s'agir que du traité d'Ardres,
10 ODES
Faire assoupir en la mémoire
Le soin de nostre aise envieus.
5 Que c'estoit chose deftendue
Au paravant de s'esjouir,
Ains que la paix nous fust rendue
Et le repos pour en jouir ' !
Je di, quand Mars armoit l'Espaigne
10 Contre les François indontés, [79 v^]
Et ce peuple que la mer baigne
(Hors du monde) de tous costés ^,
L'Espaigne en piques violentes
Furieuse, & ce peuple ici,
15 Par ses flèches en l'air volantes
A craindre grandement aussi.
Puisque la paix est revenue
Nous embellir de son séjour,
La joie en l'obscur détenue
20 Doit à son ranc sortir au jour,
Sus page, en l'honneur des trois Grâces
Verse trois fois en ce pot neuf,
4. Bl seul divise cette ode en quatrains,
8. jo, p2, PR i6oç-i6)o un point interrog. (Bl corr. ML met un point)
19. jo en l'oscur (PR 160^-16^0, Bl, ML corr. — Cf. ci-après III, ix, 10 ;
XIV, 22)
qui futsigné entre François I" et Henri VIII, le 7 juin 1546. Cf. Léonard,
Recueil des traites de paix, t. II, p. 458, et Dumont, Corps diplomatique,
t. IV, 2* partie, p. 305.
1. Cette première strophe est imitée d'Horace, Carm. I, xxxvii, Nunc
est lihendum, 1-6. Le 2' vers rappelle un autre passage d'Horace, Carm.
II, VIT, 21 : Oblivioso laevia Massico Ciboria expie.
2. Cf. Horace, Carm.l, xxxv, 29: ultimos Orbis Britannos ; et Vir-
gile, Bue. I, 67: Et penitus toto divises orbe Britannos.
LIVRE III, ODE IV II
Et neuf fois en ces neuves tasses
En l'honneur des seurs qui sont neuf'.
25 Ce lis, & ces roses naïves
Sont épendues lentement,
Je hai les mains qui sont oisives,
Qu'on se depesche vitement:
Là donq ami, de corde neuve
30 R'anime ton lue endormi,
Le lue avec le vin se treuve
Plus dous, s'il est meslé parmi.
O quel Zephire favorable [80 r»]
Portera ce folâtre bruit
35 Dedans l'oreille inexorable
De Madelaine qui nous fuit ^ ?
Le soin qui en l'ame s'engrave
Secoure aus vens ores tu dois 3 :
C'est chose saige, & vraiment grave
40 De faire le fol quelquefois -+.
25. PR i6o^-iy, 16^0 Ce lis, & les roses | PR 162^, ML Ces lys, &
les roses | Bl Ces lys et ces roses
38. PR 162^-16^0, ML Secourre | Bl Secouer aux vents or' tu dois
{texte fautif) \ jo tu dois sans ponct. {PR 161^-2^, ML corr.)
1. Ces quatre derniers vers et les douze qui suivent sont imités libre-
ment d'Horace, Carm. III, xix, 10-24. Cf. Ronsard p. lyr, p. 574 et suiv.
2. Cette Madeleine, qui correspond à la femme du vieux jaloux Lycus
de l'ode horatienne, pourrait bien être la « mal mariée » que Ronsard
plaint dans la pièce suivante.
3. Ceci rend l'expression d'Horace : tristitiam et metus Tradam...
ventis {Carm. I, xxvi, début). — Secoure est une forme d'infinitif, qui
s'écrivait primitivement secorre ; le participe secoiis est couramment em-
ployé du temps de Ronsard pour secoué.
4. Cf. Horace, Carm. III, xix, 18 : Insanire juvat ; et IV, xii, fin : Duke
est desipere in loco. C'est une pensée de Ménandre: Kal auaaav^vat
12 ODES
A MADELAINE AIANT MARI VIEILLARD
Ode V
Les fictions dont tu décores
L'ouvraige que tu vas peignant,
D'Hyacinthe, Europe & encores
De Narcisse se complaignant
De son ombre le dédaignant 2,
Semblent indinnes de la peine
Dont tu exercites tes dois.
Car plustost soit d'or, soit de laine
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, v), 1550. — Suppri-
mée en 1553. — Rétablie en 1555 (III, xi). — Œuvres (Odes, III, xii)
1560; (xiir=xi) 1567^ 1571^ 1575 ;(>^) 1578; (vu) 1584. — Suppriméedé-
finitivement en 1587. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œu-
vres, t. II, p. 413. — Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 414) ; Marty-Laveaux (t. II, p. 267).
Titre, ^o viellart (corr. d'après les errata) \ j j-^4 A Madeleine.
3. jj-7^ D'Hyacinth', d'Europe (^7-75 D'Hyacinth) | 84 texte primitif
5. jo un point après dédaignant {éd. suiv. deux points, puis virgule)
6-7. ^^-84 Ne sont pas dignes de la peine Q.u'en vain tu donnes à
tes dois {84 Que tes doigts œuvrent dextrement)
8 ev'.a §£1 (cf. Sénéque, De tranquillitate animi, fin : Sive Graeco poetae
credimus, aliquando et insanire jucundum est). Rapprocher Du Bellay,
Vers lyr. vu, fin (éd. Chamard, t. III des Œuvres, p. 32).
1. Cette odelette est comme un vestige ou une réduction savante
des chansons médiévales de la « mal mariée ». On trouve des formes
populaires de ce genre traditionnel dans les Chansons du XV^ siècle de
G. Paris (Anciens textes), pp. 5, 109, 117, 118, 122, 131, 136. Cl. Marot
avait traité le même sujet sous les formes du rondeau et de l'épigramme
(éd. Jannet, t. II, pp. 131 et 164; t. III, p. 63).
2. Pour ces légendes, cf. Ovide, Met. III, VI et X. L'enlèvement
d'Europe y est représenté, comme ici, sur une toile par Arachné.
LIVRE III, ODE V 13
Ta toile peindre toute pleine
10 De ton tourment propre tu dois.
Quand je te voi, & voi encore [80 v^]
Ce vieil mari que tu ne veus,
Je voi Tithone, & voi l'Aurore,
Lui dormir, elle ses cheveus
15 Tresser d'un laqs doré comme eus
Pour aller chercher son Cephale,
Et quoi qu'il soit alangoré,
De voir sa femme morte, & palle,
Si suit-il celle qui égale
20 Les roses d'un front coloré ^
Parmi les bois errent ensemble
Se soûlant de plaisir, mais las.
Jamais le jeune amour n'assemble
Un vieillard d'ans recreu & las,
2) A un printens tel que tu l'as ^.
9-10. 84 Tu dois ta gaze toute pleine Peindre de ton propre tourment
12. ^o viel {corr. d'après les errata et les éd. sutv.)
13. jo Thitone (éd. suiv. corr.) \ PR i6iy-2^, Bl Tithon
15. S S '^4 Refrisoter de mile neuds
22. i^-84 mais lâs !
24. jo viellart {corr. d'après les errata) \ ^S-y8 Un vieillard de Venus
(6y-'j8 l'amour) si las | 84 L'hyver d'un vieillard sans soûlas
1. Pour cette légende de Géphale et de sa femme Procris, cf. Ovide,
Met. VII, 661 et suiv., et ci-après Odes, IV, xvi, 2° pose.
2. Rapprocher V. Hugo, Contemplations, I, xvi : Denise, ton mari,
notre vieux pédagogue...
14 ODES
A LA FONTAINE BELLERIE ^
Ode VI
Argentine fonteine vive
De qui le beau cristal courant,
D'une fuite lente, & tardive
Ressuscite le pré mourant, [8i r°]
5 Quand l'esté ménager moissonne
Le sein de Ceres devétu.
Et l'aire par compas resonne
Dessous l'épi de blé batu.
A tout jamais puisses-tu estre ^
ro En honneur, & religion
Au beuf, & au bouvier champestre
De ta voisine région.
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, vi) 1 5 50. — Supprimée
en 1553. — Rétablie en 1555 (III, xii). — Œuvres (Odes, III, xiii) 1560 ;
(xiii=xii)i567, 1571, 1573 ;(xi)i578;(viii) 1584, 1587 ; 1 592-1630. —
Prise à tort pour une ode retranchée (à cause des var. des premiers vers)
par l'éditeur lyonnais de 1592 {Œuvres, t. II, p. 458) et les éditeurs pari-
siens des Pièces retranchées, 1609- 16 50 : erreur reproduite dans les éditions
Blanchemain (t. II, pp. 208 et 461) et Marty-Laveaux (t. II, p. 268 ;
t. VI, p. 113).
1-4. SS~^7 Ecoute un peu (84-Sy Escoute moy) Fontaine vive En qui
j'ai rebeu si souvent Couché tout plat de sur la rive (6y, y8-8y ta rive)
Oisif à la fraîcheur du vent | jo un point final (éd. suiv.corr.)
7. JO-JJ virgule après aire {éd. suiv. corr.)
8. JJ-éo du blé I 67-^7 Gémissant sous le bled batu :
9-10. SS~^4 Ainsi toujours puisses-tu estre En dévote religion
9-12. 8j Ainsi tousjours puisses-tu estre En religion à tous ceux Q.ui
te boiront, ou feront paistre Tes verds rivages à leurs beufs
1. Voir ci-dessus Odes, II, ix.
2. La var. de ce vers contient une tournure d'optatif prise à Horace,
Carm. I, m, 1-3 : Sic te diva... regat. Cf. ci-après Odes, IV, vi, 7; xv,
fin.
LIVRE III, ODE VII 15
Et la lune d'un œil prospère
Voie les bouquins amenans
15 La Nimphe auprès de ton repère
Un bal sur l'herbe demenans %
Comme je désire fonteine
De plus ne songer boire en toi ^
L'esté, lors que la fièvre ameine
20 La mort dépite contre moi.
A MAISTRE DENIS LAMBIN 3
Ode VII
Que les formes de toutes choses
Soient, comme dit Platon, encloses [81 v°]
1 3-16. ^o vîrg. après prospère et un point après demenans (éd. suiv. corr.)
I j;-<^7 Ainsi toujours la lune clere Voie la nuit (60 la mi-nuit 6y-8j
à mi-nuit) au fond d'un val Les Ninfes (et Nymphes) près de ton repère
A mile bons (et bonds) mener un Bal (67-^7 le bal)
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, vu) 1550 ; (m) 1553 ;
(xiii) 1555. — Œuvres (Odes, III, xiv) 1560; (xiv=zxiii) 1567, 1571,
1573 ; (xii) 1578 ; (ix) 1584, 1587 ; 1592-1630.
Blanchemain (t. II, p. 208) ; Marty-Laveaux (t. II, p. 269).
Titre. JJ-éo A Lambin | Sy-y^ A Denys Lambin, à présent Lecteur
du Roy I '^8-84 A Denys Lambin, Lecteur du Roy | S y sans dédicace
1. Cf. Horace, Carm. I, iv, 7-10; et le poète napolitain Pontano,
Avior. lib. II, Laudes Casis fontis.
2. C.-à-d : De même que je souhaite de ne plus rêver en dormant
que je bois en toi. C'est le sens le plus fréquent du verbe « songer » au
XVI* siècle. Quant à la construction, elle est courante à cette époque: Ron-
sard, sonnet Veus tu sçavoir Briiês, v. 13 : « ...et plus je ne sens vivre L'es-
pcrance en mon cœur « (Contin. des Amours de 1555, Bl. I, 202) ; Du
Bellay, Lettres, éd. de Nolhac, p. 37 « Je suis délibéré de jamais plus ne
retenter la fortune » ; v. encore ci-après Odes^ III, ix, 29 ; IV, iv, 49-50.
— Pour l'idée, cf. Pontano, Amor. lib. II, Casim fontemaegrotus aUoquitur .
5. Célèbre philologue de Montreuil-sur-Mer en Picardie (1519-1572).
1 6 ODES
En nostre ame, & que le sçavoir
Est seulement ramentevoir :
5 Je ne le croi, bien que sa gloire
Me persuade de le croire.
Car véritablement depuis
Que studieus du Grec je suis,
Homère devenu je fusse,
lo Si souvenir ici me pusse
D'avoir ses beaus vers entendu,
Ains que mon esprit descendu,
Et mon corps fussent joins ensemble :
Mais c'est abus, l'esprit ressemble
i> Au tableau tout neuf, où nul trait
N'est par le peintre encor portrait.
Et qui retient ce qu'il i note %
Lambin, qui sur Seine, d'Eurote ^
3. ^o-yS & que sçavoir, (éd. suiv. corr. ; la virg. disparaît dès i>7^)
4. SS'^7 N'est sinon se ramentevoir
7. 8y Car de jour & de nuict depuis
II. 87 D'avoir son Roumant entendu
13. jo-j^ virgule après corps (éd. suiv. corr.)
17. 8y Et qui retient l'encre première
18. 5'j-7^ qui sur Ganche | '^^8-84 qui sur Gange | 8j Lambin
d'Horace la lumière
Cf. H. Potez, la Jeunesse de Denys Lambin (R. H. L., juillet 1902); Deux
années de la Renaissance (R. H. L., juillet et octobre 1906). D'après une
lettre de Lambin à Ronsard (1553) et la dédicace du 2' livre de son édi-
tion de Lucrèce (1563), il ne fut pas seulement le compagnon (socius) de
Ronsard au collège de Coqueret, mais encore son conseiller ou son répé-
titeur (admonitor). On sait d'autre part que Lambin quitta Paris pour
Toulouse dans la première moitié de 1548 et ne revit pas notre poète
avant la publication des Odes. Il est probable que Ronsard a écrit ces vers
avant le départ de Lambin, car ils sont comme l'écho d'une conversation
entre les deux jeunes gens sur la théorie de la « réminiscence » de Platon.
1. Ainsi Ronsard est partisan de la théorie sensualiste de la « table
rase ». Il pensait encore ainsi vingt-cinq ans plus tard : v. le sonnet à
Hélène Bien que l'esprit humain (Bl. I, 508). Cf. Ronsard p. lyr., p. 561.
2. La var. « Ganche » (aujourd'hui Canche) désigne le petit fleuve
qui passe à Montreuil-sur-mer, patrie de Lambin. La var. « Gange »
LIVRE III, ODE VIII 17
Par le dous miel de tes douceurs
20 As ramené les saintes seurs ^
EPIPALINODIE 2
Ode VIII
O terre, ô mer, ô ciel épars 3,
Je suis en feu de toutes pars :
Dedans, & dehors mes entrailles [82 r°]
Une chaleur le cueur me point,
19-20. 84-8y Par tes beaux vers {8y Qui par tes vers) pleins de dou-
ceurs As ramené les Muses Sœurs | Bl a des points de suspension fautif s .
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, viii) 1550 ; (iv) 1553 ;
(xiv) i5S$' — Œuvres (Odes, III, xv) 1560; (xv=xiv) 1567, 1571,
1573 ; (xiii) 1578 ; (x) 1584, 1587 ; 1 592-1630. — Recueillie à tort parmi
les Pièces retranchées (à cause de la disparition du titre en 1587), par les
éditeurs parisiens de 1609-1630.
Blanchemain (t. II, p. 209); Marty-Laveaux (t. II, p. 270).
Titre. 8j sans titre
4. 84-8y Une ardente chaleur me poind
est une faute d'impression. — Eurote, c'est l'Eurotas, fleuve de Laconie
(v. ci-dessus Odes, I, xviii, 10). — L'idée est empruntée à Virgile, Gèorg.
III, 10 (v. ci-dessus Odes, II, xxix, 40). — Dans la var. de 1587, Lambin
est appelé « la lumière d'Horace », parce qu'il a commenté ses oeuvres.
1. Guillaume des Autels a répondu à cette odelette dans une pièce de
même rythme, qui fait partie de la Suite du Repos de plus grand travail
(Lyon, 15 51) et est intitulée: Pour Platon, de la réminiscence, contre la
vu" ode du III" livre de Ronsard.
2. C.-à-d. palinodie supplémentaire, ou deuxième rétractation. Cette
ode en effet est une suite de la Palinodie à Denise (ci-dessus Odes, II, xxvi).
Aussi perdit-elle en 1587 son titre à'Epipalinodie, qui n'avait plus sa rai-
son d'être, la première rétractation étant supprimée. Blanchemain a eu
tort de conserver ce titre d'après l'éd. de 1560, alors qu'il supprimait la
Palinodie à Denise d'après l'éd. de 1587.
5. Apostrophe reprise par La Pcruse dans sa Mcdée, acte II, et par
Ronsard au début de sa Reinonstrance au peuple de France (B\. VII, 54).
Cf. Erasme, Adages, art. Loqui tragice.
Ronsard, II. 2
l8 ODES
Plus fort qu'un mareschal ne joint
Le fer tout rouge en ses tenailles.
La chemise qui ecorcha 7
Hercule quand il la toucha,
N'égale point la flamme mienne,
Ne tout le feu que rote enhaut
Bouillonnante en soi d'un grand chaut
La fornaise Siciliennes
Le jour, les soucis presidans
Condamnent ma coulpe au dedans
Et la genne après on me donne :
La peur sans intermission
Sergent' de leur commission
Me point, me pique & m'eguillonne.
La nuit, les fantausmes vollans,
Claquetans leurs becs violans,
En sifllant mon ame épovantent.
Et les furies qui ont soin
Vanger le mal, tiennent au poin
Les verges dont ell' me tourmantent ^.
8. SS'^7 Hercul' si tost qu'il la toucha
IO-I2. ^o-6j virgule après chaut {éd. siiiv. corr.) \ ^4-^7 Ny de Vésuve
tout le chaud, Ny tout le feu que rote en hault La fournaise Sicilienne
17. 8y Sergent de
20. 84-8'/ Claquetans de {8y à) becs gromelans
21. 71-8'^ espouvantent j Bl Et sifflant, {texte faiitij)
24. 84-87 Les couleuvres qui me tourmentent
1. Ce début est imité d'Horace, Epode xvii, 30-33.
2. Cette strophe et la précédente développent les vers 25 et 26 de
YEpode XVII, avec un souvenir des Euménides d'Eschyle.
LIVRE III, ODE VIII 19
25 II me semble que je te voi [82 v»]
Murmurer des charmes sur moi '
Tant que d'effroi le poil me dresse,
Puis mon chef lu vas relavant
D'une eau puisée bien avant
30 Dedans la mare de tristesse.
Que veus-tu plus, di, que veus-tu ^,
Ne m'as-tu pas assés batu,
Veus-tu qu'en cest âge je meure,
Me veus-tu brûler, foudroier,
55 Et tellement me poudroier,
Qu'un seul osset ne me demeure ?
Je suis apresté si tu veus
De te sacrifier cent beus
Affin de ravaler ton ire,
40 Ou si tu veus avec les dieus
Je t'envoirai là haut aus cieus
Par le son menteur de ma Lire.
Les frères d'Heleine fâchés
Pour les iambes delachés
30. 6^-84 Dedans les ondes de tristesse
28-50. 8y Et que mon chef tu vas lavant D'une eau bourbeuse bien
avant Puisée au fleuve de tristesse | Bl Dedans le fleuve de tristesse
{mélange de 60 et de Sy)
31-33. y8-8'/ point interrog. en fin de chaque vers.
54. jo brûler sans virgule {éd. suiv. corr.)
39. S5~^7 Afin de desamfler {et desenfler) ton ire
40. S^-yi virgule après dieus {éd. suiv. corr.)
1. ft Sabella carmina », « Marsa naenia », dit Horace, op. cit., 28-29.
2. Mouvement imité d'Horace, op. cit., vers 30 : Quid amplius vis ? —
vers 36-37 : Quae finis... Effare.
20 ODES
Contre leur seur par Stesichore,
A la fin lui ont pardonné,
Et pleins de pitié redonné
L'usaige de sa veue encore ^ [83 r»]
Tu peus helâs (Denise) aussi
Rompre la teste à mon souci
Te fléchissant par ma prière 2,
Rechante tes vers 3, & mes trais
Que tu as en cire portrais
Jette au vent trois fois par derrière 4.
L'ardeur du courrous que Ton sent
Au premier âge adolescent
Me feist trop nicement t'escrire,
Maintenant humble, & repentant,
D*œil non feint je va lamentant
La juste fureur de ton ire 5.
48. 6']'8'] L'usage de la veûe encore
52-$ 5. SS'^1 Rechante tes vers, & les trais De ma face en cire portrais
59. 60-8'j je vai lamentant
1. Cette strophe et la précédente sont imitées d'Horace, 0/. aï., vers
58-44: Paratus expiare... La périphrase « frères d'Heleine », déjà em-
ployée ci-dessus, Odes, I, ix, 209, pour désigner Castor et PoUux, vient
d'Horace, Carm. I, m, 2. — La palinodie de Stesichore est mentionnée
par Platon dans le Phèdre.
2. Cf. Horace, op. cit. 45 : Et tu, potes nam, solve me dementia.
3. Ibid. y : Citumque rétro solve, solve turbinem. d.Carm. I, xvi,
fin : recantatis opprobriis. — Ronsard veut dire : Rétracte tes paroles de
façon à me désensorceler. C'est là « parler latin en français ».
4. Détail à la fois horatien, virgilien et ovidien : Horace, Epode xvii,
ûn;Sat. I, viii, 29 et suiv. ; Virgile, jBuc. vin, 73-81 et 102; Ovide,
Amor. ni, VII, 29. Mais les sorciers du Moyen Age et du xvi* siècle se
servaient de ces figurines de cire pour les envoûtements, aussi bien que
les magiciennes de l'antiquité.
5. Cette dernière stroplie rappelle Horace, Carm. I, xvi, 22-26.
LIVRE III, ODE IX 21
HINNE A LA NUIT '
Ode IX
Nuit, des amours ministre & sergente fidèle
Des arrests de Venus, & des saintes lois d'elle,
Qui secrète acompaignes
L'impatient ami de l'heure acoutumée,
5 O l'aimée des Dieus, mais plus encore aimée
Des étoiles compaignes,
Nature de tes dons adore l'excellence, [83 v°]
Tu caches les plaisirs desous muet silence
Que l'amour jouissante
10 Donne, quand ton obscur étroitement assemble
Les amans embrassés, & qu'ils tumbent ensemble
Sous l'ardeur languissante ^.
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, ix) 1550; (v) 1553 ;
(xv) 1555. — Œuvres (Odes, III, xvi) 1560; (Hymnes) 1567, 1571,
1573. — Supprimée en 1578. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de
1592, Œuvres, t. IV, Hymnes, p. 259. — Recueil des Pièces retranchées,
1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. V, p. 268); Marty-Laveaux (t. VI, p. 135).
Titre. 6y-y^ Hymne à la Nuit
1. Ji-y) Nuict, des amours ministre, & ministre fidelle
5. jj Mignonne des Dieus | 60-j^ O mignonne des Dieus
6. Aucune séparation strophique dans les anciennes éditions.
7. 60-y^ honore l'excellence
1. Cette pièce est d'un bout à l'autre la paraphrase d'une ode saphique
du napolitain Pontano, intitulée Hymnus in Noctem dans l'éd. Aldine de
15 18 (Amor. lib. I,f° 8 v°), et Deprecatio ad Deam noctis dans l'éd. Aldine
de 1553 {Epigr. f° 230 v°). C'est la première de ces éditions qui a servi
à Ronsard. Cf. mon Ronsard p. lyr., p. 511 et 759.
2. Ronsard me semble avoir ici combiné avec le texte de Pontano ce
début d'une pièce de Nav.igero {Lusus, n° 22, éd. de i')5o) :
Nox bona, quae tacitis terras amplexa tenebris
Dulcia jucundae furta tegis Veneris,
Dum propero in carae amplexus et mollia Hyellae
Oscula, tu nostrae sis comes una viae.
22 ODES
Lors que l'amie main court par la cuisse, & ores
Par les tetins, ausquels ne s'acompare encores
15 Nul ivoire qu'on voie%
Et la langue en errant sur la joue, & la face,
Plus d'odeurs, & de fleurs, là naissantes, amasse
Que l'Orient n'envoie.
C'est toi qui les soucis, & les gennes mordantes,
20 Et tout le soin enclos en nos âmes ardantes
Par ton présent arraches.
C'est toi qui rens la vie aus vergiers qui languissent,
Aus jardins la rousée, & aus cieus qui noircissent
Les idoles attaches 2.
25 Mai, si te plaist déesse une fin à ma peine,
Et donte sous mes braz celle qui est tant pleine
De menasses cruelles,
Affin que de ses yeus (yeus qui captif me tiennent)
Les trop ardens flambeaus plus brûler ne me viennent
30 Le fond de mes mouelles.
14. jo au quels {éd. suiv. corr.)
13-15. SS'75 Lors que la main tâtonne ores la cuisse, & ore Le tetin
pommelu qui ne s'égale encore A nul rubi qu'on voie
17. jS'73 'i'^^ ^^^^' baiser amasse
20. SS-73 ^^ i^os âmes dolantes
22. j'J-75 aus vergers
24. Le texte de Bl Les estoiles est une conjecture inutile.
25» SS'7S Mets si te plaist Déesse ] ^2, PR i6op-^o, Bl, ML Mets,
s'il te plaist, Déesse {texte rajeuni)
26. JJ-yj celle qui m'est trop pleine
30. PR lôo^-iy, 16^0 Le front de {PR 162^, Bl, ML corr.)
1. Ces trois vers rappellent l'expression « tractare manu tumidas papil-
las et tenerum fémur », qui revient souvent chez Pontano (v. par ex.
Amor. lib. I, Ad Fanniam : Candidior nivea..., fin),
2. On aurait tort de remplacer idoles par étoiles, comme l'a fait Blan-
chemain. Non seulement Ronsard a pu se souvenir d'Apollonios de
Rhodes, qui nomme les constellations sl'SojXa oùpavia (Argon. III,
1004), ï^i^is encore il emploie le mot idole pour désigner tantôt, comme
ici, les simulacres ou « voiles » des corps transformés en étoiles, tantôt
LIVRE III, ODE X 23
DE LA VENUE DE L'ESTÉ [84 r"]
AU SEIGNEUR DE BONNIVET EVESaUE DE BESIERS '
Ode X
Ja-ja, les grans chaleurs s'émeuvent,
Et presque les fleuves ne peuvent
Leurs peuples escaillés couvrir,
Ja voit on la plaine altérée
Par la grande torche aithérée
De soif se lâcher, & s'ouvrir ^.
L'estincelante Canicule,
Qui ard, qui cuist, qui boust, qui brûle,
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (lll, x) 1550; (vi) 1553 ;
(xvi) ISS 5- — Œuvres (Odes, III, xvii) 1560 ; (xviiz=z xv) 1567 ; (xv)
1571» ^573 J 0^^^) 1578 ; (xi) 1584, — Supprimée en 1S87. — Réim-
primée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p, 410. — Recueil
des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 41 s); Marty-Laveaux (t. II, p. 272).
Titre. 60-y^ De la venue de l'Esté, Au seigneur de Bonnivet. [ y8 De
la venue de l'Esté. | 84 De l'Esté.
1. iS-84 Déjà les grans chaleurs s'émeuvent
2. 84 Et taris les fleuves ne peuvent
3. $0 éscallés {corr. aux errata) \ PR i6i'/-2^, Bl Les peuples {texte
fautif)
les âmes ou esprits délivrés des corps et volant par l'espace (v. VHymne
sur le trespas de Margueiitcde Valois, Bl. II, 321-323),
1. Ce fils de l'amiral Bonnivet n'occupa l'évêché de Béziers que du
IS octobre 1S46 au 5 décembre iS47- Puis il fut nommé ambassadeur
en Grande Bretagne, où il mourut dans le courant de 1548 (Gallia Chris-
tiana, VI, 366 E et 367 B). On peut donc dater cette ode de juin ou
juillet 1547. D'autres documents confirment cette date : l'année 1S47
fut particulièrement chaude, d'après la Chronique du chanoine Garault
(de Trôo en Vendomois), et une ode de Peletier du Mans sur Les grands
chaleurs de Vannée 1^47.
2. Cf. Virgile, Géorg. II, 353 : hiulca siti findit Canis aestifer arva.
24 ODES
L'esté nous darde de là haut,
Et le souleil qui se promeine
Par les braz du Cancre, rameine
Ces mois tant pourboullis du chaut '.
Ici, la diligente troupe
Des ménagers renverse, & coupe
Le poil de Ceres jaunissant.
Et là, jusques à la vesprée
Abbat les honneurs de la prée.
Des beaus prez l'honneur verdissant.
Ce pendant leurs femmes sont prestes [84 v^]
D'assurer au haut de leurs testes
Des plats de bois, ou des baris,
Et fillant, marchent par la plaine
Pour aller apâter la peine
De leurs laborieus maris 2.
Si tost ne s'esveille l'Aurore,
Que le pasteur ne soit encore
9. 84 L'ardeur nous lance de là haut ] jo haut. (éd. sntv. corr.)
lo-ii. SS-^4 Et le soleil | 71-84, PR i6op-^o,ML par le bras
12. SS~7^ Ces mois (jS Ses mois) halés d'un si grand chaut | 84
Tels jours recuits d'extrême chaud
14. j^ Des ménages | SS~^4 Des ménagers par ordre coupe
15. 84 Le poil de Cerés dérobé
18. 84 D'une faucille au dos courbé
19-21. jo son prestes (éd. suiv. corr.) \ S3~^4 & ^^^ baris
22. éj marchant {éd. suiv. corr.)
23. S5~^4 Pour aller soulager la peine
1. Ces deux strophes rappellent Horace, Carm. III, xxix, 17-24.
2. Cf. Virgile, Bue. 11, 10-11 : Thestylis et rapido fessis messoribus
aestu Allia serpylumque herbas contundit olentes.
LIVRE III, ODE X 25
Plustost levé qu'elle, & alors
Au son de la corne reveille
Son troupeau qui encor sommeille
50 Desus la fresche herbe dehors ' .
Parmi les plaines découvertes,
Par les bois, & les rives vertes,
Paist le bestail, plustost courant
Entre les fleurs Apollinées ^,
35 Ou entre celles du sang nées
Du bel Adonis, en mourant 3.
Au long des flancs des belles ondes
Les jeunes troupes vagabondes,
Les flUes des troupeaus lacifs 4
40 De fronts retournés s'entrechocquent,
Devant leurs pères qui s'en mocquent
Au haut du prochain tertre assis. [85 r^]
27. jo quelle {éd. suiv. corr.)
32. 84 Par les bois, par les rives vertes
33. éo-yS Paist le bestail {éy-ji bestial), ores courant
35. j'j Et plus tost entre celles nées
35-36. ôo-yS Ort\et Or') entre celles qui sont nées Du sang d'Adonis
en mourant ] Bl Du beau sang d'Adonis mourant {texte de fantaisie)
33-36. 84 Par l'herbe quicroist à foison, Paist le gras troupeau porte-
laine, Et celuy dont l'eschine est pleine De long poil en lieu de toison
37. jj-7<5 Sur les rives des belles ondes | 84 Parmi les prez amis des
ondes
38-39. S0-6y vagabondes sansvirg. {éd. suiv. corr.) | 67-84 lascifs
41. 84 Devant les vieux boucs qui s'en moquent
1. Cf. Virgile, Géorg. III, 324 et suiv.
2. « Paeoniae herbae » dit Virgile, En. VII, 769; « Apollineae medi-
camen prolis » dit Ovide, Met. XV, 533. Cf. Ovide, HeV. v, 145 et suiv.
3. Il s'agit des anémones. Cf. Ovide, Met. X, fin.
4. « Lasciva capella » dit Virgile, Bue. 11, 65.
26 ODES
Mais quand en sa distance égale
Est le souleil, & la cigale
45 Epand l'enroué de sa vois,
Et que nul Zephire n'aleine
Tant soit peu les fleurs en la pleine,
Ne la teste ombreuse des bois %
Adonc le pasteur entrelasse
50 Ses paniers de torse pelasse^,
Ou il englue les oiseaus,
Ou nu comme un poisson il noue,
Et avec les ondes se joue
Cherchant tousjours le fond des eaus,
55 Si l'antique fable est croiable,
Erigone la pitoiable
En tels mois alla luire aus cieus.
En forme de vierge, qui ores
44. SS-^4 Est le soleil | PR 160^-^0, Bl par erreur Et le soleil | jo
sigale (cojT. aux errata)
45. SS~7^ Enroiiement épend sa vois | 84 texte primitif
47. SS~^^ ^^^^ ^^ pleine | 6^-84 en la plaine
5 T. 84, p2, ML Où il englije (texte fautif)
52. jo un poison (éd. suiv. corr.)
$4. SS~^4 Cherchant le plus profond des eaus
5 7. /^ En tel mois (éd. suiv. corr.)
I. Cf. Virgile, Bue. 11, 12-13 : At mecum raucis, . . Sole sub ardenti
résonant arbusta cicadis; Géorg. III, 327-328: Inde, ubi quarta sitim
caeli coUegerit hora. Et cantu querulae rumpent arbusta cicadae. . .
'2. Cf. Virgile, Bue. 11, 71-72 : Quin tu aliquid. . . Viminibus molli-
que paras detexere junco ? et x, 71 : Dum sedet et gracili fiscellam texit
hibisco. — Dans le vocabulaire du Maine et du Vendômois, pelasse ■=
pelure; il s'agit débranches d'osier et de leur écorce.
LIVRE III, ODE X 27
Reçoit dedans son sein encores
00 Le commun œil de tous les dieus ^ :
Œil inconnu de nos valées,
Où les fonteines dévalées
Du vif rocher vont murmurant,
Et où mile troupeaus se pressent, [85 v*^]
65 Et le nés contre terre bessent
Si grande chaleur endurant ^'
Entre les bois qui refreschissent,
Remaschent les beufs qui languissent
Au piteus cri continuel
70 De la génisse qui lamente
L'ingrate amour dont la tourmente
Son mari félon & cruel 3.
Lors le pasteur qui s'en estonne,
S'essaie du flageoi qui sonne
75 Amenuiser son accident,
'59. 84 Reçoit en son giron encores
60. jio-y^ un point après dieus (éd. suiv. corr.)
62-65. ^4 O*^ Iss fontaines emperlées Des iîeurs remirent la couleur
66. 84 Rebattant leurs flancs de chaleur
67. SS~^4 Sous les chênes qui refrechissent
72. /j Par les bois son ami cruel [ 60-84 P^"^ ^^^ bois son toreau cruel
75-75. SS'^4 Le pastoureau qui s'en étonne, S'essaie du flageoi qu'il
sonne De soulager son mal ardant
1. Cf. Virgile, Gêorg. I, 33; Ovide, Met. X, 451 : Erigoneque pio
sacrata parentis amore. L'explication de ce vers d'Ovide se trouve dans
Hygin, Fab.cxxx, et Poet. rtsfron. 11, Arctophylax : Erigone se pendit sur
la tombe de son père Icarius, et son chien, qui lui avait fait découvrir
cette tombe, y mourut aussi. Tous deux furent changés en constella-
tions, celle de la Vierge et celle du Chien.
2. Souvenir certain d'Horace, Carvi. III, xiii, 9-12. — Il s'agit du Bas-
Vendômois (cf. ci-dessus Odes, II, ix, 22-28).
3. Cf. Virgile, Géorg. II, 470 ; Ovide, Ars amat. I, 279. Ces images
28 ODES
Ce qu'il fait, tant qu'il voie pendre
Contre bas Phebus, & descendre
Son chariot en l'Occident.
Puis de toutes pars il r'assemble
Sa troupe vagabonde ensemble,
Et la convoie aus douces eaus.
Laquelle en les beuvant ne touche
Sans plus que du haut de la bouche
Le premier front des pleins russeaus.
Adonc au son de ses musettes,
Marchent les troupes camusettes ^ [86 r°]
Pour aller trouver le séjour,
Où les aspres chaleurs déçoivent
Par un dormir qu'elles reçoivent
Lentement jusque au point du jour 2.
79. j/-^4 Et lors de toutes pars r'assemble
82-84. 6'j-84 Qui sobre en les beuvant ne touche.. . . ruisseaux
85. 55-^4 Puis au son des douces Musettes (e/ musettes)
de la nature amoureuse sont fréquentes chez les poètes de la Renais-
sance italienne et néo-latine, tels que Sannazar, Salmon Macrin, M. Ant.
Flaminio (cf. Ronsard p. /jyr., p. 456 et suiv.).
1. « Simae capellae », dit Virgile, Bue. x, 7.
2. A rapprocher de ces deux dernières strophes un tableau analogue
de Virgile, Géorg . III, 329 et suiv. — Pour l'originalité de toute la pièce
cf. Ronsard p. lyr., p. 439. — Notre poète semble avoir voulu rivaliser
dans la description de l'été, et celle du printemps (ci-dessus Odes, I, xvii),
avec Jacques Peletier, qui avait fait paraître en 1547 dans ses Œuvres
poétiques quatre odes virgiliennes sur les saisons, suivies d'une autre ode
rustique Au seigneur P. de Ronsart Vinvitant aux champs (rééd. Séché-Lau-
monier, 1904, pp. 86-99). Il décrira l'automne dans le Bocage de 1554
(épître A Amhroise de la Porte) et publiera en 1563 dans les Nouvelles
poésies les hymnes des quatre saisons.
LIVRE III, ODE XI 29
SUR LA NAISSANCE DE FRANÇOIS DE VALOIS
DAUPHIN DE FRANCE
A LA MUSE CALIOPE '
Ode SANS rime xi ^
En quel bois le plus séparé
Du populaire, & en quel antre
Pren tu plaisir de me guider
O Muse ma douce folie 3 :
Afin qu'ardent de ta fureur,
Et du tout hors de moi, je chante
L'honneur de ce roial enfant
Qui doit commander à la France?
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xi) 1550; (vu) 1553 ;
(xvii) 1555. — Œuvres (Odes, III, xviii) 1560; (xviii = xvi) 1567;
(xvi)iS7i, 1573; C^v) 1578; (xii) 1584; (xi) 1587; 1592-1630.
Blanchemain (t. II, p. 212); Marty-Laveaux (t. II, p. 275).
Titre. 60 ajoute à France, à présent Roi treschrestien | 6y-8j sup-
priment de Valois, remplacent Vaddition de 60 par fils du Roy Henry
{78-87 Henry II)
Dédicace. ^^-60 A Calliope | 67-87 sans dédicace
Sous-titre. ^^-87 suppriment s^us rime
8. ^o Vx3inct sans ponct. {éd. suiv. corr.)
1. Cette naissance remonte au 19 janvier 1544 (n. st.). Cette ode en
vers blancs est donc une des premières que composa Ronsard. Cf. les
pièces écrites pour le même événement par Marguerite de Navarre, tante
du nouveau-né (éd. Franck, t. III, p. 205), Cl. Marot (éd. Jannet, t. I,
p. 64), Saint-Gelais (éd. Blanchemain, t. I, p. 290) ; il fut aussi célébré
en vers par Hugues Salel et François Habert (v. Jacques Madeleine,
Quelques poètes français à Fontainebleau, 1900, p. 43-45) et par des poètes
italiens (v. Emile Picot, Bull, ital., t. III, 1903, p. 125).
2. Sur les rares tentatives de vers blancs par les poètes de la Renais-
sance italienne et française, cf. Du Bellay, Deffence, II, vu (éd. Chamard,
p. 265 et suiv.) et Et. Pasquier, Rech. delà France, VII, vu, début.
3. « Amabilis insania », dit Horace, Carw. III, iv, 5 (Ad Calliopen).
3 O ODES
Je crirai des vers non tantes,
lo Et non sonnés de nul poëte ',
Plus hautement que sur le mont
Le prestre Thracien n'entonne
Le cor à Baccus dédié,
Alors qu'il a l'ame remplie
1$ De sa violente fureur 2. [86 v°]
Il me semble desja que j'erre
Seul par les antres, & qu'au fond
D'une solitaire valée 3,
Je chante les divins honneurs
20 Du grand père, & du père ensemble :
Tandis Muse, sur son berseau
Semé le lis, semé la rose,
Et l'olivier, & le laurier.
L'honneur des vainqueurs es batailles.
25 Je prevoi qu'il vous aimera.
Et emploira la même destre
De laquelle il aura vaincu
L'Espaignol, & l'Anglois parjure,
A forger des vers qui feront
30 Voler son nom par sus la terre :
Imitateur du grand Cassar
Vaillant & sçavant tout ensemble,
9-10. jj J'écrirai | ^S'^7 J^ crirai {et cri'ray) des vers non sonnés Du
Grec ni du Latin poëte | Bl de vers {erreur qui vient de Vèd. de 162^)
14-15. SS~^7 Aiant la poitrine remplie D'une trop vineuse fureur
23. ^8-84 Et mainte fueille de laurier | ^7 Semé la Palme & le Laurier
27. 6J-84 Dont furieux aura veincu | 8j Dont guerrier il aura veincu
28. 6j-yj l'Anglois gendarme | 7^-^7 l'Anglois superbe
29. SS~^7 A polir des vers
1. Réminiscence d'Horace, Carin. III, i, 2-4.
2. Tout ce début est imité d'Horace, ibid. xxv, 1-12 (Ad Bacchum).
3. Mouvement imité d'Horace, Carm. III, iv, 6-8 (cf. II, xix, début),
LIVRE III, ODE XII 31
Oui le jour dontoit ses haineus,
Et la nuit écrivoit sa gloire ^
A SON LIVRE
Ode XII
Bien qu'en toi mon livre on n'oie
Achille es plaines de Troie [87 r°]
Brandir l'homicide dard,
Et qu'un Hector ne foudroie
L'estomac du Grec soudard,
Ne laisse pourtant te mettre
En commun jour, car le mettre
Qu'en toi bruire tu entens.
54. è"]-"]} La nuit escrivoit ses victoires | y8~84 Et la nuict escrivoit
ses gestes
35-34. ^jQui le jour vestoit le harnois Et en robe escrivoit ses gestes |
Bl a mélangé les leçons de 84 et de 8y .
Éditions. — Quatre premiet s livres des Odes(l\l, xii) 1550; (viii)
i5 53;(xvm) 1555. — Œuvres (Odes, III, xix) .1560; (V, xxxii =
xxxm)i567; (xxxii) 1571, 1573. — Supprimée en 1578. — Réimpri-
mée dans l'èd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 443. — Recueil des
Pièces retranchées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 443); Marty-Laveaux (t. VI, p. 94).
1. ^o on oie (éd. suiv. corr.)
4. JJ-éo ni (pour n'i) foudroie | Sy-y^ ny (pour n'y) foudroie
5. /J-7^ d'un Grec soudard | jo-y^ un point après soudard
6-7. SH-73 Ne laisse pourtant de mettre Tes vers au jour
I. Souvenir d'une strophe d'Horace, Cann. III, iv, 37-41 ; mais le
poète latin désigne Auguste, tandis que Ronsard pense ici à Jules César et
à ses Commentaires. — Sur le ton dithyrambique de cette pièce à l'imi-
tation d'Horace, cf. Ronsard p. lyr., p. 371 et 38^.
32 ODES
Ose assurer & promettre
lo Te faire vainqueur du tens.
Si la gloire & la lumière
De Smyrne luist la première
L'honneur sur tous emportant,
Une muette fumiere
15 N'obscurcist Thebes pourtant ^
Les vers qu'il m'a pieu d'élire
Dessus les nerfs de ma lire
Vivront, & supérieurs
Du tens 2, on les voira lire
20 Des hommes postérieurs.
Sus donq Renommée, charge
Dessus ton épaule large
Mon nom qui tante les cieus.
Et le couvre sous ta targe [87 v»]
25 De peur du trait envieus.
Mon nom des l'onde Atlantique,
Jusque au dos du More antique,
Soit immortel témoigné
9. S>~73 T'ose pour jamais promettre (yj par erreur J'ose)
16-17. 55~73 Les vers qu'il m'a pieu de dire Sus (e^ Sur) les langues
de ma lire {et Lyre)
21. S0-S3 renommée (éd. suiv. corr.)
22. Le texte de Bl ton espace large est fautif.
24. jo sa targe {corr. aux errata, mais repris à tort en 1^92)
1. Allusion à Homère et à Pindare. — Cette strophe, ainsi que la
précédente et la suivante, est inspirée d'Horace, Carni. IV, ix, i-8.
2. C.-à-d. vainqueurs du temps. Pour cette tournure, v. ci-dessus
Odes, I, I, 42 et H, xx, 20 ; ci-après la Brève exposition, note sur ce vers
de l'ode I : Q.ui moindre des Rois ne soit.
LIVRE III, ODE XIII 33
Et depuis l'isle erratique,
Jusque au Breton éloigné '.
Afin que mon labeur croisse,
Et sonoreus apparoisse
Lirique par dessus tous,
Et que Thebes se connoisse
Faite Françoise par nous 2.
A JANNE IMPITOIABLE 3
Ode XIII
O grand beaulté mais trop outrecuidée
Par les dons de Venus,
Quand tu verras ta face estre ridée
Et tes flocons chenus,
33. j'o pardessus {éd. suiv. corr.)
Éditions. — - Quatre premiers livres des Odes (\l\, xiii). — Supprimée
en 1553. — Rétablie en 1555 (III, xix). — Œui/r^; (Odes, III, xx) 1560 ;
(XX=:XVII) 1567; (XVII) I57I, 1573; (XVl) 1578; (Xltl) I584; (Xll)
1587; 1592-1630. — Prise à tort pour une ode retranchée (à cause de la
variante du titre et du début) par l'éditeur lyonnais de 1592 {Œuvres, t. II,
p. 444) et les éditeurs parisiens des Pièces retranchées, 1609-1630.
Blanchemain (t. II, p. 213); Marty-Laveaux (t. II, p. 276).
Titre. iS'7^ A Janne. | <?^ A sa maistresse. | 8j sans titre
1. S5'7S Ô grand' beauté | yS-Sy Jeune beauté,
2. /j'-^7 Des presens de Venus
3. jo cheneus (éd. suiv.corr.)
3-4. 6j-8y Quand tu verras ta peau toute ridée Et tes cheveus chenus
4. Aucune séparation strophique dans les anciennes éditions.
1. Le « dos du More antique » désigne les confins du Ciel, qu'Atlas
portait sur son dos ; 1' « isle erratique » c'est Délos ; le o Breton éloi-
gné » rappelle Horace, Cartn. I, xxxv, 29 : ultimes Orbis Britannos.
2. C.-à-d. : Et que l'on reconnaisse que, grâce à moi, Pindare est
devenu français.
3. Que ce nom soit imaginaire ou corresponde à une personne réelle,
Ronsard, IL 3
34 ODES
5 Contre le tens, & contre toi rebelle
Tu diras en tansant,
Que ne pensoi-je alors que j'estoi belle
Ce que je va pensant, [88 r^]
Ou bien pourquoi à mon désir pareille
lo Ma pale joue n'est ?
Hâ beauté semble à la rose vermeille
Qui meurt si tost qu'ell' naist.
Voila les vers tragiques, & la plainte.
Qu'au ciel tu envoiras
15 Incontinent que ta face depainte
Par le tens tu voiras ^
Tu sçais combien ardamment je t'adore
Indocile à pitié,
Et tu me fuis, & tu ne veus encore
20 Te joindre à ta moitié 2.
O de Paphos, & de Cypre régente
Déesse aus noirs sourcis,
6. S5'^7 Diras en te tansant | jo tansant sans pond. (éd. suîv. corr.)
8. 60-8"] Ce que je vai pensant {yi-Sj point interrogatif)
9. ^0-60 virgule après désir {éd. suiv. corr.)
10. jj Ores ma face n'est | 6o-8y Ne suis-je maintenant
11-12. 60-Sj La beauté semble à la rose vermeille Qui meurt inconti-
nant (6y-8j guilleinetfent ces vers)
l'i. 8'^ Tout aussi tost que ta face dépaiute
22. Le texte de Bl noirs soucis est fautif .
on le trouve une autre fois dans les Odes de 1550 (ci-après III, xix) ; en
outre, il reparaît en 1554 dans une odelette des Mcslanges : Janne en te
baisant tu me dis..., et en 1555 dans un sonnet de la Contin. des Amours:
Je ne suis variable... ; enfin, cette même année, il est substitué à celui de
Cassandre dans l'ode Du retour de Maclou de la Haye (ci-dessus, II, xi).
1. Ces seize premiers vers sont directement transposés d'Horace, Carm.
IV, X, Ad Ligurinum. Cf. Ronsard p. lyr.., p. 580 et suiv. — On peut en rap-
procher un sonnet de Bembo : O superbaecrudele; un cinquain de Marot :
O cruauté logée en grand beauté (éd. Jannet, t. II, p. 189); une pièce de
G. Colin Bûcher, Plainte contre Gylon (éd. Denais, p. 100), qui a pour
source la 92' des Epigr. érot. de VAnthol.gr. (éd. Jacobs).
2. Allusion au mythe platonicien de l'Androgyne.
LIVRE III, ODE XIV 35
Plus tost encor que le tens soi vangente
Mes dedignés soucis,
Et du brandon dont les cueurs tu enflammes
Des jumens tout au tour,
Brusle-la moi, afin que de ses flammes
Je me rie à mon tour '.
A JOACHIM DU BELLAI ANGEVIN ^
Ode XIV
Nous avons quelque fois grand' faute [88 v^]
Soit de biens, soit de faveur haute,
Comme l'affaire nous conduit :
Mais tousjours tandis que nous sommes
Ou mors, ou mis au rang des hommes.
Nous avons besoin de bon bruit 3.
Car la louange emmiellée
24. Jj-éo dédignez | 67-71 dédegnez ] 7_j -^7 dédaignez (^/ desdaignez)
Editions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xiv) 1550; (ix) 1555 ;
(xx) 1555. — Œuvres (Odes, III, xxi) 1560; (xxi=xviii) 1567; (xviii)
157I' 1573; (xvii) 1578 ; (xiv) 1584; (xiii) 1587; 1592-1630.
Blanchemain (t. II, p. 214); Marty-Laveaux (t. II, p. 277).
Titre. 8y sans titre | Bl. suppr. Angevin d'après Véd. de 162) .
I. 60-y^ Nous avons, du Bellai, grand' faute | yS-Sj Souventefois nous
avons faute {la leçon Souventesfois est postérieure)
3. éo-Sj Selon que le tans (ôj-y^ l'heure yS-Sj l'Astre) nous conduit
1. Ces huit derniers vers sont une « contamination » delà strophe où
Horace prie Vénus de toucher de son aiguillon l'altière Chloé {Carni.
III, XXVI, fin) et d'un passage de l'ode Ad Lydiam (jd. I, xxv, 9-19).
Navagero s'était aussi inspiré du Tange Chloen, mais avec plus de discré-
tion, dans la pièce 38 de ses Lusus: Diva, quae has cœli...
2. V. ci-dessus, i" préface des Odes; I, ix et xvi ; ci-après III, xxiv.
3. Idée générale qui rappelle d'assez près Pindare, Isth. i, épode i.
3 6 ODES
Au sucre des Muses mellée
Nous perce l'oreille en riant ^
lo Je-di louange qui ne cède
A l'or que Pactole possède,
Ni aus perles de l'Orient ^.
La vertu qui n'a connoissance
Combien la Muse a de puissance
15 Languist en tenebreus séjour,
Et en vain elle est soupirante
Que sa clarté n'est apparante
Pour se montrer aus rais du jour.
Mais ma plume qui conjecture
20 Par son vol sa gloire future.
Se vante de n'endurer pas
Que la tienne en l'obscur demeure,
Ou comme orpheline elle meure
Errante sans honneur là bas 3. [89 r°J
10. yS-Sy Louange qui vrayment (87 riche) ne cède
13-18. Ji-Sy guillemettent cette strophe.
22-23. ^^'7 S ^^ I 7S-S4 reprennent la conj. Ou | ^7 Qjue la tienne au
sepulchre meure Ny qu'orpheline elle demeure
1. C.-à-d. : pénètre en notre esprit par l'oreille agréablement. Cf. une
idée analogue dans les odes pindariques A J. Dorât et A J. Martin (ci-
dessus I, XI, 7-14; xiir, 9-14). — Les vers 7 et 8 rappellent des expres-
sions de Pindare, telles que: sùXoyca çpopjxiyyL auvaopoç {Ném. iv, 5),
èv £paT£ivt5 [AÉXtTi xaXXivcx.ov yàpij.a et jjLsXttpGo'YYO^ àotSai (Jsth. iv,
54; V, 9). '
2. Cf. Pindare, Ném. iv, 80-85.
3. Pour ces deux strophes, cf. Pindare, Olymp. xi, 91 etsuiv. ; Horace,
Carin. IV, ix, 25-34. Même développement que dans les odes A Carna-
valet et A Bertran Berger (ci-dessus I, vi, 142 et suiv. ; xv, 61 et suiv.).
LIVRE III, ODE XIV 37
Nous avons bien moi, & mon mettre,
Cette audace de te promettre
Que tes labeurs seront appris
De nous, de nos suivantes races,
S'il est vrai que j'aie des Grâces
Cueilli les fleurs dans leur pourpris ^
Je banderai mon arc qui jette
Outre rOcean sa sagette ^
Pour viser tout droit en ce lieu
Qui se rejouist de ta gloire.
Et où le grand fleuve de Loire
Se mesle avec un plus grand Dieu 3.
Bien que ta douce erreur soit telle
Que de soi se rende immortelle 4,
Dédaigner pourtant tu ne dois
L'honneur que la mienne te donne,
29. ^o-éy grâces (éd. suiv. corr.)
30. ^7-75 dans leurs | yS en leurs | 84-8^ suppriment cette strophe
32. jj-^7 Contre ta maison (84-Sy race) sa sagette
37. SS-^7 Car {6'j-8'j Et) bien que ta Muse soit telle,
1. Métaphore pindarique. Cf. Fyth. vi, 2 ; ht}), vu, lé; surtout Olyvtp.
IX, 26-27 •* £'- ^"Jv Ttvi [JLotpiStco TzaXocjJLa j âÇatpETOv XapiTwv véfxofjiat
•/.àrtov, dont ces deux vers sont directement imités.
2. Métaphore pindarique (v. ci-dessus Odes, I, i, 21 ; m, 13 ; v, 14 et
25 ; IX, 181). Cf. notamment Olymp. ix, 5 et 11-12, dont la première anti-
str. me semble avoir suggéré ce sizain à Ronsard, par transposition.
5. Il s'agit de Lire, pays natal de Du Bellay, en face d'Ancenis, où le
poète feint par hyperbole que la Loire mêle déjà ses eaux à celles de la
mer. Cf. ci-dessus Odes, I, ix, 79-82.
4. C.-à-d. : Bien que ton enthousiasme poétique Camabilis insania, dit
Horace) suffise par lui-même à te rendre immortel. Cf. ci-dessus Odes, I,
IX, 33 et suiv.
3 8 ODES
Ne cette lire qui te sonne
Ce que lui commandent mes dois.
Jadis Pindare sur la sienne
Acorda la guerre ancienne
45 Des Geans de foudre couvers %
Et je sonnerai ta louange, [89 y»]
Et l'envoirai de Loire à Gange,
Desus les ailes de mes vers ^.
Car il semble que nostre lire
50 Ta race seulle vueille élire
Pour l'engraver là haut aus cieus :
Macrin a sacré la mémoire
De l'oncle, & j'honnore la gloire
Du neveu qui s'honnore mieus 3.
41. 'j8-8'] Ny ceste Lyre qui te sonne
44-45. S 5-^1 Acorda la gloire ancienne Des Princes vainqueurs & des
Rois {8y Des Athlètes, Princes & Rois)
46-47. S'j Je veux entonner ta louange Et l'envoyer de Loire à Gange
48. SS'^J Si tant loin peut aller ma vois
50. S5'^7 veille | 71-7^ veuille | yS-Sj texte primitif
51. S5~^4 Pour la chanter (78-S4 pousser) jusques aus cieus | 8j
Pour la pousser dedans les Cieux | 10-71 virg. après cieus (^éd. suiv. corr.)
1. Ronsard semble avoir confondu ici Pindare avec Hésiode (d'où la
variante). Pindare n'a fait que des allusions à la guerre des Géants, à
propos d'Hercule (Ném.i, 67; vir, 90) et deTyphon(P)'//j.i, 13 ; viii, 15).
2. Cf. Pindare, Olynip. ix, 21 et suiv. : 'Eyw os xot., . ravTà àyYsXtav
;i£[j.'ioj xauxav.
3. Pour l'idée de cette strophe, cf. Pindare, Isth. v, 60-66; Nèm. v, 41-
43 ; VI, 33-38. — Salmon Macrin, poète néo-latin de Loudun (1491-1 5 57),
a célébré les quatre frères du Bellay, parents de Joachim, notamment le
capitaine Guillaume, auquel il dédia ses Carminum lihri IV en 1530, et le
cardinal Jean, auquel il dédia ses Hymnoriim lihri VI qu 1537. Mais il
s'agit ici du cardinal, dont il publia les Poemata à la suite de ses Odarum
lihri III en 1546. Cf. Du Bellay, Recueil de Poésie, de nov, 1549 (éd. Cha-
mard, t. UI des Œuvres, p. 112). Ronsard cite encore Macrin comme pané-
gyriste du cardinal dans une autre ode de 1550 (ci-aprés, IV, xi, 22).—
LIVRE III, ODE XIV 39
France sous Henri fleurît comme
Sous Auguste fleurissoit Romme,
Elle n'est pleine seulement
D'hommes qui animent le cuivre,
Ni de peintres qui en font vivre
Deus ensemble éternellement ^ :
Mais grosse d'Apollon enfante
Des fils dont elle est triumphante,
Qui son nom rendent honnoré :
L'un en beaus sonnets la décore,
L'autre en haus vers, & l'autre encore
Sur les cordes du lue doré 2.
Entre lesquels le ciel ordonne
Que le premier lieu l'on te donne, [90 r»]
Si tu monstres au jour tes vers
Entés dans le tronc d'une olive,
Qui hausse sa perruque vive
Jusque à l'égal des lauriers vers 3.
61. SS~^7 Mais grosse de sçavoir, enfante
64-66. S) -^7 L'un chantre d'Amour la décore, L'autre de Mars, &
l'autre encore De Phebus au beau crin doré
68. 6j-8j Que le premier rang on te donne
71. S^'SS hause (éd. suiv. corr.)
69-72. yS-Sy Du Bellay, qui monstres tes vers Entez dans le tronc
d'une Olive, Olive dont la fueille vive Se rend égale aux Lauriers vers
D'autre part, Macrin et Joachim étaient liés d'une sincère amitié depuis
leur rencontre à Poitiers en 1546 ; les Naeniae de Macrin (1550) en
offrent des preuves (Chamard, Joachim du Bellay, pp. 30-52, 258-241).
1. ('La personne peinte et son tableau », dit Richelet. Ne serait-ce
pas plutôt la personne peinte et le peintre lui-même ?
2. Rapprocher de ces deux strophes le début d'une ode de Du Bellay,
Recueil de Poésie, xv, 1-12 (éd. Chamard, t. III des Œuvres, p. 142).
3. Allusion au recueil de 50 sonnets que Du Bellay publia à la suite
de la Dcffence, sous le titre de V Olive, du nom d'une cousine (cf. A. Bour-
40 ODES
DE LA CONVALESCENCE D'UN SIEN AMI ^
Ode XV
Mon âme il est tens que tu randes
Aus bons dieus les justes offrandes
Dont tu as obligé tes veus.
Sus, qu'on face un autel de terre
Puis qu'ores paier tu les veus 2,
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xv) 1550 ; (x) 1553 ;
(xxi) 1555. — ŒuvreslOàcs, III, xxii) 1560 ; (xxii=xix) 1567 ; (xix)
1571» 1573 ; (xviii) 1578; (XV) 1584; (xiv) 1587 ; 1592-1630.
Blanchemain (t. II, p. 216) ; Marty-Laveaux (t. II, p. 280).
Titre. 60-84'Dt la convalescence de Joachim du Bellai, 1550. | 8 y sans
titre I Bl ajoute la dédicace A Louys Megret d'après Véd. de 162^.
3. 67 tes veux | yi-Sj tes vœux | Bl obligez (texte fautif)
4. j^-60 Qu'on nous face | Sy-j^ (texte primitif) \ yS-Sy Sus, qu'on
dresse | Bl Qu'on nous dresse (mélange de 60 et de 8y)
5-6, j)-8y Avecq toi paier je les veus (y}-8y le veux), Et qu'on le
pare de Ihierre (et lierre)
deaut, Joachim du Bellay et Olive de Sévignè, dans les Mémoires de la Soc.
d'Agriculture, Sciences et Arts d'Angers, 1910). — D'après Richelet, Ron-
sard comparerait ici ces sonnets « aux amours de Pétrarque », jouant
dans le dernier vers sur le nom de Laure de Noves, à l'imitation de
Pétrarque lui-même. Mais Ronsard songe aussi bien aux « lauriers »
d'Apollon, aux « belles feuilles toujours vertes Qui gardent les noms de
vieillir » (Malherbe) ; les deux sens sont intimement mêlés. Rapprocher
de ces vers la fin du sonnet i de Y Olive, que Du Bellay a d'ailleurs reprise
dans le sonnet cxvde sa 2* édition, se servant des termes mêmes de
Ronsard (éd. Chamard, t. I des Œuvres, -p^p. 27 et 124).
On peut, grâce au texte princeps de cette fin de l'ode de Ronsard, en
faire remonter la composition sensiblement au delà de la première édition
de VOlive, dont le privilège est du 20 mars 1548 (n. st. 1549). ^^ Bellay y
repondit par une pièce des Vers lyriques: Chante l'emprise furieuse...,
parue dans le même recueil que VOlive (éd. Chamard, t. III des Œuvres,
p. 40).
1. Sur cette maladie de Du Bellay, cf. Chamard, thèse, p. 254 et suiv.
2. Pour ces deux vers les variantes de 1 5 5 5 « Qu'on nous... Avecq toi... »
désignent Louis Meigret, nommé au vers 22.
LIVRE III, ODE XV 4I
L'environnant de verd lierre,
Et de vervéne aus saints cheveus ^
Les dieus n'ont remis en arrière
L'humble soupir de ma prière,
Et Pluton qui n'a point apris
Se fleschir pour dueil qu'homme meine,
N'a pas mis le mien à mépris,
Rapellant la Parque inhumaine
Qui ja nostre ami tenoit pris.
Mortes sont les fièvres cruelles [90 vo]
Qui rongeoient ses chères mouëlles,
Son œil est maintenant pareil
Aus fleurs que trop les pluies baignent
Envieuses de leur vermeil.
Lesquelles après se repaignent
Aus raions du nouveau souleil.
7. Ji-67 sains cheveus | yj-84 texte primitif) | Sj froids cheveux
10. i^-Sy Et Pluton qui n'avoit apris
14. éo-Sy Qui ja du Bellai tenoit pris
18. jo Au fleurs (g'^. suiv. corr.)
20-21. SS'^7 Ojii plus gaillardes se repeignent | Bl Et qui plus vives
(texte de fantaisie) \ S 5-^7 nouveau Soleil
I. Imité pour l'idée et le mouvement d'Horace, Carm. I, xix, 13-15 ;
IV, XI, 6-8. Sur la verveine, plante sacrée, ornement des cérémonies
religieuses du paganisme, voir, outre ces vers d'Horace, Ovide, M^^. VII,
242 ; Ronsard, Eclogue m, et Hymne de Calais (Bl. IV, 5S ; V, 28),
C'était à la fois un aphrodisiaque et un fébrifuge (v. un poème grec
anonyme sur les Herbes dans la coll. Didot, Poetae bucol. et didact., p.
170, et Rabelais, Quart livre, chap. m). On a cru longtemps qu'elle tirait
ses vertus de l'influence de la planète Vénus (v. une trad. des Admirables
secrets d'Albert le Grand, Lyon, Beringue, 1629, p. 40, 90-91). — Lavar.
de 1587 « froids cheveux » s'explique par cette opinion que les feuilles
de verveine « rafraichissaient le sang ». Cf. Ronsard, ode de la Magie
(1584) : Vien viste, enlasse moy le flanc Non de thym ny de marjolaine,
Mais bien d'armoise & de vervaine, Pour mieux me rafraischir le sang.
42 ODES
Sus Mégret % qu'on chante, qu'on sonne
Cest heur que la santé lui donne,
Qu'on chasse ennuis, soucis, & pleurs,
25 Qu'on semé la place de roses 2,
D'œillés, de lis, de toutes fleurs
Qui se monstrants au ciel descloses
Le font mirer en leurs couleurs.
Lequel s'esgaie & se recrée
50 De te voir sain, & lui agrée
Le jour que tu fais desous lui :
Son cours qui sembloit apparoistre
Malade comme toi d'ennui.
Tous deus sains, avés fait connoistre
35 Vos belles clartés aujourdhui 3.
Mais quoi ? si faut-il que l'on meure.
Rien çà bas ferme ne demeure :
Nostre François veit bien la nuit 4. [91 r^J
25-26. 50 roses et œillés sansvirg. (éd.suiv.corr.)
27-28. S 5'7^ En ce beau mois de Juin {yS Jun) décloses, Où le ciel
mire ses couleurs : | 84-8y En ce beau mois d'Avril écloses, Riche de
cent mille couleurs : | 5/ de juin écloses {mélange de 60 et de Sy)
31. S^-S3 virgule après lui {éd. siiiv. corr.)
33. Le texte de Bl contre toy est fautif.
36. ôy-Sy Mais quoi ? Si faut-il bien qu'on meure
37. jo demeure sans ponct. {éd. suiv. corr.)
38. ^S-8y Le Roi François | S^-y) virgule après nuit {éd. sutv. corr.)
36-38. y}-8y guillemettent ces vers.
1. Sur ce réformateur de Vorthogaplie, ami de Ronsard et de Du
Bellay, v. ci-dessus Odes, Avertissement au Lecteur, 1. i-io, notes.
2. Cf. Horace, Carni. III, xix, 20-22.
3. Après s'être adressé à son âme, puis à Meigret, Ronsard s'adresse,
sans nous prévenir, à Du Bellay. Pour comprendre cette strophe, il
faut supposer que Ronsard a écrit son ode en présence de Du Bellay et
de Meigret, par une belle journée de printemps, où Du Bellay semblait
tout ragaillardi et avait brillante mine.
4. Réminiscence d'Horace, Carm. III, vu, 15.
LIVRE III, ODE XVJ 43
Donc tandis qu'on ne te menasse,
^o Et la mort boiteuse te suit %
Il faut que ta docte main face
Un euvre dinne de son bruit ^.
LE BAISER DE CASSANDRE 3
Ode XVI 4
Baiser fils de deus lèvres closes,
Filles de deus boutons de roses s,
40. Le texte de Bl Xq hùt est fautif .
42. ôy-Sy Un œuvre digne de ton bruit
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xvij 1550 ; (xi) 1553 ;
(xxii) 1555. — Œuvres (Odes, III, xxiii) 1560; (xxiii=:xx) 1567;
(xx) 1571-1573 ; (xix) 1578. — Supprimée en 1584. — Non réimpri-
mée dans l'éd. lyonnaise de 1592, ni dans le Recueil des Pièces retranchées
de 1609-1630.
Blanchemain (t. II, p. 486) ; Marty-Laveaux (t. VI, p. 356).
Titre. SS'7^ ^^^ baisers.
1. C.-à-d. : Et tandis que la mort te suit boiteuse (en boitant, pede
claudo, dit Horace à propos du Châtiment, Carm. III, 11, fin). Cf. ci-
après Odes, IV, VII, 79-80.
2. Ces quatre derniers vers ont été suggérés par une réminiscence
d'Horace, Carm. I, ix, 14-18. Ronsard s'adresse encore à Du Bellay. Comme
tout porte à croire que la maladie de son ami eut lieu d'avril à juin 1549,
il fait allusion ici très probablement à un poème que Du Bellay se pro-
mettait d'écrire pour l'entrée solennelle d'Henri II à Paris (16 juin), qu'il
publia en effet sous le titre de Prosphonétnatique, en même temps que Ron-
sard publiait son Avantentrée (y. éd. Chamard, t. III des Œuvres, p. 61). —
Peu après, Du Bellay, provisoirement rétabli, était reçu par Madame Mar-
guerite au palais des Tournelles, puis en juillet il prenait part au Folas-
trissime voyage d'Hercueil (Arcue'û) raconté par Ronsard. Mais en septembre
la fièvre reparut, à preuve un passage de l'ode de Du Bellay sur \ Avant7'e-
tour de son oncle le cardinal (éd. Chamard, t. III des Œuvres, p. 113).
3. Sur Cassandre, v. ci-dessus Odes, II, v, n. i.
4. Ce « baiser » résulte de la fusion de deux tercets de l'Arioste et de
quelques vers disséminés dans les Basia de J. Second. — Cf. Marot,
Epigramme c : A la bouche de Diane (éd. Jannet, t. III, p. 43).
5. Second, Bas. i, 22 : Humida de gelidis basia nata rosis.
44 ODES
Qui serrent, & ouvrent ce ris
Qui déride les plus marris.
5 Baiser que j'estime, & adore
Comme ma vie, & dont encore
Je sen en ma bouche souvent
Bruire le soupir de son vent ^
Baiser qui fais que l'amant meure,
lo Puis qu'il revive tout à Theure,
Resouflant l'ame qui pendoit
Aus lèvres où ell' t'attendoit 2.
Bouche d'Amôme toute pleine,
Qui m'engendres de ton haleine [91 v°]
15 Un pré de fleurs en chaque part
Où ta flairante odeur s'épart 3.
3. ^^-yS ouvrent le ris
5. jj-(5o Baiser Ambrosin que j'adore | 6y--]8 Baiser ambrosin que
j'honore | Bl ambroisin (texte fautif)
6. ôy-yS Comme mon tout
7. y8 Je sens en
8. SS'7^ Plus d'un jour après le dous vent
9-12. jS-78 suppriment ces vers.
13-14. j'j-7^ Et vous bouche de sucre pleine Qui m'engendres de
vôtre (et vostre) aleine | Bl d'aumône toute pleine (texte fautif)
l'y. Le texte de Bl à chaque part est fautif.
16. iJ-éo Où vôtre douce humeur s'épart
15-16. 67-76' Une odeur qui au cœur descend, Et mille parfuns y res-
pend
1. Second, Bas.x, 4 : Fluxit ab bis tepidus saepe sub ossa vapor.
2. Ibid. : Et miscere duas juncta per ora animas Inque peregrinum
diffundere corpus utramque Languet in extremo cum moribundus
amor. Cf. Bas. xiii.
3. Arioste, Capitolo vi, 22 etsuiv. : Bocca, onde ambrosia libo...
LIVRE III, ODE XVII 45
Et VOUS mes petites montaignes,
Je parle à vous lèvres compaignes
Dont le Coral naïf & franc
Ouvre deus rans d'ivoire blanc ^
Je vous suppli n'aiez envie
D'estre homicide de ma vie,
Qui ne vit que de vostre dous,
Et du miel qui couUe de vous 2.
A MACLOU DE LA HAIE 3
Ode XVII
Et puis que l'orage est à son tour revenu
Si que le ciel voilé tout triste est devenu,
Et la veuve forest branle son chef tout nu
17-18. 75 rimes montagnes... compagnes
19. S^'S? virgule après tranc (éd. suiv. corr.)
20. SS'7^ Cache deus rans d'Ivoire blanc :
21-22. yS Je vous suppli' | j'j-7^ homicides
23-24. yy-éo Sans vous baiser vivre ne puis, Et vous baisant vivant je
suis I 6y Bouche sans tes baizers je meurs, Car je vy d'eux & non d'ail-
leurs I 77-76' Et pour endormir {yS Pour du tout tuer) mon esmoy Mille
fois le jour baizez moy
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xvii) 1550; (xii) i S 5 3 ;
(xxiii)i555. — Œuvres (Odes, III, xxiv) 1560; (xxivmxxi) 1567 ;
(xxi)i57i, 1573 ;(xx) 1578 ;(xvi) 1584; (xv) 1587 ; 1592-1650.
Blanchemain (t. II, p. 218) ; Marty-Laveaux (t. II, p. 281).
Titre. Sy A François de la Brosse Charrolois.
1. SS'^7 P"is V^^ d'ordre à son rang l'orage est revenu,
2. Le texte de Bl et devenu est fautif.
3. Ji-Sj Et la vefve forest
1. Second, J5(T5. xviii, 4 : Corallinis eburna signa baccis.
2. Second, Bas. i, 22 : Inde medella meis unica nata malis ; — xvi,
39-40 : Et vitam mihi longi afflabis rore suavii.
3. Sur ce personnage, v. ci-dessus Odes, II, xi, nota i ; xvi, note fi-
nale; ci-après, IV, xv, 29-40 et la note.
46 ODES
Sous le vent qui l'estonne ^ :
5 C'est bien pour ce jourdhui (ce me semble) raison,
Qui ne veut oiFencer la loi de la saison ^,
User des dous plaisirs que l'amie maison
En tens pluvieus donnes.
Mais si j'augure bien quand je voi pendre en bas [93 r»]
10 Les nuaus avallés, mardi ne sera pas
Si mouillé qu'aujourdhui, nous prendrons le repas
Tel jour nous deus ensemble 4.
Tandis chasse de toi tout le mordant souci,
Et l'amour si tu Tas chasse le moi aussi,
15 Ce garçon insensé aus plus sages d'ici
Mille douleurs assemble 5.
Du soin de l'avenir ton cueur ne soit époint,
Ains contant du présent, di lui qu'en un seul point
N'admire les faveurs qui ne dureront point
20 Sans culbuter à terre.
5. 8j C'estjla Brosse, aujourd'huy | jo-y^ se me semble (ei.5/m'.co>T.)
7. JJ-57 Prendre à gré les plaisirs que l'amie {y8-8y que tousjours la)
maison
8. Aucune séparation strophique dans les anciennes éditions .
14. 6j-8y Chasse moy le procès, chasse l'amour aussi
15. 8"] Ce garçon furieux | jo au plus sages (éd. suiv. corr.) \ Bl au
plus sage {texte fautif^
18-19. ^7~^7 Ains contant du présent, ne te tourmentes {et tour-
mente) point Des mondaines faveurs qui ne dureront point j Bl N'ad-
mire des faveurs {texte fautif)
1. La « veuve forest », c'est la forêt dépouillée de ses feuilles. Cf.
Horace, Carm. II, ix, 6-8 : ...aut aquilonibus Querceta Gargani laborant,
Et foliis viduantur orni .
2, C.-à-d. : Si l'on ne veut pas offenser... Tournure fréquente au
XVI* s. (cf. ci-dessus Odes, II, xxvii, 9) et encore au xvii®.
5. D'inspiration horatienne. Cf. Carm. 1, ix, à Thaliarque (i" tiers).
Ci-dessus Odes, II, xiv.
4. Pour nuaus, v. ci-dessus Odes, Suravertissement au Lecteur.
5. D'inspiration horatienne. Cf. Carm. III, viii, à Mécène (2" moi-
tié) ; IV, xii, à Virgile.
LIVRE III, ODE XVII 47
Plus tost que les buissons les pins audacieus
Et le front des rochers qui menace les cieus,
Plus tost que les caillous qui nous trompent les yeus,
Sont punis du tonnerre K
25 Vien soûl, car tu n'auras le festin ancien,
Ne le past que donna l'orgueil ^Egyptien
Au Romain qui fuioit l'antique séjour sien ^ :
Je hai tant de viandes.
Tu ne boiras aussi de ce nectar divin
50 Qui rend Anjou fameus, car voulontiers le vin
Qui a senti l'humeur du terroir Angevin
Suit les bouches friandes 3.
23. 71-84 qui ne trompent les yeux ] 8y abbaissez à nos yeux
24. y8-8y Sont frappez du tonnerre
26. SS~^7 Q-"^ prodigue donna l'orgueil Egyptien
27. j'^-^j Au Rommain qui vouloit tout l'empire estre sien | jo-j^ sien
sans pond. (éd. suiv. corr.)
30. jS-8y volontiers
1. Cette strophe est une « contamination » de deux passages d'Horace,
Carm. II, x, 5-12 ; xvi, 9-16.
2. C.-à-d. : Ni les mets qu'offrit l'orgueilleuse Egyptienne Cléopâtre à
Antoine. D'après Richelet, Ronsard aurait pensé ici spécialement au
fameux festin où Cléopâtre avala une grosse perle, dissoute dans le
vinaigre (Pline l'Ancien, iï/y^ nat. IX, lviii, 3-4). Le contexte indique
plutôt que Ronsard fait simplement allusion à l'abondance des mets
offerts d'ordinaire par Cléopâtre à Antoine (v. Pline, loc. ctt.^ et Plu-
tarque. Vie d' Antoine , xxviii). Cf. cette strophe des Bacchanales de Ron-
sard (1549-52) : Qu'on prodigue, qu'on répande La viande D'une libérale
main, Et les pasts dont l'ancienne Memphienne Festia le mol Rom-
main.
3. Cette strophe est imitée d'Horace, Carm.I, xx, début et fin. Elle
rappelle encore une ode à Virgile, IV, xir, 21-24, et une épître à Torqua-
tus, I. V, 1-6.
48
ODES
A CHARLES DE PISSELEU [92 v^]
EVESaUE DE CONDON '
Ode XVIII
Vous faisant de mon écriture
La lecture,
Souvent à tort m'avés repris,
Dequoi si bas je composoi,
Et n'osoi^
Faire un euvre de plus haut pris 3.
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xviii) 1550. — Sup-
primée en 155?. — Rétablie en 1555 (III, xxiv), — Œuvres (Odes, III,
xxv) 1560 ; (xxv = xxii) 1567; (xxii) 1571, 1573. — Supprimée défi-
nitivement en 1578. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592,
Œuvres, t. II, p. 445. — Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1623,
1630.
Blanchemain (t. II, p. 418) ; Marty-Laveaux (t. II, p. 79).
Titre. 60-^^ sans titre
3. ^^ Souvent Charles | 60 Souvent Grevin | 6']-']^ Souvent Gruiet
ipn lit Gruïet en yi-y^)
4-5. SS~73 ^'i'>nes composoie... osoie | ^ovirg. après osoi (éd. suiv. corr.)
6. 71-7^ Faire une œuvre
1. Voir ci-dessus Odes, II, xviii, n. i. — Jacques Grévin, auquel
Ronsard s'adresse en 1560, est l'auteur de VOlympc, recueil de sonnets
publiés en 1560 avec un sonnet liminaire de Ronsard (Bl. I, 208; M.-L. I,
184), et du Théâtre publié en 1561 avec un « discours » liminaire très
élogieux de Ronsard (Bl. VI, 311 ; M.-L. VI, 216). Après la violente
polémique survenue entre les deux poètes pendant la première guerre de
religion (1562-63), Ronsard « ôta Grévin de ses écrits » (cf. L. Pinvert,
Jacques Grévin, thèse de Nancy 1899, et mon Ronsard p. lyr., p. 240 et
suiv.). — Quant au nom de Gruiet, par lequel il le remplaça ici, faut-il
le lire Grujet, et désigne-t-il, comme l'a pensé Blanchemain, Claude
Grujet, traducteur des Dialogues de Sperone Speroni (15 51) et éditeur de
VHeptaméroîi(i')'^()) ? On ne saurait l'affirmer.
2. Ces rimes masculines à cette place enlevaient à l'ode sa régularité
strophique. Ronsard les corrigea dès l'édition suivante par l'emploi de la
finale picarde oie ou oye, dont les Odes mêmes de 1550 offrent des exemples
(v. ci-dessus II, xviii, 9 et xix, 65). Cf. VAbhrégc de l'Art poétique (Bl.
VII, 333)-,
3. Ce début et le ton de toute l'ode permettent de croire que sa com-
LIVRE III, ODE XVIII 49
Un chacun (Charles) qui s'efforce
N'a la force
De vomir des livres parfaits :
Les nerfs foibles souvent se treuvent
S'ils epreuvent
Plus que leur charge un pesant fais '.
Qui pensés vous qui puisse écrire
L'ardente ire
D'Ajax le fils de Telamon,
Ou d'Hector rechanter la gloire,
Ou l'histoire
De la race du vieil Emon ^ ?
Toute muse pour tragédie [93 r^']
N'est hardie
A roter un stile si haut,
Ne propre à recenser la peine
D'erreurs pleine.
Du Grec Ulysse fin, & caut 3.
7. j'j Chaque poëte qui | 60-']^ Tout esprit gaillard qui
9. S5~73 De polir des livres parfaits
II. jo S'il {éd. suiv. corr.) et virg. après epreuvent (75 corr.)
18. jo viel {corr. diaprés les errata et les éd. suiv.)
21-24. SS~7S ^ tonner sur un écharfaut (PR 162^, Bl, ML eschafFaut),
Ne propre à rechanter la peine D'erreurs pleine, De ce Grégeois qui fut
si caut I PR i6iy-2^, Bl, ML D'erreur pleine {texte fautif )
position est antérieure à l'imitation de Pindare et aux projets d'épopée.
Cf. Ronsard p. lyr., p. 53-57.
1 . Sources de cette strophe : quelques mots de l'ode d'Horace à Agrippa,
Carw. I, VI, 5-9... nec conamur, tenues grandia..., et quelques vers de
VEpist. adPis., 26-27 et 38-59 :sectantemlevia nervi Deficiunt aniniique...
Sumite materiam vestris, qui scribitis, aequam Viribus...
2. Imité d'Horace, Carm. I, vi, 13-16 : QuisMartem tunica...
3. Ihid. I, VI, 5-12 : Nos, Agrippa, neque haecdicere...
Ronsard^ II. 4
50 ODES
25 Adieu donc enfans de la terre,
Qui la guerre
Entreprintes contre les Dieus,
Ce n'est pas moi qui vous raconte
Ne qui monte
50 Avecque vous jusques aus cieus K
Vos vertus, grâces, & mérites,
Seront dites
Par un Maclou mieus fortuné 2,
Ma petite lirique muse
35 Ne m'amuse
Qu'à l'humble vers où je suis né 3.
Quant est de moi j'aime ma mode,
Par mainte ode
Mon renom ne périra point,
40 Les autres de Mars diront l'ire,
Mais ma lire
Bruira l'amour qui me point 4. [93 v°]
31-36. S5~7S suppriment cette strophe (tion rééditée dans les PR, ni par
Bl, ML)
37. S5'73 Sans plus {60 Grevin 6y-j^ Gruiet) je poursuivrai ma mode
39. ôj-y^ Mes vers seront fleurissans
42. 6y-j^ Bruira l'amour que je sens
1. Imité d'Horace, Carm. II, xii, 6-9 : domitosve Herculea manu...
2. Maclou de la Haye. Sur ce poète, v. ci-dessus Odes, II, xi, note i ;
XVI, note finale; ci-après IV, xv, notes.
3. Horace, Carm.l, vi, début; II, xii, 9-16 : Tuque pedestribus dices...
— Ronsard supprima cette strophe dès 1555, soit qu'il eût trouvé le 2*
vers incorrect, soit que l'allusion à Maclou de la Haye n'eût plus sa rai-
son d'être, soit enfin que le ton lui parût désormais trop modeste.
4. Ihid. I, VI, fin : Nos convivia, nos praelia virginum... — Même idée
développée dans Y ode A sa g iiiterre, ci-dessus Odes, II, xix, 49 et suiv.
LIVRE III, ODE XIX 5 I
A CUPIDON
POUR PUNIR JANNE CRUELLE '
Ode XIX
Le jour pousse la nuit,
Et la nuit sombre
Pousse le jour qui luit
D'une obscure ombre.
L'autumne suit Testé,
Et l'âpre rage
Des vens, n'a point été
Apres l'orage.
Mais le mal nonobstant
D'amour dolente,
Demeure en moi constant
Et ne s'alente ^.
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xix), 1 5 50 ; (xi 11) 1 5 5 3 ;
(xxv) 1555. — Œuvres (Odes, III, xxvi) 1560 ; (xxvi = xxii i) 1567 ;
(xxm) 1571, 1573 ; (xxi) 1578 ; (xvii) 1584 ; (xvi) 1587 ; 1592 -1630.
Blanchemain (t. II, p. 219); Marty-Laveaux (t. II, p. 283).
Titre. S5~^4 ^ Cupidon. | 87 sans titre
2, jo-8y n'ont pas les vers tétrasyllahes en retrait.
7. yS'^J suppriment la virgule après vens
9-11. S5-^7 Mais la rage {ôj-Sy fièvre) d'amours Qui me tourmente,
Demeure en moi toujours (et tousjours)
1. Voir ci-dessus Odes, III, xiii, n. i.
2. Ces trois premières strophes sont imitées d'Horace, Epode xvii,
25-26 : Urget diem nox, et dies noctem, neque est Levare tenta spiritu
praecordia. Cf. Carm. II, ix, 1-12. — Cette antithèse était familière à
Ronsard : voir le sonnet de 1552, Tousjours des bois... et l'ode de 1553,
Tousjours ne tempeste (Bl. I, 96; II, 278).
52 ODES
Ce n'estoit pas nous, Dieu,
Qui failloit poindre,
15 Ta flèche en autre lieu
Se devoit joindre.
Poursui les paresseus [94 r^]
Et les amuse,
Mais non pas moi, ne ceus
20 Qu'aime la Muse ^
Helâs délivre moi
De cette dure,
Qui plus rit, quand d'emoi
Voit que j'endure.
25 Redonne la clarté
A mes ténèbres.
Repousse en liberté
Mes jours funèbres.
Amour soi le support
30 De ma pensée,
Et guide à meilleur port
Ma nef cassée ^.
13. 60-8 j Ce n'estoit pas moi, Dieu
14. 6y-yi Qu'il failloit j yj-8y Q.u'il falloit
19.- Sj Et non pas moy, ne ceux
23. ^o-yi de moi (éd. suiv. corr.: y) d'emoy yS-Sy d'esmoy) | Bî Qui
rit, quand plus d'esmoy (texte fautif qui vient de ïed. de 162^)
27. SS-^7 Remets en liberté
29-31. y8~84 sois | 8y soy' | ^o-6y virg. après port (éd. suiv. corr.)
1. Cf. Plutarque, 'EpioTtxdç (Moralia, coll. Didot, t. IV, p. 924), et
Rabelais, III, xxxi : « ...Comme au contraire disent les philosophes,
oisiveté estre mère de luxure... »
2. Imité de Pétrarque, sextine iv, fin : « Signer délia mia fine c délia
vita... Drizza a buon porto l'afFannata vêla. »
LIVRE III, ODE XIX 53
Tant plus je suis criant
Moins el' n'oit goûte ',
Et plus je SLiis priant
Moins el' m'écoute ^,
Ne ma palle couleur
D'amour blémie, [94 v»]
N'a émeu à douleur
Mon ennemie 3,
Ne sonner à son huis
De ma guiterre,
Ni pour elle les nuis
Coucher à terre 4.
Plus cruel n'est l'efFort
De l'eau mutine
34. SS~^7 Plus me reboute
55. ^^-8j Plus je la suis priant
36. iJ-60 Moins eir m'écoute ] 6y-8y Et moins m'escoute
38. TS-Sy suppriment la virgule après blémie
41. SO-ôy virgule après huis (éd. suiv. corr.)
44. 6o-8y Dormir à terre
1. L'expression n'ouir goutte est dans Cl. Marot et dans Rabelais.
Pour la tournure syntaxique du vers, cf. Ronsard, Elégie sur le trespas
d'A- Chasteigner : «...sans ne mourir pas» pour « sans mourir» (Bl. VII,
204).^
2. Cf. Pétrarque, son. vi, 5/ traviato, 5-6 : « Che, quanto richiamando
più l'invio..., men m'ascolta. » ; Lxxxrx, Anwrm'ha posto., 3-4 : «...e son
già roco, Donna, mercè chiamando, e voi non cale. »
5. Cf. Ovide, Ars amat. I, 729 et suiv. : Palleat omnis amans... :
Pétrarque, son. xlviii, Amor cou sue, un; xxix, Quel ch' in TessagUa, fin.
4. Ces deux strophes semblent l'écho d'une ode qu'Horace chante à
la porte de l'impitoyable Lycé, Carni. III, x. Ronsaid trouvait d'autres
exemples de TcapaxXaujtOuoov dans Ovide, Amores, I, vi; Pontano.
5 4 ODES
Qu'elle, lors que plus fort
Le vent s'obstine ^
Eir s'arme en sa beauté,
50 Et si ne pense
Voir de sa cruauté
La recompense.
Montre toi le vainqueur,
Et d'elle enflamme
55 Pour exemple le cueur
De telle flamme
Qui la seur alluma
Trop indiscrette,
Et d'ardeur consuma [95 r^]
60 La Roine en Crète ^.
$3-54. >o-/j ont la virgule après enflamme (^<;?. suiv. corr.)
57-60. ^7 Qui Biblis escoula Trop indiscrète, Et ferine brûla La
Ro5me en Crète | Bl a mélangé les deux textes.
Amores, I : Carmen nocturnum ad fores puellae. Il a repris l'idée dans
l'élégie de 1554 Aus faits d'Amour Diotime certaine (Bl. IV, 374).
1. Ronsard semble avoir pris cette comparaison, qui lui est familière
(v. ci-dessus Odes, I, xix, début; ci-après, III, xxv, 17-20), soit à
Sannazar, Arcadia, trad. J. Martin, f° 50 r°, soit à Erasme, Adages, art.
Litiori loqueris .
2. Pour ces trois dernières strophes, cf. Pétrarque, madrigal iv, Or vcdi,
Amor. Moins retenu que son modèle, Ronsard prie l'Amour de le ven-
ger en inspirant à sa maîtresse les mêmes ardeurs « indiscrètes » qu'à
Byblis, amoureuse de son frère Caunus, et à Pasiphaé, amoureuse d'un
taureau (cf. Ovide, Ars amat. I, 283-326).
LIVRE III, ODE XX
55
AUS MOUCHES A MIEL
POUR CUEILLIR LES FLEURS SUR LA BOUCHE
DE CASSANDRE '
Ode XX ^
Où allez vous filles du ciel
Grand miracle de la nature,
Où allés vous mouches à miel
Chercher aus champs vostre pasture ?
Si vous voulés cueillir les fleurs
D'odeur diverse, & de couleurs,
Ne volez plus à l'avanture.
Autour de sa bouche alenée
De mes baisers tant bien donnés,
Vous trouvères la rose née,
Et les oeillets environnés
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xx) 1550; (xiv) 1553 ;
(xxvi) 1555. — Œuvres (Odes, III, xxvii) 1560; (xxvii=xxiv) 1567;
(xxiv) 1S71, 1575 ; (xxii) 1578. — Supprimée en i$84. — Réimprimée
dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 447. — Recueil des Pièces
retranchées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 419); Marty-Laveaux (t. VI, p. 80).
Titre. SS'7^ -^-us Mouches à miel.
4. S(>'7S deux points après pasture (éd. suiv, corr.)
8. jj-7^ de Cassandre, alenée | y8 de ma Dame halenée
1. Sur Cassandre, v. ci-dessus Odes, II, v, n. i.
2. Cette pièce est la paraphrase du Baiser xix de J. Second, que R.
Belleau a de son côté imité dans un sonnet de sa Bergerie (éd. M.-L.,
t. II, p. 93). Le thème a été repris en chanson : Petite abeille ména-
gère. Vous qui ne cherchez que des fleurs. Approchez-vous de ma ber-
gère ; Vous pouvez bien vous satisfaire : Sa belle bouche a des dou-
ceurs due l'on ne trouve point ailleurs.
5 6 ODES
Des florettes ensanglantées
D'Hyacinte, & d'Ajax % plantées
Autour des rommarins là nés.
15 Les marjolenes i fleurissent,
L'amôme i est continuel, [95 v°]
Et les lauriers qui ne périssent
Pour river tant soit-il cruel,
L'anis, le chevrefueil qui porte
20 La manne qui vous reconforte,
I verdoie perpétuel.
Mais je vous pri gardez vous bien,
Gardez vous qu'on ne l'eguillonne,
Vous apprendriés bien tost combien
25 Sa pointure est trop plus félonne,
Et de ses fleurs ne vous soûlez
Sans m'en garder, si ne voulez
Que mon ame ne m'abandonne ^.
12. 7^ De fleurettes
14. SS~7^ Ptcs des lis sur sa bouche nés
16. Le texte de Bl amône est fautif .
24, Le texte desPRi6op-^o, Bl,ML aprendrez (et apprendrez) est fautif .
1. Sur l'origine fabuleuse de ces fleurs, v. Ovide, Met. X, 174-219 ;
XIII, 384-398. Ronsard afl"ectionnait ces périphrases : v. ci-dessus Odes,
III, X, 35, et ci-après, III, xxv, 121-128; en outre le sonnet de 15 52
D'un Océan oii le jour se limite, i" tercet, et l'ode de 1560 Ni la fleur qui
porte le nom (Bl. I, 107 ; II, 168).
2. Cette strophe finale correspond aux dix derniers vers de Second,
mais dans un ordre différent : Ronsard a paraphrasé d'abord les quatre
derniers, ensuite les six autres.
Remarquer la structure rythmique de cette ode. Elle est construite
sur deux systèmes strophiques, qui, au lieu d'alterner, s'emboîtent l'un
dans l'autre, celui des strophes i et j\{infmfm^ ni^ f) encadrant celui
des strophes 2 et 3 {ftnfmf^f^ m).
LIVRE III, ODE XXI 57
COMPLAINTE DE GLAUCE A SCYLLE NIMPHE '
Ode XXI
Les douces fleurs d*Hymette aus abeilles agréent,
Et les eaus de l'esté les altérés recréent :
Mais ma peine obstinée
Se soullage en chantant sur ce bord foiblement
Les maus ausquels Amour a misérablement
Sumis ma destinée ^.
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xxi) 1550; (xv) 1553 ;
(xxvii) 1555. — Œuvres (Odes, III, xxix) 1560; (xxix =xxvr) 1567 ;
(xxvi) 1571, 1573 ; (xxiv) 1578; (xviii) 1584; (xvii) 1587; 1592-1630.
Blanchemain ft. II, p. 221) ; Marty-Laveaux (t. II, p. 285).
Titre. 6o-8y Complainte de Glauque à Scylle Nimfe (et Nymphe)
5. S^-yi auquels amour (éd. suiv. corr.)
6. yi-8j Soumis ma destinée | Aucune séparation stropbique dans les
anciennes éditions.
1. Pour la fable du pêcheur Glaucus, changé en dieu marin et amou-
reux de Scylla, voir Ovide, Met. XIII, 900-968. Ronsard s'est en outre
inspiré du discours de Polyphème à Galatée (ibid., 789 et suiv.) ; il
publiera dix ans plus tard le Cychpe amoweux, » contamination » de ce
discours ovidien et de l'idylle xi de Théocrite (Bl. IV, 104) .
Si l'on en croyait Cl. Binet dans sa Fie de Ronsard, et G. Colletet qui
l'a copié, cette ode serait la première que le poète eût composée. Or la
raison qu'ils en donnent est fausse ; cette ode ne doit nullement être
assimilée aux odes « non mesurées et impropres à la lyre » reléguées
par Ronsard dans son premier Bocage, car elle est parfaitement régu-
lière, toutes les strophes étant superposables dans tous leurs éléments
rythmiques. Cf. R. H. L. 1903, p. yy^ n. 6, et mon éd. critique de la
Vie de Ronsai'd, p. 109-110. — Si l'on admet avec moi que cette complainte
est une allégorie, dont les personnages cachent ceux de Ronsard et de
Cassandre Salviati, on peut en faire remonter la composition à 1546 au
plus, comme celle de la Défloration de Léde et du Rossignol abusé, qui
s'inspirent également d'Ovide et contiennent des doléances analogues
(cf. Ronsard p. lyr., p. 44).
2. Cf. Théocrite, Cyclope, début ; Properce, I, ix, fin : Dicere quo
perças semper in amore levât ; Pétrarque, canzone i, 4 : Perché, can-
tando^ il duol se disacerba. — Peut-être ce début a-t-il été suggéré aussi
par des réminiscences de Virgile, Bue. 11, 65 ; v, 46-47; x, 29-30.
5 8 ODES
Hê Scylle, Scylle, lâs ! cette dolente rive S [96 r^]
Voire son flot piteus qui bruiant i arrive
Des salées campaignes
10 Me plaint & me lamente, & ces rochers oians
Mon dueil continuel de moi sont larmoians :
Seule tu me dédaignes ^.
Ce jour fut mon malheur, quand les Dieus marins eurent
Envie sus mon aise, & lors qu'ils me connurent
15 De leur grande mer digne.
Lâs ! heureus si jamais je n'eusse dédaigné
L'art premier où j'estoi par mon père enseigné,
Ni mes rets, ni ma ligne 3 :
Car le feu qui mon cueur ronge, poinçonne, & lime,
20 Me vint ardre au meilieu (qui l'eust creu !) de l'abime
De leur mer fluctueuse.
Et bien en autre forme adonc je me changeai,
Que je ne fus mué alors que je mangeai
L'herbe tant vertueuse 4.
25 Pourtant si j'ai le chef de longs cheveus difforme,
7. yo lâs sans pond. (éd. suiv. corr.)
8. SS'^7 l'^i grumelant (8y gromelant) arrive
9. 78-8J Des ondeuses campaignes
16. ^o-y^ Lâs sans pond. (éd. suiv. corr.)
17. S'^-hj enseigné sans pond. {éd. suiv. corr.)
19. Sy Car la flamme d'Amour, qui m'espoinçonne & lime
20. jo Me vient {corr. aux errata) \ 6j-8j au milieu
24. 8y L'herbe trop vertueuse
25. <^7 Pourtant si j'ay la teste en longs cheveux difforme
1. Ovide, Afc/. XIV, 17 : Littore in Italico, Messania mœnia contra...
2. Pour cette nature animée qui partage les sentiments de l'homme,
cf. Virg., Bue. I, 38-39; V, 62-64; x» i3-i5'
3. Ovide, Met. XIII, 905-925 et 949.
4. Ibid., 935-945. Glaucus veut dire ; Alors je subis par l'amour une
métamorphose autrement grande que celle que j'avais subie pour avoir
mangé l'herbe si puissante.
LIVRE III, ODE XXI 59
Et le corps monstrueus d'une nouvelle forme
Bien peu connue aus ondes :
Tel honneur de nature en moi n'est à blâmer,
La mère Tethys m'aime, & m'aiment de la mer
50 Les nimphes vagabondes '.
Circe tant seulement ne m'aime, mais encore
Ardentement me suit, & ardente m'adore.
En vain de moi éprise : [96 v^]
Ainsi le bien que cent désirent, une l'a,
55 Une l'a voirement, & en lieu de cela
Me hait, & me deprise *.
Et bien que tu sois Nimphe en ces rives, si esse
Qu'indinne je ne suis de toi demidéesse.
Un dieu te fait requeste,
10 Thelys pour effacer cela qu'avoi d'humain.
Et d'homme au tens subjet, m'a versé de sa main
Cent fleuves sur la teste 3.
Mais las ! dequoi me sert cette faveur que d'estre
Immortel, & d'aller compaignon à la destre
^5 Du grand prince Neptune,
21. 8y Citoyenne des ondes
32-35. jo-yi virg. après éprise (^éd. suiv. corr.) \ 87 Toute ardante me
suyt, & pourneant m'adore De folle amour esprise. Ainsi mon cœur que
mille affectent^ une l'a : Une seule en jouyst & en lieu de cela Me hait
& me desprise | Bl a mélangé les deux textes,
37. S^-Sj Bien que Ninfe tu sois, ah cruelle^ si esse (et si est-ce)
38. /j'-^7 demi-déesse | Bide toi : demy-déesse (texte fautif)
40. SS~^7 Tethys (et Thetis) pour effacer cela que j'eus d'humain
43. JO-/J \ks sans ponct . (éd. suiv. corr.)
1. Ovide, Met. XIII, 904, 914-919, 960 et suiv.
2. La passion malheureuse de Circé pour Glaucus et la vengeance
qu'elle tira de sa rivale Scylla sont exposées dans Ovide, M^ï. XIV, 25
et suiv.
3. Ovide, Met. XIII, 918, 949 et suiv.
éo ODES
Quand Scylle me dédaigne étant au ranc admis
De ceus qui par la mort ne leur est plus permis
De tromper leur fortune ^ ?
DE FEU LAZARE DE BAIE ^
A CALIOPE
Ode XXII
Si les Dieus
Larmes d'yeus
Versent pour la mort d'un homme,
A cette heure
Dieus qu'on pleure, [97 r^]
Et qu'en dueil on se consomme.
ZJ6-48. ;j-^7 Quand Scylle me dédaigne étant franc du trépas (et
trespas), Et celui qui {ji-S'j Et cil à qui) par mort permis ne lui est pas
De changer sa fortune | $0-']^ un point final (éd. suiv. corr.)
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xxii), 1550. — Sup-
primée en 1553. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres,
t. II, p. 448. — Recueil des Pièces retranchées , 1609, i^^?? ^^23, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 464) ; Marty-Laveaux (t. VI, p. 116).
I. jo n'fl pas les vers trissyllabes en retrait.
1. Ovide, Met. XIII, 964-965 : Q.uid tamen haec species, quid dis pla-
cuisse marinis, Quid juvat esse deum, si tu non tangeris istis ?
2. Lazare de Baïf, conseiller et maitre des requêtes ordinaire du roi,
mourut en 1547, entre le 11 avril, jour des obsèques de François l"
auxquelles il assistait, et le 8 novembre, date de l'inventaire des meubles
de son château des Pins (près de La Flèche). Cf. L. Pinvert, Lazare de
Baïf, Paris, Fontemoing, 1900, p. 88-89. Antoine de Baïf, né en février
1532, dit dans sa Contretrene à N. Vergece qu'il avait 15 ans à la mort de
son père (éd. Marty-Laveaux, t. II, p. 203), ce qui confirme les susdits
documents.
LIVRE III, ODE XXII 6l
Caliope,
Et ta trope,
Baïf chantez en vois telle,
Que sa gloire
Par mémoire
Soit saintement immortelle.
En maint tour,
Alentour
Du cercueil croisse l'ierre.
Nuit, & jour
Sans séjour,
A l'ignorance il eut guerre ^
L'excellance
De la France
Mourut en Budé première,
Et encores
Morte est ores,
Des Muses l'autre lumière ^.
14. p2, PR i6op-^o A l'entour
15. ^2 croisse ierre | PR iSop-^o croisse lierre
23. PR 162^, Bl, ML suppriment la virgule après ores
1. Sur les travaux d'érudition de Lazare de Baïf, cf. Pinvert, op. cit.
Il traduisit l'Electre de Sophocle (1537); ^^^^ je pense avec René Sturel
(Mélanges E. Châtelain, 19 10, p. S76 et suiv., et R. H. L. 191 3, p. 280
et suiv.) qu'on lui a faussement attribué la traduction de VHécube
d'Euripide.
2. Cf. Du Bellay, Deffence, II, xii : « Je ne craindray point d'aleguer
encores pour tous les autres ces deux lumières françoyses, Guillaume
Budé et Lazare de Baïf » (éd. Chamard,p. 532). — Sur Budé, voir les
thèses de L. Delaruelle (Paris, 1907).
Remarquer la structure rythmique de cette ode. Elle est construite
sur deux systèmes strophiques alternants; mais les rimes m. des vers
16-17 ne correspondent pas aux rimes f. des vers 4-5, et ce fait la rend
irrégulière {ci.R.H. L. 1903, p. 79, n. i).
62 ODES
A ANTHOINE CHASTEIGNER [97 v»J
ABBÉ DE NANTUEIL ^
Ode XXIII
Ne s'efFroier de chose qui arive,
Ne s'en fâcher aussi,
Rend l'homme heureus, & fait encor qu'il vive
Sans peur, ne sans souci ^.
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xxiii) 1550; (xvi)
1553 ; (xxvm) 1555. — Œuvres (Odes III, xxx) 1560 ; (xxx = xxvn)
1567; (xxvii) 1571,1573 ;(xxvi)iS78;(xx)i584;(xix)i587;i592-i630.
Blanchemain (t. II, p. 225); Marty-Laveaux (t. II, p. 288).
Titre. SS'7^ A. Antoine Chasteigner. | 84 A Antoine de Chasteigner,
de la Roche de Posé. | 87 sans titre
1-2. ^7 N'estre trop resjouy de chose qui arrive, Ny trop despit aussi
{162) corrige le r" vers ainsi N'estre trop gay)
4. Aucune séparation strophique dans les anciennes éditions.
1. Antoine Chasteigner de la Roche-Posay, né en 1530, prieur de
Marignac, puis abbé de Nanteuil-en-Vallée (Charente), étudiait à Padoue
en 1550. De retour en France, il résigna ses bénéfices ecclésiastiques
pour suivre la carrière militaire, prit le titre de seigneur de l'Isle-Ba-
paume et guerroya en Picardie jusqu'au siège de Thérouanne, où il fut
tué le 23 juin 1553. Ronsard lui a consacré une longue élégie funèbre,
publiée en 1553 dans la 2" éd. du Cinquième livre des Odes (Bl. VII, 202).
D'après cette pièce et le témoignage de ses biographes, A. Chasteigner
a laissé un recueil manuscrit de Poésies françoises, où il chantait les pas-
sions de l'amour^ et aussi la vaillance des Français dont il fut le compa-
gnon d'armes en Italie en 15 51 ; on y trouve trois odes à Ronsard, dont
l'une sur la mort de leur ami commun Claude de Ligneri, ancien élève
de Dorât. Il avait été probablement leur condisciple, ainsi que de son
cousin A. deBaïf, au collège deCoqueret vers 1548. Cf. André du Chesne,
Hist. généalogique de la maison des Chasteigners, Paris, Cramoisy, 1634,
p. 290; Dreux du Radier, Bibl. hist. et crit. du Poitou (art. sur Ant.
Chasteigner).
2. Ce début est imité d'Horace, Epist. I, vi, 1-5.
LIVRE III, ODE XXIII 63
Comme le tens vont les choses mondaines '
Suivant son mouvement :
II est soudain, & les saisons soudaines
Font leurs cours brevement.
Desus le Nil jadis fut la science,
Puis en Grèce elle ala,
Romme depuis en eut l'expérience,
Paris maintenant l'a.
Villes, & forts, & roiaumes périssent
Par le tens tout exprès.
Et donnent lieu aus nouveaus qui fleurissent
Pour remourir après.
Comme un printens les jeunes enfans croissent,
Puis viennent en été,
L'iver les prent, & plus ils n'apparoissent
Cela qu'ils ont été ^.
Naguère étoient desus la vefve arène [98 r°]
Les poissons à l'envers,
Puis tout soudain l'orguilleus cours de Sene
Les a de flots couvers.
8. 84 Font leurs cours prontement | ^7 Se changent prontement | Le
texte de Bl leur cours est fautif,
15-16. Sy Pour donner place aux nouveaux qui fleurissent Qui
remourront après
13-20. 6j -Sy giiill. ces vers, mats 8y suppr. les quatre derniers.
21. SS~^7 dessus (et dessur) la sèche arène
23. SS~^7 l'orgueilleus cours
1. C.-à-d. : les choses de ce bas monde. Cf. Du Bellay, Deffence, II,
rv, à propos de l'ode : « Et quant à ce, te fourniront de matière les
louanges des dieux et des hommes vertueux, le discours fatal des choses
mondaines... ». C'est précisément l'idée de ce discursus rerum que Ronsard
présente ici d'après Horace.
2. Cf. Cl.Marot, Epigr. ccxiii (éd. Jannet, t. III, p. 85). — L'idée a été
splendidement développée par Bossuet, Sermon sur la Mort, i" point.
64 ODES
2s La mer n'est plus où elle souloit estre,
Et aus lieus vuides d'eaus
(Miracle étrange) on la lui a veu naistre
Hospital de bateaus K
Telles lois feit dame Nature guide,
30 Lors que par sur le dos
Pyrrhe sema dedans le monde vuide
De sa mère les os ^ :
A celle fin que nul homme n'espère
S'oser dire immortel,
35 Voiant le tens qui est son propre père
N'avoir rien moins de tel 3.
Arme toi donc de la philosophie
Contre tant d'accidans,
Et courageus d'elle te fortifie
40 L'estomac au dedans,
N'aiant effroi de chose qui survienne
Au davant de tes yeus,
Soit que le ciel les abimes devienne.
Et l'abime les cieus 4.
25. 84-87 La mer ne flotte où elle souloit estre
27. 8j (Miracle estrange) on la voit soudain naistre | Bl a mélange les
deux textes des vers 25-27.
40-42. ^o-y^ un point après dedans (eti. suiv. corr.) \ Ji-Sj Au devant
1. Huit vers suggérés par Horace, Carm.\,u, <)-2o;Epist. ad Pis. 6^-6%.
La parenthèse rappelle le mirahile dictu ou visu des poètes latins.
2. Quatre vers imités de Virgile, Gèorg. l, 60-63 • Continuo lias
leges aeternaque foedera certis..., avec une réminiscence d'Ovide, Met.
I, 383 : Ossaque post tergum magnae jactate parentis.
3. duatre vers imités d'Horace, Carm. I, iv, 22-25, ^^ surtout IV,
VII, 7-8 : Immortalia ne speres monet annus... Il y a aussi réminiscence
de Pindare, Olytnp. ii, 15-18, ou d'Horace, Carm. III, xxix, 45-48.
4. Conclusion inspirée de divers passages d'Horace, entre .lutres
Carm. III, i, 25 et suiv. ; m, 1-8.
LIVRE III, ODE XXIV 6$
A JOACHIM DU BELLAI [98 v^]
ANGEVIN ^
Ode XXIV
Si les âmes vagabondes
Çà & là, des pères vieus,
Apres avoir beu les ondes
Du dous fleuve oblivieus,
Dedignans l'obscur séjour,
Pleines d'amour de la vie première
Reviennent voir de nos cieus la lumière.
Et le clair de noslre jour ^ :
Si ce qu'a dit Pythagore
Pour vrai l'on veut estimer,
L'ame de Pétrarque encore
T'est venue r'animer 3 :
L'expérience est pour moi,
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xxiv) 1550. — Sup-
primée en 1553. — Rétablie en 1555 (III, xxix), — Œuvres (Odes, III,
xxxi) 1560. — Supprimée définitivement en 1567. — Réimprimée dans
l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. Il, p. 449. — Recueil des Pièces retran-
chées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 465); Marty-Laveaux (t. VI, p. 117).
2. /j-^o Ans enfers, des pères vieus
<). PR i6op-i6^o Desdaignans
8. ^o-6o, PR i6o(^-i6^o un point après ']onr (^Bl, ML corr.)
1. Voir ci-dessus Odes, I, ix et xvi ; III, xiv et xv.
2. Cf. Virgile, En. VI, 748 et suiv.
3. Cf. Du Bellay, Recueil de Poésie, ode à Heroët, vers 21-28 (éd.
Chamard, t. III des Œuvres, p. 136),
Ronsard, IL 5
66 ODES
Veu que son livre antiq' tu ne leus onques,
15 Et tu écris ainsi comme lui, donques
Le même esprit est en toi ^
Une Laure plus heureuse
Te soit un nouveau souci,
Et que ta plume amoureuse [99 r^J
20 Engrave à son tour aussi
Des contens l'heur & le bien,
A celle fin que nostre siècle encore
Comme le vieil, en te lisant t'honore,
Pour gaster l'encre si bien.
2$ D'une nuit oblivieuse
Pour quoi tes vers caches-tu ^ ?
La lumière est envieuse
S'on lui cèle la vertu :
Par un labeur glorieus
30 Ont surmonté les fureurs poétiques
D'Homère, Horace, & des autres antiques
Les siècles injurieus.
14. ^/-éo Veu que ces (pour ses) vers Tuscans
21. JJ-éo Des amoureus le dous bien
23. ^0-60 viel (corr. d'après les errata)
31. 60 Du vieil Homère, & des autres antiques
1. Ceci contredit la déclaration de Du Bellay lui-même : « Vrayment
je confesse avoir imité Pétrarque... » (i"' prêt, de VOlive, 1549). A sup-
poser même que cette ode ait été écrite peu de temps après la ren-
contre de Ronsard et Du Bellay, il n'est guère vraisemblable qu'à ce
moment-là Du Bellay n'ait pas encore lu Pétrarque, étant données ses
relations avec Peletier à Poitiers en 1 546 (cf. Chamard, Joachim du Bellay,
p. 30-36).
2. Ainsi la composition de cette ode est assez antérieure à la publica-
tion de l'édition princeps de VOlive. Pour moi, c'est la première de celles
que Ronsard adressa à Du Bellay ; la deuxième serait l'ode xiv du livre
III dans le recueil de 1550.
4
LIVRE III, ODE XXV 67
LA DEFLORATION DE LEDE
A CASSANDRE ^
DIVISÉE PAR QUATRE POSES ^
Ode XXV
Le cruel amour vainqueur
De ma vie sa sugette,
M'a si bien écrit au cueur
Vostre nom de sa sagette 3, [99 v°]
Que le tens qui peut casser
Le fer & la pierre dure,
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xxv) 1550 ; (xvii)
1553 ; (xxx) 1555. — CEuvres (Odes, III, xxxii) 1560; (xxxii = xxviii)
1567; (xxvni) 1571, 1573; (xxvii) 1578; (xxi) 1584; (xx) 1587;
1 592-1650.
Blanchemain (t. II, p. 226); Ma rty-La veaux (t. II, p. 290).
Titre, yj-^o. . . divisée par trois poses | ôy-Sj La défloration de Lede.
(6j par erreur deploration) | Bl De la défloration... d'après l'éd. de 162^.
I. Ven-tête de Bl Première pause ne se lit dans aucune édition.
1-8. 8y Amour dont le traict vainqueur Fait en mon sang sa retraite,
M'a si bien escrit au cœur Le nom de ma Cassandrette, Que le tombeau
mange-chair. Logis de la pourriture, Ne pourra point arracher De mon
cœur sa pourtraiture
1. Sur Cassandre,v. ci-dessus 0(/^5, II,v,vii etxxiv;III, xvi, xx et xxi;
ci-après, IV, viii, x et xiv ; Bocage, 11, m et ix. — La composition de
cette ode est vraisemblablement antérieure au mariage de Cassandre, qui
eut lieu en novembre 1546 : après cet événement, le récit que le poète
lui fait de la défloration de Léda aurait perdu tout son à propos (v.
Ronsard p. lyr., p. 43-44).
2. Ronsard a emprunté cette division en poses à quelques-uns des
plus longs psaumes de Cl. Marot, tels qu'ils se présentaient à lui dans
les premières éditions (v. Ronsard p. lyr., p. 390, n. 2).
3. Souvenir de Pétrarque, son. v, Qiiando io movo i sospiri..., premier
quatrain. Ronsard a souvent dit qu'il portait le nom de Cassandre dans
son cœur. Voir la note suivante.
68 ODES
Ne le sçauroit effacer
Qu'en moi vivant il ne dure ^
Mon lue qui des bois oiants
lo Souloit alléger les peines 2,
De mes yeus tant larmoiants
Ne tarist point les fontaines,
Et le souleil ne peut voir
Soit quand le jour il apporte,
15 Ou quand il se couche au soir
Une autre douleur plus forte 3.
Mais vostre cueur obstiné,
Et moins pitoiable encore
Que rOcëan mutiné
20 Qui lave la rive more.
Ne prend mon service à gré,
9-10. Sj Mon Luth qui aux bois oyans Souloit raconter mes peines
II. SS-S"] Las ! de mes yeus larmoiants
13-15. $$-81 Et le soleil | S'] Ou quand il le cache au soir
20. $$-8"] Qui baigne la rive more {et More)
I. Cf. le sonnet de 1553, Mille vraiment^ fin; l'épître de 1554, Je veu$
mon cher Paschal, vers la fin : « ...jamais le tans vainqueur Des amours,
n'oustera ce beau nom de mon cœur » ; l'élégie de 1569 A Cassandre :
L'absence, ny l'obly, ny la course du jour
N'ont effacé le nom, les grâces, ny l'amour
Qju'au cœur je m'imprimay des ma jeunesse tendre,
Fait nouveau serviteur de toy, belle Cassandre.
2. Cf. Horace, Carm. I, xii, 7-12. Ronsard a parlé ailleurs de « l'o-
reille oyante » de la forêt de Gastine (ci-dessus Odes, II, xxiii), et des
« chesnes aureillés » {Isles fortunées^ i553)> traduisant l'expression hora-
tienne « auritas quercus ».
3. Bien que Pétrarque ait souvent exprimé les mêmes plaintes, Ron-
sard se souvient ici plutôt de Virgile peignant la douleur d'Orphée,
Géorg. IV, 463-465 et 506-509.
LIVRE III, ODE XXV 69
Ains a d'immoler envie
Le mien, à lui consacré
Des premiers ans de ma vie ^
Juppiter époinçonné ^
De telle amoureuse rage, [100 r°]
A le ciel abandonné,
Son tonnerre, & son orage.
Car l'œil qui son cueur étraint
Comme étràints ores nous sommes,
Ce grand seigneur a contraint
De tenter l'amour des hommes 3.
Impatient du désir.
Naissant de sa flamme éprise,
Se laisse à l'amour saisir
Comme une dépouille prise.
Puis il a bras, teste, & flanc.
Et sa deité cachée
26. 8'] De telle poignante rage
27-28. $$-60 A jadis abandonné Et son trône & son orage: j 6^-84 K
jadis abandonné Ciel, Trosne (throsne et throne), femme, ménage : | 8y
A le Ciel abandonné Lié d'amoureux servage
53-34. 84-8J Luy porté de son désir. Naissant d'une flame esprise
35. S5'^7 Se laissa d'Amour saisir,
38. SS'^7 Et sa poitrine cachée
1. Cf. Pétrarque, son. xxix, Quel ch'in Tcssag^lia, tercets. — Pour la
comparaison avec l'Océan, cf. ci-dessus Odes,l, xix, début, et III, xix,
45 (sources : Erasme, Adages, art. Litiori loqueris; Sannazar, Arcadia,
trad. J. Martin, f° 50 r»).
2. A partir d'ici, Ronsard s'est inspiré surtout de V Enlèvement d'Eu-
rope de Moschos, des imitations qu'en ont faites Ovide et Horace, et de
VEnlèvement de Proserpine traité par Ovide et Claudien (v. Ronsard p.
lyr., p. 388 et suiv.)
3. Ovide, Met. II, 846 et suiv.
70 ODES
Sous un plumage plus blanc
40 Que le laict sus la jonchée ^
En son col meit un carcan,
Avec une cheine, où l'œuvre
Du laborieus Vulcan
Merveillable se déqueuvre ^.
45 D'or en étoient les cerçeaus
Piolés d'aimail ensemble,
A l'arc qui verse les eaus
Ce bel ouvrage ressemble. [loo v^]
L'or sus la plume reluit
50 D'une semblable lumière.
Que le clair œil de la nuit 3
Desus la nege première :
Il fend le chemin des cieus
Par un voguer de ses ailes,
55 Et d'un branle spatieus
Tire ses rames nouvelles -i.
40. $0 lait içorr. aux errata) | 6o-8'/ sur la jonchée
42-44. 54-^7 Taillé d'artifice, où l'œuvre... Admirable sedescœuvre |
Bl. a mélangé les deux textes de ces vers.
47. ^^-60 A l'arc qui note les eaus | 6'/-8'^ texte primitif
4g. J5 sus sa plume ] S5'^7 sur la plume
54. ô-j-Sj D'un long branle de ses aesles (aisles et ailes)
55. 6j-8j Et d'un voguer spatieux {et spacieux)
1. Comparaison familière à Ronsard (v. ci-dessus Odes, II, viii, 4).
Ovide compare la blancheur de Jupiter-taureau à celle de la neige encore
intacte; notre poète s'en souviendra ci-après, au vers 52.
2. Soit pour faire croire à Léda qu'il est un cygne domestique et
l'approcher plus aisément (cf. le cerf de Cyparissus dans Ovide, Met. X,
iio et suiv.), soit pour se parer par coquetterie et mieux séduire Léda
(cf. Mercure dans Ovide, Met. Il, 732 et suiv.).
3. Cette périphrase a son pendant : Ronsard appelle le soleil <r l'œil
des Dieux » (ci -dessus. Odes, III, x, 60), ou « l'œil de Dieu » {Stances,
Bl. IV, 137), comme Ovide avait dit : Mundi oculus {Met. IV, 228).
4. Souvenir de Virgile décrivant le vol de Mercure : Volât ille pcr
LIVRE III, ODE XXV 7I
Comme l'aigle fond d'en haut
Ouvrant Tépés de la nuë,
Sur l'aspic qui lesche au chaut
Sa jeunesse revenue ^ :
Ainsi le Cigne volloit
Contrebas, tant qu'il arrive
Desus l'estang où soulloit
Jouer Lede sur la rive ^.
Quand le ciel eut allumé
Le beau jour par les campaignes,
Elle au bord acoutumé
Mena jouer ses compaignes :
Et studieuse des fleurs 3
En sa main un panier porte, [loi r»]
Paint de diverses couleurs,
Et paint de diverse sorte 4.
58. ôj-Sy Ouvrant l'espés {et l'espais) de la nuë
66-68. ^^-8j rimes campagnes... compagnes
72. 6y-j^ Qui meinte histoire raporte | y8-8y Et d'histoire en mainte
sorte
aéra magnum Remigio alarum {En. I, 300; cf. IV, 245-257). Ronsard a
imité tout au long ces passages de Virgile dans l'Hymne triumphal sur le
trépas de Marguerite de Valois, paru en 1551 (RI. II, 321-322).
1. Souvenir d'Ovide, Met. IV, 712 et suiv., et de Virgile, En. II,
473. Une comparaison analogue, qui se trouve dans Ovide, Met. Il,
716 et suiv., a été utilisée par Baïf dans son Ravissement d'Europe (publié
en 1552 ; v. l'éd. M.-L., t. II, p. 427). — Sur le serpent qui se rajeunit
en changeant de peau, v. encore Tibulle, I, iv, 27 et suiv., et Ovide,
Ars amat. III, 77.
2. Ces quatre vers sont faits de deux réminiscences : Virgile, En. IV,
254-255 ; Ovide, Met. II, 844-845.
3. Horace, Carm. III, xxvir, 29 : in pratis studiosa florum,
4. Ronsard a emprunté l'idée de la description du panier à Moschos.
Mais, tandis que Baïf dans son Ravissement d'Europe a suivi pour cette
description le modèle grec vers par vers (éd. M.-L., t. II, p. 424-425),
Ronsard a pris les détails ailleurs.
72 ODES
SECONDE POSE
D'un bout du panier s'ouvroit
Entre cent nues dorées,
75 Une Aurore qui couvroit
Le ciel de fleurs colorées :
Ses cheveus vagoient errans
Soufflés du vent des narines
Des prochains chevaus tirans
80 Le souleil des eaus marines.
Comme au ciel il fait son tour
Par sa voie courbe & torte,
Il tourne tout à l'entour
De l'anse en semblable sorte :
85 Les nerfs s'enflent aus chevaus
Et leur puissance indontée
Se lasse sous les travaus
De la pénible montée ^
La mer est painte plus bas,
90 L'eau ride si bien sur elle, [loi v°]
Qu'un pescheur ne nîroit pas
Qu'elle ne fust naturelle 2.
73-74. 84-8^ Seconde pause. Du haut du panier s'ouvroit A longues
tresses dorées
78-80. S'^'SS '^'*r^' (^P^'è^ narines (éd. suiv. corr.) \ ^S~^7 ^^ Soleil
81. éj-Sj Ainsi qu'au Ciel fait son tour
86. S^'7^ virg . après indontée {éd. suiv. corr.)
87, y8-8j Se roidist sous les travaux
1. Souvenir d'Ovide, Met. II, 63-70.
2. Ihid.Vl, 104 : Verumtaurum, fréta vera putares. C'est précisément
dans cette description de la tapisserie d'Arachné que se trouve le seul
vers des Met. relatif à Léda : Fecit olorinis Ledam recubare sub alis.
LIVRE III, ODE XXV 73
Ce soleil tumbant au soir
Dedans l'onde voisine entre,
95 A chef bas se laissant cheoir
Jusqu'au fond de ce grand ventre.
Sur le sourci d'un rocher
Un pasteur le loup regarde,
Qui se haste d'aprocher
oo Du couard peuple qu'il garde ^ :
Mais de cela ne lui chaut,
Tant un limas lui agrée,
Qui lentement monte en haut
D'un lis, au bas de la prée ^.
05 Un Satire tout follet
En folâtrant prend, & tire
La panetière, & le lait
D'un autre follet Satire.
L'un court après tout ireus,
10 L'autre défend sa despouille.
Le laict se verse sur eus
Qui sein, & menton leur souille.
Deus béliers qui se hurtoient [102 r^]
Le haut de leurs testes dures,
103. SS'^7 monte au haut
106. SS'^4 Laron, en folâtrant tire | 8j De sa main larronne tire
1. C.-à-d. : le loup regarde un pasteur et se hâte d'approcher des mou-
tons dont ce pasteur à la garde.
2. Cf. une description analogue de Théocrite, Idylle i : sur un vase le
ciseleur a représenté un enfant tellement absorbé par la fabrication d'un
piège à sauterelles, qu'il ne voit pas le renard qui lui mange sa vigne, ni
celui qui lui dérobe son déjeûner.
74 ODES
115 Portréts aus deus borts estoient
Pour la fin de ces paintures.
Tel panier en ses mains meit
Lede qui sa troppe excelle,
Le jour qu'un oiseau la feit
120 Femme en lieu d'une pucelle.
L'une arrache d'un doi blanc
Du beau Narcisse les larmes,
Et la lettre teinte au sang
Du Grec marri pour les armes :
125 De crainte l'œillet vermeil
Pallit entre ces piglardes,
Et la fleur que toi soleil
Des cieus encor tu regardes ^
A l'envi sont ja cueillis
130 Les vers trésors de la plaine.
Les bascinets, & les lis.
115. 6']-']^ Pourtraits | 'j8-8'] Portraits
116. $0 ses paintures {corr. aux errata^ mais la faute reparait en JS ^^
dans les éd. suiv., y compris Bl et ML)
125. S^'^7 l'oillet Icorr. d'après d'autres passages et les éd. suiv.)
126. 6'j-8'j ces pillardes
131. Sj Les Coquerets & les Lis | Bl. a conserve Les bassinets tout en
adoptant le texte de 8j pour la fin de la strophe.
I. La suite des idées est la même que dans Mosclios, op. cit. : « Telle
était la corbeille de la très belle Europe. Dés qu'elles furent arrivées
dans les prés en fleur^ elles se réjouirent chacune de la fleur qui lui
plaisait le plus : l'une cueillait le narcisse odorant, l'autre l'hyacinthe,
l'autre la violette, l'autre le serpolet... »; mais les détails de l'expression
viennent d'Ovide et de Claudien. Cf. Ovide, Fastes, IV, 429-444 (enlè-
vement de Proserpine); pour les périphrases mythologiques désignant les
fleurs, voir Met. III, 509 ; IV, 254; XIII, 395 et suiv. Claudien a fait un
tableau analogue des jeunes filles pillant les fleurs du vallon dans son
Raptus Proserpinae, II, depuis : Pratorum spoliatur honos... jusqu'à :
iEstuat ante alias. . .
LIVRE III, ODE XXV 75
La rose, & la marjolaine ' :
Quand la vierge dist ainsi
(Jettant sa charge odorante
Et la rouge fueille aussi
De l'immortel Amaranthe.)
TIERCE POSE [102 v»]
Allon trouppeau bienheureus
Que j'aime d'amour naïve,
Ouïr l'oiseau douloureus
140 Qui se plaint sur nostre rive.
Et elle en hastant ses pas
Fuit par l'herbe d'un pié vite,
Sa troupe ne la suit pas
Tant sa carrière est subite.
145 Du bord lui tendit la main,
Et l'oiseau qui tresaut d'aise,
S'en aproche tout humain
Et le blanc ivoire baise :
134-136. yj-^o (Jettant des fleurs l'odorante Moisson, & la fueille aussi
De l'immortel Amaranthe.) | 6-J-84 (Laissant la rose odorente Et la belle
fueille aussy De l'immortel Amaranthe.) mais ^8-84 deux points en fin de
parenthèses | 8y De son Destin ignorante : De tant de fleurs que voicy
Laisson la proye odorante.
137. ^ ^-8 j suppriment V en-tête Titxct pose
140. ^o-j^ deux points après rive {éd. suiv . corr.)
141. 8j Lors elle en hastant le pas \ Bl. a mélangé les deux textes.
142. 6'j-8'] Court par l'herbe d'un pied vite
146, SS'^l qui tressaut
I. Cf. Ovide, Met. V, 391-394 : ,..Q.uo dum Proserpina luco Ludit,
et aut violas, aut candida lilia carpit...
76 ODES
Ores l'adultère oiseau
150 Au bord par les fleurs se joue,
Et ores au haut de l'eau
Tout mignard foUatre, & noue.
Puis d'une gaie façon
Courbe au dos l'une & l'autre aile,
ISS Et au bruit de sa chançon
Il apprivoise la belle :
La nicette en son giron
Reçoit les flammes segrettes.
Faisant tout à l'environ [103 r»]
160 Du Cigne un lit de fleurettes ^ .
Lui qui fut si gratieus,
Voiant son heure oportune,
Devint plus audatieus
Prenant au poil la fortune :
165 De son col comme ondes long
Le sein de la vierge touche.
Et son bec lui meist adonc
Dedans sa vermeille bouche.
Il va ses ergots dressant
170 Sur les bras d'elle qu'il serre,
Et de son ventre pressant
Contraint la rebelle à terre.
152. jj-<Ç7 Tout mignard près d'elle noiie
158-160. yi-Sy flammes secrettes | jo virg. après QigwQ (éd. suiv, corr.)
161-163. S^'SS gratieus sans virg. (éd. suiv. corr.) | 7J-8y rimes gra-
cieux... audacieux
I. Ces deux strophes sont imitées d'Ovide, Met. II, 861-868.
LIVRE III, ODE XXV 77
Sous l'oiseau se débat fort,
Le pince, & le mord, si est-ce
Qu'au milieu de tel effort
Eir sent ravir sa jeunesse '.
Le cinabre çà & là
Coulora la vergogneuse ^,
A la fin elle parla
D'une bouche dédaigneuse :
D'oij es tu trompeur voilant,
D'où viens tu, qui as l'audace [103 v^]
D'aller ainsi violant
Les filles de noble race 3 ?
Je cuidoi ton cueur, helas,
Semblable à l'habit qu'il porte,
Mais (hé pauvrette) tu l'as
A mon dam d'une autre sorte.
O ciel qui mes cris entens,
Te voir donc encores j'ose,
Apres que mon beau printens
Est dépouillé de sa rose.
Plus tost vien pour me manger
O vefve Tigre affamée,
176, j8-8j Sentit ravir sa jeunesse
178. 71-^7 Couloura la vergogneuse {et vergongneuse)
180. S'^'73 virgule après dédaigneuse (éd. suiv. corr.)
190-191. /j-^7 Morte puissai-je estre enclose (^7 Puisse-je estre morte
enclose) Là bas, puis que mon printans
194. SS'^7 O veufve Tigre (et tigre)
1. Cf. Ovide, Met. II, 430-436 (Calisto violée par Jupiter)
2. Ibid. 450 : ...et laesi dat signa rubore pudoris.
3. Mouvement imité de Moschos, op. cit. : « Où me portes-tu, divin
taureau ? Qui es-tu ?... »
7 8 ODES
195 Que d'un oisel étranger
Je soi la femme nommée ^
Ses membres tombent peu forts,
Et dedans la mort voisine
Ses yeus ja nouoient, alors
200 Que lui répondit le cigne.
aUATRiÉME POSE
Vierge, dit il, je ne suis
Ce qu'à me voir il te semble,
Plus grande chose je puis [104 r°]
Qu'un cigne à qui je resemble.
205 Je suis le maistre des cieus.
Je suis celui qui deserre
Le tonnerre audacieus
Sur les durs flancs de la terre.
La contraignante douleur
210 Du tien plus chaut qui m'allume,
M'a fait prendre la couleur
De cette non mienne plume :
Ne te va donc obstinant
195. Le texte de Bl oiseau estranger est fautif .
196. ^o-y^ deux points après nommÔQ {éd. suiv. corr.)
200. y^-Sj deux points en fin de vers.
201. SS'^7 ^n-téte Troisième pose (54-^7 pause) | S*^'?^ n'ont pas dit il
entre virgules (éd. suiv. corr.)
205. 87 des Dieux
I. Les vers 189-196 sont imités, pour le mouvement et l'idée, d'Ho-
race, Carm. III, xxvii, 50-56.
LIVRE III, ODE XXV 79
Contre l'heur de ta fortune,
Tu seras incontinant
La belle seur de Neptune ^
Et si tu pondras deus œufs
De ma semance féconde,
Ainçois deus triumphes neufs
Futurs ornemens du monde :
L'un, deus jumeaus éclorra,
PoUux vaillant à l'escrime.
Et son frère qu'on loura
Pour des chevaliers le prime ^.
Dedans l'autre germera
La beauté au ciel choisie, [104 v°]
Pour qui un jour s'armera
L'Europe contre l'Asie 3.
A ces mots ell' se consent
Recevant telle avanture.
Et ja de peu à peu sent
Haute élever sa ceinture.
225-224. éy-y^ Et son frère qui sera De tous chevaliers l'estime {yi-
y] par erreur De son frère) | yS-Sy Et son frère qui aura Sur tous
Chevaliers Testime
228. jo-y^ deux points après Asie (éd.suiv.corr.)
229, Le texte de Bl elle consent, emprunté à Véd. de léoc^, est fautif.
1. Cf. Moschos, 0^. cit. :« Rassure- toi, vierge, et ne crains pas les
flots marins. Je suis Zeus lui-même... L'amour que j'ai pour toi m'a
poussé à traverser une si longue mer sous la forme d'un taureau... Tu
concevras de moi d'illustres fils... » ; Horace, Carm. III, xxvii, dernière
strophe. Enfin, dans Claudien, op. cit., Pluton console aussi Proserpine
de la même façon.
2. Cf. Horace, Carm. I, xir, 25 : « puerosque Ledae, Hune equis,
illum superare pugnis Nobilem » ; Sat. II, i, 20 : « Castor gaudet equis ;
ovo prognutus eodem, pugnis ». Source grecque : Théocrite, xxir, début.
3. Cf. Horace, Epist. ad Pis. 147 : Necgemino bellum Trojanum ordi-
tur ab ovo.
80 ODES
A MERCURE
Ode XXVI
Facond neveu d'Atlas, Mercure,
Qui as pris le soin & la cure
Des bons espris sur tous les dieus :
Accorde les nerfs de ma lire,
5 Et fai qu'un chant je puisse dire
Qui ne te soit point odieus ^
Honore mon nom par tes Odes,'
L'art qu'on leur doit, leurs douces modes
A ton disciple ramentoi :
lo Comme à celui que Thebes vante
Montre moi, affin que je chante
Un vers qui soit dinne de toi.
Je garnirai tes talons d'ailes, [105 r°]
Ton chapeau en aura deus belles,
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xxvi) 1550 ; (xviii)
1553 ; (xxxi)i555. — Œuvres (Odes, III, xxxiii) 1560; (xxxiii = xxix)
1567 ; (xxix) 1571, 1575 ; (xxviii) 1578. — Supprimée en 1584. —
Réimprimée dansl'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 450. — Recueil
des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1625, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 421) ; Marty-Laveaux (t. VI, p. 83).
2. S ^-78 Qui le soin as pris & la cure
5. ^^-78 j'y puisse dire
12. 67-78 digne de toy
14. SS~7^ Ta Capeline de deus belles
I. Cf. Horace, Carm. I, x, début ; III, xi, début. Au reste, toute la
pièce est librement imitée de la première de ces odes ; Ronsard a changé
l'ordre des idées et les a développées à l'aide de souvenirs de Virgile et
d'Homère .
LIVRE III, ODE XXVI 8l
Ton baston je n'oublirai pas,
Dont tu nous endors, & reveilles,
Et fais des euvres nom pareilles
Au ciel, en la terre, & là bas K
Je ferai que ta main déçoive
Sans que nul bouvier l'aperçoive
Phebus, qui suit les pastoureaus :
Lui dérobant & arc, & trousse,
Lors que plus fort il se courrousse
D'avoir perdu ses beaus toreaus.
Je dirai que ta langue sage,
Aporte par l'air le message
Des dieus, aus peuples, & aus rois.
Lors que les peuplés se mutinent.
Ou lors que les rois qui dominent
Violentent les saintes lois ^.
Comme il me plaist de te voir ores
Aller parmi la nuit encores
Avec Priam au camp des Grées,
Rachetant par or, & par larmes,
La fleur des magnanimes armes
Hector, qui causa ses regrets 3. [105 v°]
20. J/-75 mettent ce vers en parenthèses.
25. y^-yS suppriment la virgule après sage
33. jS'7] point exclamât if après Grées
34. jo Rachatant (corr. aux errata) | j y -7^ Racheter par dons
56. jj-60 tes regrets | 6'y-y8 texte primitif
1. Horace, Carm. I, x, fin ; Virgile, En. IV, 242-244.
2. Horace, ibid., 5-6 ; Virgile, En. I. 297 et suiv. ; IV, 238 et suiv.
3. Horace, ibid., 13 ; Homère, II. XXIV, 334 et suiv.
Ronsard, II, 6
82 ODES
C'est toi qui guides, & accordes
L'ignorant pouce sus mes chordes,
Sans toi sourdes elles sont, Dieu,
40 Sans toi ma guiterre ne sonne,
Cest par toi qu'ell' chante & resonne.
Si elle chante en quelque lieu ^
Fai que toute France me loue.
M'estime, me prise, m'aloue
45 Entre ses Poètes parfaits.
Je ne sen point ma vois si basse,
Qja'un jour le ciel elle ne passe
Chantant de son Prince les faits 2.
A MICHEL PIERRE DE MAULEON
PROTENOTERE DE DURBAN 3
Ode XXVII
Je ne suis jamais paresseus
A consacrer le nom de ceus
41. yS Par toy elle chante & fredonne
44. jo m'alouë (e'i. suîv.corr.) \ 6 j-j8 m\vo\xt(^6'j par erreur m\-\o\xt)
48. ôj'yS de mon Prince
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (III, xxvii) 1550; (xix)
J553 ; (xxxii) 1555. — Œuvres (Odes, III, xxxiv) 1560; (xxxiv = xxx)
1567; (xxx) 1571, 1573; (xxix) 1578; (xxir) 1584. — Supprimée eu
1587. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, l. II, p. 452. —
Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 423) ; Marty-Laveaux (t. II, p. 297).
Titre. 84 sans titre \ Bl protonot^ire (texte fautif )
i. Horace, Carm. I, x, 6; cf. l'ode à Calliope, Descende cxlo, passim.
2. Cf. Horace, Carm. I, i, fin ; IV, m, fin; ci-dessus Odes, I,xx, fin.
3. M. -P. de Mauléon, d'abord conseiller au Parlement de Toulouse,
LIVRE III, ODE XXVII 83
Qui sont altérés de la gloire.
Et nul mieus que moi, par ses vers
Ne bâtist dedans l'univers [106 r°]
Les colonnes d'une mémoire ^
Mauleon, tu te peus vanter
Puisque Ronsard te veut chanter
Que tu devanceras la fuite
Du tens empané jour & nuit,
Qui avec lui traine & conduit
Le long silence pour sa suite 2.
Mais par où doi-je commancer
Pour tes louanges avancer ?
Ton abondance me fait pouvre,
Tant la nature heureus t'a fait,
Et tant le ciel de son parfait
Prodigue vers toi se découvre 3 .
5, SS'^4 Q-'^i se font dignes de la gloire
4. 84 Et nul peut-estre, par ses vers
5. SS'^4 ^^ ^^^^ bâtist dans {84 en) l'univers | Bl. a mélangé dans les
vers 3-5 les leçons de jo et de jj.
9-12. SS'^4 0}iQ tu devanceras les ailes Du tans (et temps) qui vole,
& qui conduit Volontiers une obscure nuit Aus vertus qui sont les plus
belles
fut nommé conseiller au Parlement de Paris en juillet 1555 (Fr. Blan-
chard, Catalogue des Conseillers). Ailleurs, Ronsard l'appelle Durban, du
nom de son bénéfice ecclésiastique (sonnet De toy Paschal, dans les
Amours de 1552; épitre A Pierre de Pascal, fin, et ode A Michel Pierre de
Mauleon^ début, dans le Bocage de 1554). Cf. Ronsard p. lyr., p, 50-51.
1. Pindare dit uTîspeïaai XtOov Moiaaiov (Ném. vin, fin). Cf. ci-des-
sus Odes, II, I, 15.
2. Cf. Pindare, Pyth. v, 46 et suiv. ; ci-dessus Odes, I, i et vu.
3. Procédé pindarique (v. ci-dessus Odes, I, vi, épode i). Peut-être
Ronsard l'a-t-il emprunté à Théocrite, Idylle xvii, 11-12 : « Laquelle
louerai-je d'abord des mille vertus dont les dieux ont orné le meilleur
84 ODES
Certes la France n'a point veu
20 Un homme encores si pourveu
Des biens de la Muse éternelle,
Ne qui dresse le vol plus haut,
Ne mieus guidant l'outil qu'il faut
Pour nôtre langue maternelle ^
2$ Car soit en prose ou soit en vers
Minant maint beau trésor divers
Tu nous fais riches par ta peine, [106 v^]
Industrieus à refuser
Qu'un mauvais son vienne abuser
50 Le goust de ton oreille saine.
Le ciel ne t'a pas seuUement
Elargi prodigallement
Mille presens : mais davantage
Il veut pour te favoriser
35 Te faire vanter & priser
Par les plus doctes de nostre âge 2.
22. jo-j^ haut sans virg. {éd. sutv. corr.) \ PR i6iy-i62)f Bl son vol
(texte fautif)
27-30. So-S^ riche (cd. suiv. corr.) \ $$-13 Tant soit peu ton oreille
saine | ']8-84 La loy de ton oreille saine
des rois? » — car il a repris les mêmes expressions en 1555 dans V Hymne
du. Roy Henri //, v. 64-66, imitant l'Eloge de Ptolémée :
Ainsi je reste pauvre, & le trop d'abondance
De mon riche sujet, m'engarde de penser
A laquelle de tant il me faut commencer.
1. Mauléon écrivait en français, tandis que son inséparable ami
Paschal écrivait en latin. Voir les notes suivantes.
2. Muret cite cette strophe et les deux suivantes dans son commen-
taire du sonnet de Ronsard De toy Paschal. . ,
LIVRE 111, ODE XXVII 85
Languedoc me sert de témoin,
Voire Venise, qui plus loin
S'émerveilla de voir la grâce
40 De ton Paschal, qui louengeant
Les Mauleons, alla vengeant
L'outrage fait contre ta race ^
Lors qu'au meillieu des Pères vieus
Dégorgeant le présent des Dieus
45 Par les torrens de sa harangue,
Il embla l'esprit des oians
Comme épies çà & là ploians
Dessous le dous vent de sa langue :
Liant par ses mots courageus [107 r°]
50 Au col du meurtrier outrageus
Une furie vengeresse,
Qui plus que l'horreur de la mort
Encores lui ronge & lui mord
Sa conscience pécheresse ^.
37. ^^-84 m'en sert de témoin
43. /_j Lors au milieu | j'j-7<? Lors qu'au meilleu (millieu et milieu)
43-45. 84 Lors qu'au milieu des Sénateurs Passant les premiers inven-
teurs D'éloquence par sa harangue
46. SS'^4 Déroba l'esprit des oians
48. ^o-j^ un point après langue (éd. suiv. corr.)
50. jJ-^4 meurdrier
1. Jean de Mauléon fut assassiné à Padoue, où il s'était rendu pour
étudier le droit civil.
2. Sur Paschal, v. ci-dessus Odes, I, xix. — Du Verdier dit dans sa
Bibliothèque, t. III, p. 313 : « Je n'ai vu d'icelui Paschal autre chose qu'une
Oraison ou Harangue en latin, parlui prononcéeau Sénat de Venise, contre
les meurtriers de Jean de Mauléon; une autre des Loix, faite à Rome,
lorsqu'il prit son degré en droit, et quelques Epistrcs latines écrites en
son voyage d'Italie : le tout témoignant à la vérité qu'il étoit éloquent
86 ODES
5$ Mais ni son stile, ni le mien,
Ne te sçauroient chanter si bien
Que toi-même, si tu découvres
Tes labeurs écris doctement.
Par lesquels manifestement
60 Le chemin du ciel tu nous ouvres.
Car toi volant outre les cieus
Tu as pillé du sein des Dieus
Le Destin, & la Prescience,
Et le premier tu as osé
6^ Avoir en François composé
Les secrets de telle science ^
FIN DU TROISIEME LIVRE
58-59. jo Par les quels (éd. suiv. corr. maïs jj a lequels^flr erreur) \
84 Ton labeur doctement escrit, Où par le vif de ton esprit
64. SS'^4 Et le premier as bien osé
et bon orateur en latin, et imprimé à Lyon, in-8°, par Sébastien Gry-
phius, l'an 1548.» — De son côté, Michel-Pierre de Mauléon a publié
VOraison de M. Pierre Paschal., prononcée au Sénat de Venise, contre les
meurtriers de l'archidiacre de Mauleon, traduicte de latin en français. Du
mesme: France par prosopopée, à la Republique de Venise (Paris, Vascosan,
1549)-
I. Cet ouvrage de métaphysique, ou simplement d astrologie, écrit
en français, ne semble pas avoir été publié, malgré les instances de
Ronsard .
QUATRIEME LIVRE DES ODES
DE PIERRE DE RONSARD VANDOMOIS
EPITHALAME D'ANTOINE DE BOURBON [107 vo
ET DE JANNE DE NAVARRE
Ode I
(Voir ci-dessus Iqs [Premières Poésies}, p. 9).
A BOUJU ANGEVIN ^
Odë II
Cetui-ci en vers les gloires
Des Dieus vainqueurs écrira,
Et cetui-là les victoires
De nos vieus princes dira.
Ode I, — Les var. que Bl. donne à la date de i^jo sont en partie erro-
nées : pour le vers 7, En chantant toutes nues est de son invention, au lieu de
En dansant; pour le vers 18, Telle elle est entre nous est le texte de IS49 !
pour les vers ^^ et 48, Ny ta jeunesse... Divin présent des cieux sont des
corrections de lui.
I^DiTiONS. — Quatre premiers livres des Odes (V^ , 11) 1550. — Suppri-
mée en IS53- — Réimprimée dans Téd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II,
p. 454. — Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1625, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 457) ; Marty-Laveaux (t. VI, p. 109).
I. Sur ce personnage, v. ci-dessus Odes, I, x.
88 ODES
5 Mais moi je veil que ma Muse
Répande ton nom par l'air %
Et que toute s'i amuse
Si peu qu'elle sçait parler :
Pour estre de nostre France
lo L'un de ceus qui ont défait [iio v]
Le villain monstre Ignorance
Et le siècle d'or refait ^.
Que celui qui s'estudie
D'estre pour jamais vivant,
T5 La main d'un peintre mandie
Ou l'encre d'un écrivant !
Mais toi qui hautain deprise
Une empruntée faveur
De la main (tant soit apprise)
20 D'un poëte, ou engraveur :
Tu peus maugré la mort blême
Mieus qu'une plume, ou tableau,
T'arracher vivant toi même
Hors de l'oublieus tumbeau.
8. jo, p2f PR i6op-jy, 16^0 un point après parler (162^ corr.)
10. jo, ^2, PR 160Ç, lôjovirg. après déhit {i6ij-2^, Bl, ML corr.)
13. PR iSop-iy, 16^0 Q.ui celui (162], Bl, ML corr.)
16. PR i6iy d'un escrivant ? {162^, ML corr. par un point)
20. jo, ^2, PR i6oç-iy, 16^0 un point après engraveur (162^ corr.)
24. jo, p2, PR iSi'j un point après tumbeau (i6op, 16^0 corr.)
1. Mouvement initial imité d'Horace, Carm. I, vr et vu.
2. Voir ci-dessus Odes, ï, x, 47 et suiv. Du Bellay a également vanté
Bouju comme arbitre du goût et poète humaniste (i" préface de l'Olive,
fin ; Recueil de Poésie, ode à Bouju ; Musagnccoinachie ; cf. l'éd . des Œuvres
parChamard, t. I, p. 9; t. III, p. 120-122; t. IV).
LIVRE IV, ODE II 89
2) Faisant un vers plus durable
Qu'un Colosse elabouré,
Ou la tumbe mémorable
Dont Mausole est honoré.
Les Pyramides tirées
30 Des entrailles d'un rocher,
Jadis des Rois admirées, [m r°]
Le tens a fait trébucher.
Mais si l'esprit poétique
Qui m'agite, n'est errant,
35 Plus que nul pilier antique
Ton euvre sera durant '.
Et si prevoi que la gloire
De ton vagabond renom,
Ne fera sonner à Loire
40 Contre ses bords que ton nom-.
Et le tournant en son onde
Le rura dedans la mer,
Affin que le vent au monde
Le puisse par tout semer.
51. /o, ç2, PR 1609 admirées sans pond. (éd. suiv. corr.)
38. PR i6iy-2^, Bl, ML suppriment la virg . après renom
42. 92, PR 1609-16)0, Bl, ML Le ru'ra
1. Souvenir d'Horace, Carm. III, xxx : Exegi monumentum...
2. La Loire figure ici comme le fleuve qui arrose l'Anjou, patrie de
Bouju. Mais c'est la Sarthe qu'on attendrait, Bouju étant né à Chateau-
neuf-sur-Sarthe (Maine-et-Loire) .
90 ODES
CONTRE UN QUI LUI DEROBA SON HORACE ^
Ode III
Quiconques ait mon livre pris,
Dorénavant soit-il épris
D'une fureur, tant qu'il lui semble
Voir au ciel deus souleils ensemble [m y°\
5 Comme Penthée ^.
Au dos pour sa punition
Pende sans intermission
Une furie qui le suive :
Sa coulpe lui soit tant qu'il vive
10 Représentée 3.
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes(JV, m) 1550. — Suppri-
mée en 1553. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres,
t. II, p. 456. — Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 459); Marty-Laveaux (t. VI, p. m).
4. 92, PR i6op-i6)o, Bl, ML soleils («/Soleils)
1 . Horace fut le principal auteur de chevet de Ronsard, de 1 540 à 1550.
Cf. mon Ronsard p. lyr., pp. 20-21, 53-55, 69 (et notée), 351 et suiv.
2. Sur la fureur et la mort de Penthée, v. les Bacchantes d'Euripide et
les Métamorphoses d'Ovide, III, fin. Ronsard se souvient ici de deux vers
de Virgile, En. IV, 469-470 :
Eumenidum veluti démens videt agmina Pentheus
Et solem geminum et duplices se ostendere Thebas.
3. Allusion à Oreste, poursuivi par les Furies, dont Virgile parle
précisément à la suite des vers que nous venons de citer. — Cf. ci-dessus
Odes, III, XXVII, 49-54.
LIVRE IV, ODE IV 9I
AU PAIS DE VANDOMOIS
VOULANT ALLER EN ITALIE '
Ode IV
L'ardeur qui Pythagore
En iEgypte a conduit,
Me venant ardre encore
Doucement m'a séduit,
A celle fin que j'erre
Par le pais enclos
De deus mers, & qui serre
De Saturne les os ^.
Terre, à Dieu, qui première
10 En tes braz m'as receu,
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes{ïV, iv) 1550 ; (11) i55î ;
(m) 1555. — Œww« (Odes, IV, m), 1560,1567, 1571, 1573, 1578,
1584, 1587; 1592-1630.
Titre. SS'^7 ^^ P^ï^ ^^ Vandomois .
4. jj-^4 Comme lui m'a séduit
2-5. ^7 Mena rEg;y'pte voir. Pareille ardeur encore D'apprendre & de
sçavoir Me tient : à fin que j'erre
9. /j-^7 Terre, adieu, qui première
10. Le texte de Bl m'a receu est fautif.
1. Sur la date probable de cette ode, voir Ronsard p. lyr., p. 56-57.
Malgré son désir, et quoi qu'en ait dit son biographe Cl. Binet, Ronsard
n'est jamais allé en Italie, pas même en Piémont (cf. mon édition cri-
tique de la Vie de Ronsard^ p. 79-80).
2. Sur le voyage de Pythagore en Egypte, cf. Strabon, VII, 111,5 ;
XIV, I, 16 ; Clément d'Alexandrie, Stromates, I. — Pour Ronsard l'Italie
est la patrie des Arts, comme pour Pythagore l'Egypte était la patrie de la
Sagesse ; ce sont deux pays d'initiation : d'où le rapprochement. — Les
périphrases de cette fin de strophe viennent de Virgile, Gèorg. II, 158 et
173 (cf. En. VIII, 319-329).
92 ODES
Quand la belle lumière
Du monde j'apperceu : [112 r»]
Et toi Braie qui roules
En tes eaus fortement,
15 Et toi mon Loir qui coules
Un peu plus lentement K
Adieu fameus rivages
De bel email couvers ^^
Et vous antres sauvages
20 Délices de mes vers 3 :
Et vous riches campaignes,
Où presque enfant je vi
Les neuf Muses compaignes
M'enseigner à l'envi 4.
20. S^'SS "'^ point après vers (éd. suiv. corr.)
22-24. ^^-Sj rimes campagnes... compagnes | /o-^_j muses (éd. suri'.
corr.)
1. Adieu au Vendômois. Ronsard est né au manoir de la Possonnière,
près du village de Couture, dans le Bas-Vendômois. C'est à Couture que
la rivière du Loir reçoit son affluent la Braye. L'opposition entre ces
deux cours d'eau n'est pas seulement une réminiscence d'Horace {Carm.
I, VII, praeceps Anio ; xxxi, rura quae Liris quieta mordet aqua) ; elle
correspond à la réalité (v. ci-dessus Odes, II, xvii, et ci-après IV, v).
2. Cf. ci-après IV, vi, l'ode au Loir, 2* strophe.
3. Il s'agit des cavernes creusées dès l'antiquité celtique dans le tuf des
collines qui bordent le Loir depuis Couture jusqu'à Vendôme, notamment
àTrôo, à Montoire, à Lavardin, à Thoré. Elles servent encore de caves
ou même d'habitations. Ronsard en a souvent parlé : v. par ex. ci-dessus
III, xi; ci-après IV, v, début ; et surtout l'ode de 1555 : Quand je suis
vingt ou trente mois, l'élégie A Pierre l'Escot, de 1560^ l'hymne de V Au-
tomne, de 1563 (Bl. II, 259; V, 189; VI, 189 et 191).
4. Ronsard s'est vanté maintes fois d'avoir été inspiré dès son enfance,
même d'être né poète; voir notamment ci-dessus Odes,\,xiv, fin ;II, 11;
III, m ; ci-après Bocage, 11 ; en outre dans l'éd. Bl. t. V,p. 188 et suiv. ;
t. VI, p. 44 et 191. En réalité, il est devenu poète par la force des circon-
stances ; lui-même a déclaré dans une épître à Odet de Coligny qu'il était
né pour la carrière des armes (Bl. VI, 233). Il aurait pu dire comme
Hugo : J'aurais été soldat, si je n'étais poète (Odes et Ballades, V, ix,
2). — Sur la vertu inspiratrice de son pays natal, voir encore ci-dessus
Odes, I, XX ; II, xvii et xxiii.
LIVRE IV, ODE IV 93
Je cours pour voir le Mince,
Le Mince tant connu,
Et des fleuves le prince
Eridàn le cornu ^ :
Et les roches hautaines
Qjue donta l'African,
Par les forces soudaines
Du soufre, & de Vulcan ^.
De la Serene antique
Je voirai le tumbeau 3,
Et la course erratique [112 v°]
D'Arethuse, dont l'eau
Fuiant les braz d'Alphée
Se dérobe à nos yeus 4,
Et yEtne le trophée
Des victoires aus Dieus s.
25. j'j-^7 Je voirrai le grand Mince | ^o-^^ sans pond. {éd. suiv.corr.)
28. ^o-yi un point après cornu {éd. suiv. corr.)
32. Le texte de Bl du Vulcan est fautif.
59-40. y8-8y Etne | Bl Etna... des Dieux {texte fautif)
1. Souvenirs de Virgile, Géorg. III, 14-15, ingens Mincius ; I, 482,
Fluviorum rex Eridanus; IV, 371, auratus cornua Eridanus.
2. Les Alpes, qu'Annibal franchit en pulvérisant des rochers^ suivant
une tradition recueillie par lite-Live, XXI, xxxviii.
3. Il s'agit de la Sirène Parthenope, dont on montrait le tombeau à
Naples, nous dit Strabon, V, iv, 7, Cf. Pline l'Ancien, Hist. Nat. III, 62;
J. Lemaire, lllustr. de Gaule, I, xxix, Ronsard a désigné encore Naples
de celte façon dans deux hymnes (Bl. V, 91 et 107).
4. Sur la légende de la fontaine d'Aréthuse en Sicile, cf. Moschos,
Idylle vu; Ovide, Met. V, 577 et suiv. ; Virgile, En. III, 693 et suiv.
5. Allusion à la défaite des Géants foudroyés par Jupiter. D'après
Pindare, Eschyle, Nicandre, Ovide (Met. V, 346 et suiv.), le géant
enseveli sous l'Etna, c'était Typhée ; d'après Virgile, En. III, 578 et suiv.
et Claudien, Rapt. Pros. I, 152 et suiv., c'était Encelade. Ronsard
adopta cette dernière tradition (v. l'ode A M. de l'Hospital, épode viii) .
94 ODES
Je voirai cette ville
Dont jadis le grand heur
Rendit à soi servile
Du monde la grandeur :
45 Et celle qui entrouvre
Les flots à Tenviron,
Et riche se découvre
Dans l'humide giron ^.
Plus les beaus vers d'Horace
50 Ne me seront plaisans,
Ne la Thebaine grâce
Nourrisse de mes ans :
Car ains que tu reviennes
Petite Lire, il faut
55 Que trompe tu deviennes
Pour bruire bien plus haut,
Soit que tu te bazardes
D'oser chanter l'honneur [113 r»]
Des victoires Picardes
60 Que gaingna mon seigneur ^ :
56. SS'^7 Pour resonner plus haut | jo-j^ un point (éd. suiv. corr.)
1. Rome et Venise. Sur l'abus de ces périphrases, cf. Ronsard p. lyr.,
405 et suiv.
2. Antoine de Bourbon, lieutenant général du roi en Picardie, avait
pris en 1542 Enguinegatte, la Montoire, Tournehem, Saint-Omer,
Béthune, et repoussé l'armée des Impériaux; au printemps de 1543, il
rejoignit le roi dans le Cambrésis et contribua à la prise de Landrecies ;
en 1545, il tenta vainement une descente en Angleterre. Il était duc de
Vendôme et comme tel suzerain des Ronsart de la Possonnière : d'où
l'expression du poète « mon seigneur » (cf. ci-dessus Epithalatne d'A.
de Bourbon, début ; Odes, II, xvii, Louanges de Vendômois ; et le sonnet de
1552 Que Gasfine ait, tercet final, éd. Bl., t. V, p. 318).
LIVRE IV, ODE IV 95
Ou soit qu'à la mémoire
Par un vers assés bon,
Tu consacres la gloire
Du haut sang de Bourbon ^
Heureus celui je nomme,
Qui de sçavoir pourveu,
A les meurs de maint homme
En mainte terre veu :
Et dont la sage adresse.
Et le conseil exquis,
Du fin soudard de Grèce
Le nom lui ont aquis 2.
Celui, la grand peinture
Du ciel n'ignore pas,
61. S^'7^ virgule après soit (éd. suiv. corr.)
62. y8-8j suppriment la virgule après bon
64. SS'^7 D^s Princes de Bourbon
66. 84 supprime la virgule après pourveu
67. ^0-60 virgule après homme (éd. suiv. corr.)
68. 71-84 Et mainte terre veu
66-68. 8y De prudence pourveu, Qiii les meurs de maint homme
En mainte terre a veu | y^-8y gnillemettent les vers 65-68.
1. Les princes de Bourbon descendaient d'un fils de Louis IX. Ici
Ronsard associe dans le même éloge Charles de Bourbon, gouverneur
militaire de Picardie en 1531, mort à Amiens en 1537, et deux de ses
fils : Antoine, dont il vient d'être parlé, et François, vainqueur des
Impériaux à Cerizoles en avril 1544 (v. ci-dessus Gdes, I, v). — Pour
cette strophe et la précédente, cf. Cl. Marot, fin de VEpisire à Monsieur
d'Anguyen (éd. Jannet, t. I, p. 75).
2. L'idée de cette strophe vient d'Horace, Epist. I, 11, 19-22 ; le mou-
vement a été suggéré par Virgile, Géorg. II, 490 : Félix qui potuit rerum
cognoscere causas..., plutôt que par Claudien, Epigr. 11 : Félix qui patriis
aevumtransegit in agris... ; la suite le prouve. — A rapprocher le premier
quatrain du sonnet de Du Bellay : Heureux qui, comme Ulysse (éd. des
96 ODES
75 Ne tout ce que nature
Fait en haut & çà bas :
De Mars la fiere face
Ne lui feist onc effroi,
Ne l'horrible menace
80 D'un sénat ou d'un Roi.
Son opposé courage [113 v"]
Bâti sur la vertu,
Pour nul humain orage
Ne fut onc abatu.
85 Car d'une aile non mole
Fuit ce monde odieus,
Et indonté s'en vole
Jusque au siège des Dieus ^
76. ^S-S'j Fait là haut & çà bas
81. S'j Son asseuré courage | B\. a mélangé cette var. au texte primitif
conservé dans le reste de la strophe.
85. Sy De nul humain orage | Bl Par nul (texte fautif)
85-88. 78-84 D'une plume non molle... | 8j Son teint n'est jamais
blesme D'un péché dissolu : Tout Seigneur de soy-mesme, Tout sien, &
résolu
Œuvres par Chamard, t. II, p. 76). Bien que les deux poètes aient pu
puiser aux mêmes sources, Du Bellay semble s'être souvenu de cette
strophe de Ronsard.
I. Dans ces deux dernières strophes Ronsard continue à s'inspirer
d'Horace et de Virgile. Il développe ces mots appliqués par le premier à
Ulysse : « adversis rerum immersabilis undis » (loc. cit.), en combinant
le portrait du sage épicurien qui est dans Virgile, Gèorg. II, 490-498,
avec celui du sage stoïcien qui est dans Horace, Carm. III, m, i-io. —
Cf. ci-dessus Odes, I, xv, 97-102.
LIVRE IV, ODE V 97
DE L'ELECTION DE SON SEPULCRE ^
Ode V
Antres, & vous fontaines
De ces roches hautaines
Devallans contre bas
D'un glissant pas :
5 Et vous forests, & ondes
Par ces prez vagabondes,
Et vous rives, & bois
Oiez ma vois 2.
Quand le ciel, & mon heure
10 Jugeront que je meure,
Ravi du dous séjour [114 r»]
Du commun jour 3,
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (IV, v) 1550; (m) 1553 ;
(iv) 155$. — Œuvres (Odes, IV, iv), 1560, 1567, 1571, 1573, 1578,
1584, 1587 ;i592-i630.
Blanchemain (t. II, p. 249) ; Marty-La veaux (t. II, p. 315).
3. fS'^7 Oyti tumbés (et tombez) contre bas
4. S^-Sj nont pas les vers têtrasyllabes en retrait.
II. SS'^7 ^^^^ séjour | jo-é/ virg. après séjour (éd. suiv. corr.)
1. Cette pièce est comme une suite des Louanges de Vendômois (ci-
dessus Odes, II, xvn) et l'idée en est peut-être venue à Ronsard d'Horace,
Carm. II, vi, fin. — On trouvera une étude des sources dans la Rev. uni-
versitaire du 1$ janvier 1906 (par G. Lanson), et dans mon Ronsard p.
lyr., p. 369.
2. Pour ces apostrophes à la nature, cf. Pétrarque, canzone xi, Chiare,
fresche... et mon Ronsard p. lyr., p. 448 et suiv.
5. A rapprocher de ces trois premières strophes les quatrains du son-
net de 1552 : Quand ces beaux yeux jugeront que je meure (B\. I, 37).
Ronsard, II. 7
98 ODES
Je veil, j'enten, j'ordonne,
Qu'un sépulcre on me donne,
15 Non près des Rois levé,
Ne d'or gravé.
Mais en cette isle verte,
Où la course entrouverte
Du Loir, autour coulant,
20 Est accolant' ^
Là où Braie s'amie
D'une eau non endormie,
Murmure à Tenviron
De son giron ^.
25 Je defFen qu'on ne rompe
Le marbre pour la pompe
De vouloir mon tumbeau
Bâtir plus beau.
Mais bien je veil qu'un arbre
30 M'ombrage en lieu d'un marbre :
19. ^o-SS coulant sans pond.
13-24. SS'^7 suppriment ces trots strophes | Bl les a insérées à tort après la
strophe suivante \ ML ne les a pas rééditées.
29, SS'^7 Mais bien je veus (et veux)
1. Il s'agit d'un ilôt verdoyant qu'on peut voir encore à Couture, à
l'endroit où la vieille Braye se jetait dans le Loir (devant le moulin du
Pin) — et non pas du prieuré de Saint-Cosme-en-l'Isle près de Tours,
comme l'a cru Sainte-Beuve, qui ne connaissait pas le texte primitif (cf.
R. H. L. 1903, p. 82, n. 4; Hallopeau, le Bas-Vendômois, 1906, p. 93,
171-176).
2, Pour l'interprétation de ce quatrain, cf. ci-dessus Odes^ II, xv,
26-30, où le n\ot giron est pris au sens propre, comme dans la 3* ode du
livre I (var. des vers 37-40). D'autre part Ronsard applique souvent ce
mot aux cours d'eau, à la mer, avec le sens figuré du mot sein (v. ci-
dessus IV, IV, 48 ; ci-après IV, xv, 42).
LIVRE IV, ODE V 99
Arbre qui soit couvert
Tousjours de vert K [ii4 ^'°]
De moi puisse la terre
Engendrer un l'hierre,
M'embrassant en maint tour
Tout alentour.
Et la vigne tortisse
Mon sépulcre embellisse,
Faisant de toutes pars
Un ombre épars ^.
Là viendront chaque année
A ma feste ordonnée,
Les pastoureaus estans
Prés habitans 3 .
Puis aiant fait l'office
De leur beau sacrifice,
Parlans à l'isle ainsi
Diront ceci.
Que tu es renommée
D'estre tumbeau nommée
54. SS-^7 ^" lierre
42. y8-8j suppriment la virgule après ordonnée
43-44. SS'^7 Avenues leurs troupeaus (^7 toreaux) Les pastoureaus
1. Imité de Properce, II, xiir, 18 et suiv., ainsi que les strophes 3 et
4. — Cf. Sannazar, Elegiae, I, 11, fin.
2. Cf. Anthol. gr., Epigr. fun., n° 22 (de Simmias de Thèbes sur la
tombe de Sophocle) et n" 23 (d'Antipater de Sidon sur la tombe d'Ana-
crèon). — A rapprocher, pour marquer les différences, Lamartine, fin de
Milly, et Musset, début de Lucie.
3. C.-à-d. les pastoureaux qui habitent près de là.
Universitaâ
f BIBLIOTHECA I
100 ODES
D'un de qui l'univers
Ouira les vers ^ !
Et qui onc en sa vie [115 r^J
Ne fut brûlé d'envie
55 Mendiant les honneurs
Des grans seigneurs ^ !
Ni ne r'apprist l'usage
De l'amoureus breuvage,
Ni l'art des anciens
60 Magiciens 3 !
Mais bien à nos campaignes,
Feist voir les seurs compaignes
Foulantes l'herbe aus sons
De ses chansons +.
65 Car il sçeut sur sa lire
Si bons acords élire,
Qu'il orna de ses chants
Nous, & nos champs.
52. S5'^7 Chante les vers | ^o-^^ point interro^. (éd. suiv. corr.)
53-55. 8'^ Qui onques en sa vie Ne fut bruslé d'envie D'acquérir...
56. SO-^^ point interrog. (éd. suiv. corr.)
57. 8y Ny n'enseigna l'usage
60. S'^'S) point interrog. (éd. suiv. corr.)
61-62. jS-Sy suppriment la virgule après campaignes | j^-Sj rimes
campagnes. . . compagnes
65. SS-^7 Car il fit à sa Lyre
1. Ces vers pleins d'orgueilleuse confiance en la gloire poétique per-
mettent de penser que l'ode fut composée en 1549.
2. Souvenir de Virgile, Géorg. II, 499 et 505, d'ailleurs démenti par les
faits et par maints aveux du poète lui-même.
?. Souvenir de Théocrite, Idylle 11, ou de Virgile, Bur. viir.
4. Souvenir d'Horace, Carm. I, iv, 5-6 ; III, iv, 25. Il s'agit des Muses.
LIVRE IV, ODE V 10 1
La douce manne tumbe
A jamais sur sa tumbe,
Et l'humeur que produit
En Mai, la nuit.
Tout alentour l'emmure
L'herbe, & l'eau qui murmure, [115 v°]
L'un d'eus i verdoiant,
L'autre ondoiant.
Et nous aians mémoire
Du renom de sa gloire,
Lui ferons comme à Pan
Honneur chaque an ^
Ainsi dira la troupe,
Versant de mainte coupe
Le sang d'un agnelet
Avec du laict^
Desus moi, qui à l'heure
Serai par la demeure
Où les heureus espris
Ont leurs pourpris 3.
72. 7^-1^7 suppriment la virgule après Mai
75. SS~^7 L'un toujours verdoiant
78. 8y De sa fameuse gloire
85. ji-8y Dessur (e^ Desur) moy
88. SS-^7 Ont leur pourpris
1. Pour ce culte annuel institué par les pastoureaux (vers 41 à 80),
cf. Virgile, Bue. v, 40-44, 65-80; x, 31-35 ; Sannazar, Arcadia (trad. de
J. Martin, publiée en 1544, f° 28 à f° 32). Ronsard en outre s'est souvenu
de VAnthol. gr., Epigr. fun., n° 657, dont A. Chénier a donné une
traduction dans Mnaïs : Bergers, vous dont ici la chèvre vagabonde... (éd.
Becq de Fouquières, p. m).
2. Souvenir de Virgile, 5»c. v, 6^, et d'Horace, Carm. IV, xi, 6-8.
3. Cf. Virgile, En. VI, 639 et 669, et Horace, Carm. II, xiii, 23.
102 ODES
La gresle, ne la nége,
90 N'ont tels lieus pour leur siège,
Ne la foudre onque là
Ne dévala.
Mais bien constante i dure
L'immortelle verdure,
95 Et constant en tout tens [116 r°J
Le beau printens.
Et Zephire i alaine
Les mirtes, & la plaine
Qui porte les couleurs
100 De mile fleurs K
Le soin qui solicite
Les Rois, ne les incite
Le monde ruiner
Pour dominer.
10$ Ains comme frères vivent,
Et morts encore suivent
Les métiers qu'ils avoient
Quand ils vivoient ^.
97-100. SS'^7 suppriment cette strophe {non rééditée par ML).
103-104. 8y Leurs voisins ruiner | ^0-60 rimes mineur. . . domineur
(éd. suiv. corr.)
1. Pour ces trois strophes, cf. Homère, Od. IV, 563 et suiv. ; Vir-
gile, En. VI, 638 et suiv.; Tibulle, I, m, 57 et suiv.
2. Aux Champs Elysées, les rois ont les avantages de la puissance
sans en avoir les mauvaises passions. Cf. Virgile, En. VI, 653 et suiv.
LIVRE IV, ODE V I03
Là, là, j'oirai d'Alcée
La lire courroucée,
Et Saphon qui sur tous
Sonne plus dous.
Combien ceus qui entendent
Les odes qu'ils rependent,
Se doivent réjouir
De les ouir ! [116 v°]
Quand la peine receue
Du rocher, est deceue
Sous les acords divers
De leurs beaus vers ' !
La seule lire douce
L'ennui des cueurs repousse,
Et va l'esprit flattant
De l'écoutant ^.
114. éy-Sj Les chansons qu'ilz respandent
116, jo -87 point interrog. (éd. suiv. corr .)
118. 7^-8"/ suppriment la virgule après rocher
119- 120. JJ-^o Et quand la pale fain Saisist Tantale en vain (Bl.
corrige ce vers faux ainsi Et quand saisit la faim Tantale en vain) | 67-87
Et quand le vieil Tantal' N'endure mal | ^0-87 point interrog. (sauf ^^-67
qui ont un point)
124. ^ ^-87 guillemettent cette strophe.
1. Ces trois strophes viennent d'Horace, Carm. II, xiu, 25-58. Cf. Pla-
ton, Apol. deSocr. xxxii : « Vivre avec Orphée, Musée, Hésiode, Homère,
à quel prix chacun de nous n'achéterait-il pas un pareil bien ? »
2. Cf. Théocrite, Idylle xr, début; Horace, Carm. I, xxxti, fin (rémi-
niscences déjà signalées ci-dessus, OdeSy II, xix, début).
104 ODES
AU FLEUVE DU LOIR ^
Ode VI
Loir, dont le cours heureus distille
Au sein d'un pais si fertile,
Fai bruire mon renom
D'un grand son en tes rives,
5 Qui se doivent voir vives
Par l'honneur de mon nom.
Ainsi Thetys te puisse aimer
Plus que nul qui entre en sa mer ^.
Car si la Muse m'est prospère, [117 r^]
10 Fameus comme le Lot 3 j'espère
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (IV, vi), 1550; (iv) 1 5 <; 5 ;
(v) 1555. — Œuvres (Odes IV, v), 1560, 1567, 1571, 157?, 1578. —
Supprimée en 1584. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres,
t. II, p. 414, — Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 425); Marty-Laveaux (t. VI, p. 85).
1. 60 O mon Loir, dont le cours distille | 6y-'/8 Loir, dont le beau
cours distille (vers faux reproduit par les PR i6oç-i6^o et ML)
2. 71-7^ Au sein d'un pays fertile (vers faux corrigé en y8, mais repro-
duit par les PR i6oç-i6^o et ML)
6. 71-7^1 PR i6op-i6^o, ML de ton nom | 78 texte primitif
8. SS~7^ s^ 1^ ^^^
9. 78 Si Calliope m'est prospère
10. SS'7^ Fameus comme Anfrise (et Amphryse), j'espère
1. La rivière du Loir, qui arrose le Vendômois, et que Ronsard a
chantée maintes fois (v. par ex. ci-dessus Odes, II, xvii ; IV, v; et ci-
après IV, XV ; cf. Ronsard p. lyr., p. 455).
2. « Ainsi » marque ici le souhait. Cf. Horace, Carm. I, m : Sic te
diva potens Cypri... Ronsard emploie souvent ce latinisme : Ainsi
toujours puisses tu estre (ci-dessus III, vi, 9, var.), Ainsi tousjours t'ho-
nore, Ainsi du Dieu vénérable (ci-après IV, ix et xv). Ainsi Endymion
soit..., Ainsi jamais la main pillarde (Bl. I, 168; VI, 350).
3. A cause de Cl. Marot, né àCahors, où passe le Lot (cf. Ronsard p.
LIVRE IV, ODE VI IO5
Te faire un jour nombrer
Aus rangs des eaus qu'on prise,
Et que la Grèce apprise
A daigné célébrer:
15 Pour estre le fleuve éternel
Lavant mon pais paternels
Là donc, chante moi, & me sonne
En lieu du bruit que je te donne,
Tu voiras désormais
20 Ton onde brave & fiere
S'enfler par ta rivière
Qui ne mourra jamais,
Résonant' avec un grand son
L'honneur de ce tien nourrisson 2.
25 Ecoute un peu ma vois qui crie,
Et moi qui de ces bords te prie.
14. jo-j? un point après ccléhrer (éd. suiv. corr.)
16. fj-Z^Qui baignes mon nyc {et nie) paternel (PR 160^-16 jo, Bl,
ML mon nid)
17-18. SS'^o Là donc d'un autre bruit resonne Celui que ma Muse
te donne | 6y-y8 Sus doncq à haute voix resonne Le bruit que ma Muse
te donne | Bl a mélangé les deux variantes et écrit à tort résonne
20. SS'7^ P^r moi, ton onde fiere
23-24. jj-éo Bruiant aveques un grand son L'honneur de moi, ton
nourrisson : (Bl a mélangé ^oet 60) \ 6y-y8 Car l'honneur (y 8 Le renom)
qui des Muses vient Ferme contre l'âge se tient {yi-jS guili. ces vers)
25-26. S5'^7 omettent ces vers \ yi-j8 Loir de qui la bonté ne cède
Au Nil qui l'iÉgypte possède
lyr., p. 19). — Amphryse, fleuve de Thessalie, près duquel Phébus fit
paître les troupeaux d'Admète, d'où les expressions virgiliennes : pastor
ab Amphryso {Géorg. III, 2), Amphrysia vates (En. VI, 597).
1. Allusion au manoir de la Possonnière (cf. ci-dessus, IV, iv, n. 3).
2. Souvenir d'Horace, Carm. IV, ix, 1-4. — Cf. Du Bellay, Vers
lyriques i, 83-98 (éd. des Œuvres par Chamard, t. III, p. 7-8), pour cette
strophe et les suivantes .
I06 ODES
Pour le paiment d'avoir
(Eternizant ta gloire
De durable mémoire)
30 Fait si bien mon devoir.
Quand j'aurai mon âge acompli
Enseveli d'un long oubli,
Si quelqu' homme, ou Dieu arive [117 v^]
Aus bords de ta parlante rive,
35 Di leur (quand plus tu bruis)
Que ma Muse première
Aluma la lumière
En ces champs d'où je suis ^
Di leur ma race, & mes aieus ^,
40 Et le beau don que j'u des cieus,
Di leur, que moi de souci vide,
Aiant tes filles pour ma guide
J'allai au double mont 3
27. 71-78 Pour le loyer d'avoir
30. 71-78 deux points après devoir
33-39. SJ-78 Si quelque pèlerin arrive Auprès de ta parlante rive, Di
lui à haute vois Q.ue ma Muse première Aporta la lumière De Grèce
en Vandomois, Di lui ma race. . ,
40. 60-78 Et le sçavoir que j'u (et eu) des cieus
41. ^5-7^ d'affaires vide | 7^-78 d'affaire vide (et vuide)
1. Souvenir de Virgile, Gèorg. III, lo et d'Horace, Carm. III, xxx,
10-14. — Sur les prétentions de Ronsard à la priorité dans l'invention
de l'ode française, v. ci-dessus, première préface des Odes.
2. Cf. ci-dessus Odes,I, ix, épode4. — Sur les prétentionsde Ronsard
à la haute noblesse, cf. mon éd. crit. de la Vie de Ronsard par Cl. Binet,
p. 53-60; H. Longnon, Pierre de Ronsard (1912), chap, i.
3. Le Parnasse avait deux sommets : l'Hélicon et le Cithéron, le pre-
mier consacré à Phébus, l'autre à Bacchus. C'est ce que Ronsard appelle
encore « la jumelle crope » (Bl. II, 203), se souvenant de Lucain, Phars. V,
72-74. Les « pucelles » dont il est le disciple sont les Muses.
LIVRE IV, ODE VII IO7
Disciple des pucelles,
45 Et dont les étincelles
Si bien enflammé m'ont,
Que pour leur grâce deservir
Seules je les voulu servir.
A GUI PECCATE PRIEUR DE SOUGÉ»
Ode VII
Gui, nos meilleurs ans coulent
Comme les eaus qui roulent
D'un cours sempiternel,
45-46. jj Je vi le double mont. . . | /j'-7<? A tes bors j'encordai Sur
la Lyre, ces Odes Et aux Françoises modes Premier les accordai
47-48. j^ Q.ue pour leurs grâces deservir. .. | /J-éo Di lui ma Cas-
sandre, & ces vers Qu'à ton bord je chante à l'envers | éj-yS Et tous-
jours rechante ces vers Qu'à ton bord je sonne à l'envers
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (IV, vu), 1550 ; (v) i$S3 ;
(vi) 155$.— Œwfm (Odes, IV, vi) 1560, 1567, 1571, 1575, 1578; (v)
1584, 1587; 1592-1630.
Blanchemain (t. II, p. 253); Marty-Laveaux (t. II, p. 319).
Titre. Sy-ji Pecate ] 7^ Pacate | 7^-^4 AGuy Pacate. | 8j sans titre \
1624 A Jean Daurat son Précepteur {d'après la var. posthume du i" vers)
I. 8y Mon Daurat, nos ans coulent
I. Sur ce personnage, v. La Croix du Maine, Bibl. Franc,, t. I, et L.
Froger, Ann. Fléch., seipt. 1909, p. 570. Religieux profès de l'abbaye delà
Couture (au Mans) dès le 11 févr. 1529 (n. st.), il devait avoir environ
quinze ans de plus que Ronsard, ce qui nous permet de penser que ce
n'est pas lui, mais Julien Peccate (v. ci-dessus Odes, II, xvii), que le
poète a mentionné dans les Bacchanales de iS49- ^' ^^^'^ d'ailleurs à cette
date, depuis quelques années déjà, prieur de Sougé-le-Gannelon (du
doyenné de Fresnay au nord du Maine), et non pas, comme on pourrait le
croire, de Sougé-sur-Loir, village tout proche du manoir natal de Ron-
sard. — Guy Peccate (en latin Pacatus, d'où les var. du titre) fut égale-
ment curé de Spay(au Maine), puis sacristain de l'abbaye de la Couture,
où il mourut en juillet 1580. La Croix du Maine déclare, « sans vouloir
I08 ODES
La mort pour sa séquelle [ii8 roj
5 Nous ameine avec elle
Un exil éternel ^
Nulle humaine prière
N'a repoussé derrière
Le bateau de Caron,
lo Quand l'ame nue arive
Vagabonde en la rive
De Styx, ou d'Acheron.
Toutes choses mondaines
Qui vestent nerfs, & venes,
15 Egalle mort attend^,
Soient povres, ou soient Princes,
Car sur toutes provinces
Sa main large s'estend.
La puissance tant forte
20 Du grand Achile est morte 3,
8. Ti-S'j Ne repousse en arrière
12. 6']-8'] De Styx & d'Acheron
i). Sy&^ La mort égale prend (avec guiîl, pour les vers 15-16)
17. 6y-8y De sur (et Dessus) toutes provinces
18. jj Sa main dame s'estend | SS'^7 ^^^^^ primitif
19. 8 y La. jeunesse tres-forte
ôter l'honneur dû à M. d'Aurat », que Ronsard avouait avoir reçu de Guy
Peccate « l'intelligence des poëtes latins », — ce qui porte à croire que
Guy Peccate pourrait bien avoir été ce « précepteur » qui, selon Binet,
instruisit le futur poète « aux premiers traits des lettres » jusqu'à l'âge
de neuf ans (éd. crit. de la Vie de Ronsard^ p. 70-71).
1. Cette strophe et les deux suivantes sont une « contamination »
de troistextesd'Horace, Cflrm. II, 111,21-28; xiv, 1-12; III, xxix, 33-40.
2. Latinisme. Cf. Horace, Carm. II, xviii, 32: iEqua tellus Pauperi
recluditur Regumque pueris.
3. Hellénisme : l'ç 'A/^tXX^oç pour xparspo; 'AyjXXeûç.
LIVRE IV, ODE VII IO9
Et Thersite odieus
Aux Grecs, est mort encores,
Et Minos qui est ores
Le conseiller des Dieus '.
2) Juppiter ne demande
due des beufs pour offrande, [118 v^']
Mais son frère Pluton
Nous demande nous hommes,
Qui la victime sommes
50 De son enfer glouton 2.
Celui dont le Pau baigne
Le tumbeau, nous enseigne
N'espérer rien de haut :
Et celui que Pégase
35 Volant du mont Parnase
Culbuta si grand saut?.
Las on ne peut connoistre
Le destin qui doit naistre,
Et l'homme en vain poursuit
40 Conjecturer la chose,
30, S5'^7 guille me tient cette strophe.
35. SS~^7 (Q."i fit sourcer Parnase)
34-36. (?7 Ny celui que Pégase. . . Culbuta d'un grand saut
1. Cf. Horace, Carm. I, xxviii, 7-16. Le fils de Panthoûs est remplacé
par Thersite, le plus vil des hommes, opposé à Achille et à Minos.
2. Cf. Horace, Carm. II, m, 21-24.
3. Cf. Horace, Carm. IV, xi, 25 et suiv. Pour ces deux périphrases
mythologiques, cf. Ronsard p. lyr., p. 400.
no ODES
Que Dieu sage tient close
Sous une obscure nuit^.
Je pensoi que la trope
Que guide Caliope,
45 (Dont le désir me mord)
Soutiendroit ma querelle,
Et qu'indonté, par elle
Je donteroi la mort *,
Mais une fièvre grosse [119 r°]
50 Creuse desja ma fosse
Pour me banir là bas,
Et sa flamme cruelle
Se paist de ma mouelle,
Misérable repas 3.
55 Que peu s'en faut ma vie
Que tu ne m'es ravie
Laissant ce jour tant beau,
Et que mort je ne voie
Où Mercure convoie
60 Le débile troupeau !
42. s S '^7 guilleinettent cette strophe.
45. jj'-57 (Troupe mon seul confort)
47. jo E qu'indonté (éd. suiv. corr.)
57. SS'Sj Close sous le tombeau
60. S^'53 point interrog. j ^^'73 deux points (éd. suiv. corr.)
1. Cf. Horace, Car m. III, xxix, 29 et suiv,
2. Souvenir d'Horace, Carm. III, iv, 25-36, d'autant plus certain
qu'Horace y rappelle au vers 27 un accident de sa vie, qui est le sujet
d'une autre ode imitée par Ronsard dans les strophes suivantes.
3. Strophe originale, circonstance de la vie de Ronsard qui a été le
point de départ de l'ode et a suggéré au poète toutes ses réminiscences.
LIVRE IV, ODE VII I II
Et ce Grec qui la peine
Dont la guerre est tant pleine
Par ses vers va contant,
Poëte que la presse
Des espaules épaisse,
Admire en écoutant ^ .
A bon droit Promethée
Pour sa fraude inventée
Endure un torment tel.
Qu'un aigle sur la roche
Lui ronge d'un bec croche
Son poumon immortel *. [119 v»]
Depuis qu'il eut robée
La flamme prohibée
Pour les Dieus dépiter,
Les bandes inconnues
Des fièvres sont venues
Parmi nous habiter.
61-66. sS-^4 Et ce Grec {67-84 Et Alcé') qui les peines Dont les
guerres sont pleines Va là bas racontant, Poëte (78-84 Alcée) qu'une
presse Des épaules épaisse, Admire en l'écoutant | ML Des espaules
espesses (texte fatitif) \ 8y supprime cette strophe.
6j. 8y Qu'à bon droit Promethée
69. sS-^7 tourment | Sy Souffre un tourment cruel !
72. 67-84 Le poumon immortel | 87 Son cœur perpétuel
77. 78-84 De fièvres | 87 texte primitif \ SO-SS virgule après fièvres (éd,
suiv. corr.)
78. 67-87 Nostre terre habiter
1. Cf. Horace, Carm. II, xiii, 21-22, 26-52, pour le mouvement, les
idées et même les expressions de ces deux strophes, en y ajoutant pour
les vers 59-60 la fin de l'ode x du livre I, Mercuri facunde nepos.
2. Pour cette strophe et les suivantes, qui forment la 2° partie de
l'ode, Ronsard s'est inspiré d'Hésiode, Travaux et Jours, 47-105, et sur-
tout d'Horace, Carm. I, m, 25-40. On trouvera le détail des sources dans
Ronsard p. lyr., p. 360.
1 1 2 ODES
Et la mort dépiteuse
80 Au paravant boiteuse
Légère gallopa :
D*ailes mal ordonnées
Aus hommes non données
Dédale l'air coupa.
8$ Uexecrable Pandore
Fut forgée, & encore
Astrée s'en vola,
Et la boete féconde
Des maus, peupla le monde
90 De ses vices qu'il a.
Le dépravé courage
Des hommes de nostre âge
N'endure par ses faits,
Que Jupiter étuie [120 r»]
95 Sa foudre, qui s'ennuie
De voir tant de méfaits ^
81-84. 55-^7 Fut légère d'aler (et aller),... Dédale coupa l'air
85. 84-8J La maudite Pandore
88-90. SS~^7 Et la boetc {8y tasse) féconde Peupla le pauvre monde
De tant de maus qu'il a
91. SS'^7 Ah, le méchant courage
95-96. j'j'-7^ Sa foudre (6'^-y^ Son foudre), qui s'ennuie Vanger tant
de méfaits | y8-8y texte primitif j Bl donne une strophe fautive dans les mots
et la ponctuation .
I. Pour éclairer le sens de cette strophe, il suffit de se reporter aux
trois derniers vers de l'ode horatienne Sic te diva potens (I, m), qu'elle
traduit.
LIVRE IV, ODE VIII II 3
A CASSANDRE FUIARDE »
Ode VIII
Tu me fuis d'une course viste ^
Comme un fan qui les loups évite
Allant les mammelles chercher
De sa mère pour se cacher,
Sautelant de fraieur ce semble 3
Si un rameau le vient toucher :
Car pour le moindre bruit que face
D'un serpent la glissante trace,
Et de genous, & de cueur tremble :
Mais ma vie, & mon ame ensemble
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (IV, viii), 1550; (vi)
1553; (^") iS$5- —Œuvres (Odes, IV, vu), 1560, 1567, 1571, 1573. —
Supprimée en XS78. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres,
t. II, p. 458. — Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 427) ; Marty-Laveaux (t, VI, p. 86).
Titre. 6'j-'j^ sans titre.
1-6. SS'7S ^u ^^ f^is de plus vite course Qu'un Fan, la dent fiere
d'une ourse, Fan qui va les tetins chercher De sa mère pour se cacher,
Alongeant sa jambe fuiarde Si un rameau le vient toucher (au lieu de
fuiarde Je conjecture fugace ; voir note)
10-13. SS'^o Mais toi belle qui m'es ensemble Ma douce vie & mon
1. Sur Cassandre, v. ci-dessus Odes, II, v, n. i. — La composition de
cette pièce est sûrement antérieure au mariage de Cassandre Salviati
(nov. 1546), d'après les derniers vers. — Cf. Ronsard p. lyr., p. 44 et 510.
2. La pièce entière paraphrase l'ode d'Horace à Chloé, Carm. 1, xxiii.
3. Dans sa 3' édition, Ronsard crut bon de changer ce vers qui lui
semblait trop éloigné du vers co-rimant. Mais le nouveau texte : Alon-
geant sa jambe fuiarde — est inadmissible, bien qu'il soit resté dans
toutes les éditions suivantes ; il ne rime avec aucun vers, soit par inad-
vertance du poète, soit plutôt par une erreur d'impression; je pense que
Ronsard avait écrit : Alongeant sa jambe fugace — qui rimait avec les
vers 7 et 8.
Ronsard, IL 8
1 1 4 ODES
Ne laissent de suivre tes pas,
Comme un lion je ne cour pas
Apres toi pour te faire outrage.
Mai donc ma mignonne un peu bas
15 La cruauté de ton courage.
Et toi ja d'âge pour te fandre
Laisse ta mère, & vien aprendre
Combien l'amour donne d'esbas^.
VEU A LUCINE [120 v^]
AUS COUCHES d'aNNE TIERCELIN ^
Ode IX
O déesse puissante
De pouvoir secourir
La vierge languissante
trépas, Comme une ourse je ne cour pas Apres toi pour te faire outrage
I 6']-']^ Las I toy belle qui m'es ensemble Ma douce vie & mon trépas,
Attend moy : je ne te cours pas Gomme un loup pour te faire outrage |
Bl a mélangé le texte primitif et la première des deux var.
14. 6y-y^ Mets donc
16. /j-7^ Areste, fuiarde, tes pas Et toi ja d'âge pour m'atendre
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (IV, ix) 1550 ; (vii) 1553 ;
(viii) 1555. — Œuvres (Odes, IV, viii), 1560, 1567, 1571, 1573; (vu)
1578 ;(vi) 1584, 1587; 1592-1630.
JBlanchemain (t. II, p. 256); Marty-Laveaux (t. II, p. 322).
Titre. 6o-8j Veu (et Vœu) à Lucine.
1. Dans sa 3' édition, Ronsard, estimant que ce dernier vers était trop
éloigné du vers co-rimant, ajouta comme 16' vers : Areste fuiarde tes
pas — qui fut conservé dans toutes les éditions suivantes.
2. Anne Tiercelin, d'une famille noble du Maine, avait épousé, en
oct. IS37, Claude de Ronsart, frère aîné du poète et, comme tel, seigneur
de la Possonnière depuis la mort de son père en 1544. De cette union,
assombrie par les folles dépenses du mari, naquirent cinq enfants, dont
LIVRE IV, ODE IX II5
Ja-ja preste à mourir,
s Quand la douleur amere
D'un enfant la fait mère ' .
Si douce, & secourable
Heureusement tu veus.
D'oreille favorable
10 Ouïr mes humbles veus,
J'élèverai d'ivoire
Une image à ta gloire.
Et moi la teste ornée
De deus beaus lis recens,
15 J'irai trois fois l'année
La parfumer d'encens,
Acordant sur ma lire
L'honneur de ton Osire *.
Desçen Déesse humaine [121 r°]
20 Du ciel 3, & te hâtant
4. ôy-yS Qui est preste | 84-87 Desja preste
6. SS'^7 D'un enfant la rend mère
8. y8-8j suppriment la virgule après tu veus
14-15. ss-8y De beaus lis fleurissans Irai trois fois l'année
deux fils, Louis et Gilles; le poète devint leur tuteur à la mort de son
frère (sept. 1556). Cf. L. Froger, Nouv. rech. sur la famille de Ronsard,
ànnsla. Rev. hist. et arch. du Maine, X. XV, 1884, i" semestre, p. 113-115 ,
232-235.
1. Cette prière païenne a son pendant parmi les épigrammes votives
àcVAnthol. gr. (n° 244, de Critagoras pour les couches d'Antonia). Mais
les idées en sont prises à Ovide et à Horace.
2. Ces trois premières strophes viennent d'Ovide, Amores, II, xiii,
à Isis la priant de protéger la grossesse de Corinne, 7 et suiv. Comme
Ovide, Ronsard assimile Juno Lucina à la déesse égyptienne Isis, épouse
d'Osiris. Cf. Ronsard p. lyr., p. 399.
3. Cf. Horace, Carm. III, iv, début (et ci-dessus Odes, II, 11, début).
1 1 6 ODES
La santé douce ameine
A celle qui l'atand,
Et d'une main maîtresse
Repousse sa détresse.
25 Ainsi tousjours t'honore
Le Nil impetueus,
Qui Neptune colore
Par sept huis fluctueus,
Et sur ses bords la pompe
30 Dance au bruit de la trompe
Toi déesse Lucine
Requise par trois fois
De la vierge en gésine
Tu exauces la vois 2,
js Et deserres la porte
Au dous fruit qu'elle porte 3.
Tu as de la nature
La clef dedans tes mains,
Tu donnes l'ouverture
24. Sy supprime cette strophe.
29. SS~^7 Ainsi toujours ta pompe
34. 8y Tu escoutes la voix
35- So~SS Et deserre' (corr. aux errata de jo)
1. Pour la tournure optative, cf. Horace, Carm. I, m : Sic te diva
potens Cypri... regat. — Pour le fond, cf. Ovide, Amores, II, xiii, loc. cit.
2. Imité d'Horace, Carm. III, xxii, 2-3 : Quae laborantes utero
puellas Ter vocatas audis, adimisque leto. — Ronsard emploie le mot
« vierge », ici et au vers 3, dans le sens extensif que Virgile donne par-
fois à « virgo » (Bue. vi, 52).
3. Cf. Horace, Carm. szcul., 13-16 : Rite maturos aperire partus Lenis
Ilithya, tuere matres ; Sive tu Lucina probas vocari, Seu Genitalis.
LIVRE IV, ODE X lîj
40 De la vie aus humains,
Et ta force reboute
Tout ce que la mort oute^ [121 v»]
DU JOUR NATAL DE CASSANDRE^
Ode X
Chanson, voici le jour
Où celle là qui la terre décore.
Et que mon œil idolâtre, & adore,
Vint en ce beau séjour.
Le ciel d'amour ataint
Ardant de voir tant de beautés l'admire,
41-42. sS'^y Et des siècles avares Les fautes tu repares
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (IV, x) 1550; (viii) 1553,
(ix) 1555. — Œuvres (Odes, IV, ix), 1560, 1567, 1571, i575 ; (vm)
1578. — Supprimée en 1584. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592,
CEuvres, t. II, p. 416. — Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1623,
1630.
Blanchemain (t. II, p. 427); Marty-Laveaux (t. VI, p. 87).
Titre, ôy-j^ sans titre. \ y8 Du jour natal de sa Dame. A loland
Chantre.
2-3. SS~7^ O^ ctWt là {ôj-jS la beauté) qui la terre décore, Et que
mon œil peu sagement adore
1. Oute = ôte (v. ci-après Bocage, 11, 80; v, 44). Cf. les formes ana-
logues : chouse, approuche, repous, arrouser, compouser, Callioupe, que
Ronsard employait « pour faire la rime plus riche et plus sonante »
(Abbregé de l'Art poétique, Bl. VII, 329).
2. Sur Cassandre, V. ci-dessus Odes, II, v, n. i. — Ce chant d'anniver-
saire respire une félicité si pure, qu'il nous semble remonter au début
des relations de Ronsard et de Cassandre Salviati ; il est au moins sen-
siblement antérieur au mariage de celle-ci (nov. 1546).
Il8 ODES
Et se courbant desus sa face, mire
Tout l'honneur de son taint '.
Car les divins flambeaus,
lo Grandeur, vertu, les amours, & les grâces
Lui firent don quand ell' vint en ces places
De leurs presens plus beaus ^,
Affin que par ses yeus
Tout l'imparfait de ma jeunesse folle
1$ Fust corrigé, & qu'elle fust l'idole
Pour m'avoier au mieus3.
Heureus jour retourné, [122 r»]
A tout jamais j'aurai de toi mémoire.
Et d'an, en an, je chanterai la gloire
20 De l'honneur en toi né 4.
9. y8 Les célestes flambeaux
lo-ii. SS-7^ les amours, & les Grâces (^7-7^ la Grâce), Aquimieus
mieus honorèrent (6o-'/8 embellirent) sa face
12. 7^ De leurs dons les plus beaux :
16. 6'j-y8 Pour me guider | jo-j^j virg. après mieus (éd. stiiv. corr.)
18-19. 7^ Mesme là bas j'auray de toy mémoire, Et vif & mort je
chanteray la gloire
1. De même dans Pétrarque, la Nature est amoureuse de Laure ; voir
notamment le tercet final des sonnets cv et cxl de la i" partie du canzo-
niere, et la canzone iv de la 2* partie, stance v : Il di che costei nacque...
2. Cf. le sonnet de Ronsard : Quand ma maistresse au monde print
naissance (Conttn. des Amours, 1555), Bl. I, 41 ; ML. I, 53.
3. Ce thème de l'influence esthétique et morale exercée par l'aimée
sur le poète était cher aux troubadours et à Pétrarque. Voir entre
autres, dans la i" partie du canzoniere, les deux tercets du sonnet x et
le début de la canzone vu. Cf. deux sonnets de Ronsard : Vccil qui ren-
droit le plus barbare appris (1552), et : Morne de corps & plus morne d'es-
pris (i$53), Bl. I, 40 et 57; ML. I, 33 et 48.
4. Cf. Hercule Strozzi, Amores, II, De natali dominae (éd. de Paris,
LIVRE IV, ODE X II9
Sus page vistement
Donne ma lire, affin que sur sa chorde
D'un pouce dous je marie & accorde
Ce beau jour sainctement.
2y Sème par la maison
Tout le trésor des prez & de la pleine,
Le lis, la rose, & cela dont est pleine
La nouvelle saison ' :
Et crie au temple aussi,
30 Que le soleil ne vit oncques journée
Qui fust de gloire, & d'honneur tant ornée
Comme il voit ceste ci.
25' JJ-7i D'un pouce dous en sa faveur j'accorde | PR 161^-162), Bl,
ML s'accorde {texte fautif)
21-24. 7^ Despan de ce crochet Ma lyre oisive, à fin que je l'encordé :
Donne ton livre, loland, que j'accorde Ce jour sous mon archet
29. jS-78 Puis crie
Simon de Colines, 1S50, f° 83 v°) :
Addite thura focis, Idus venere Décembres,
Semper habenda mihi multo in honore dies.
Vagiit his primum mea Cynthia, deque parentis
Ventre recepta tuo gratia pulchra sinu est.
Os tibi legisti, genulas décor, ignea blandus
Lumina amor, pectus Cypria, Juno manus...
I. Ces deux strophes rappellent Horace, Carm. III, xix, 20-22 (cf. ci-
dessus Odes, III, IV, 25 et suiv.) ; on trouve d'ailleurs un mouvement
analogue à la fin de la pièce susdite d'Herc. Strozzi, et surtout au début
d'une pièce de son père sur le même sujet, Erotica, IV, De die naiali
Anthiae (éd. cit., f° 142 r°) :
Natalem dominae mecum celebrate coloni,
Et positis curis undique cesset opus...
Nunc agitate choros, et carmina dicite laeti,
Nec madidum verno stet sine flore caput.
120 ODES
AU REVERENDISSIME CARDINAL DU BELLAI »
Ode XI
Dedans ce grand monde où nous sommes
Enclos generallement, [122 v^]
Il n'i a tant seulement
Q.u*un genre des dieus, & des hommes.
5 Eus, & nous n'avons mère qu'une,
Tous par elle nous vivons,
Et pour héritage avons
Cette grand' lumière commune.
L'esprit de nous qui tout avise,
10 Des Dieus compaignons nous rend.
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (IV, xi) 1550; (ix) 1553 ;
(x) 1555. — Œuvres (Odes, IV, x), 1560, 1567, 1571, 1575 ; (ix) 1578;
(vu) 1 584. — Supprimée en 1587. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de
1592, Œuvres, t. II, p. 459. — Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617,
1625, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 428); Marty-Laveaux (t. II, p. 323).
Titre. 84 A Joachim du Bellay.
I. ^0-60 Dedans ce vnonàQ (vers faux, que les éd. suiv. corr.)
8. 78-84 Du ciel la lumière commune
9. SS'^4 Nôtre (et Nostre) raison qui tout avise
I. Le cardinal Jean du Bellay, évêque du Mans depuis 1546, par
suite chef spirituel de Ronsard, qui espérait trouver en lui un Mécène
(v. ci-dessus Hymne de France, \âr. du vers 223 et note). Sur ce person-
nage, ami des lettres, cf. Chamard, thèse sur Joachim du Bellay (1900),
p. 27J et suiv. ; L. Séché, Rev. Ren. igoi-1902 ; V.-L. Bourrilly, Jean du
Bellay, les protestants et la Sorhonne (Bull, de la Soc. d'hist. du Protest.
fr% 1903-1904) ; Ambassades en Angleterre de Jean du Bellay, Paris, Picard,
1905; Le cardinal Jean du Bellay en Italie (R.E.R., 1907, fasc. 3 et 4);
et ci-dessus Odes, I, ix, 87 et suiv. — Sur la date probable de la pièce,
v. Ronsard p. lyr., p. 40-41 et note.
LIVRE IV, ODE XI 121
Sans plus un seul différent
Nostre genre & le leur divise ^
La vie aus dieus n'est consumée,
Immortel est leur séjour,
15 Et l'homme ne vit qu'un jour
Fuiant comme un songe ou fumée.
Mais celui qui aquiert la grâce
D'un bien heureus écrivant,
De mortel se fait vivant,
20 Et au ranc des célestes passe ^
Comme toi, que la muse apprise
De ton Macrin a chanté,
Et t'a un los enfanté [123 r^]
Qui la fuite des ans mesprise^.
25 Elle a perpétué ta gloire
La logeant là haut aus cieus,
Et a fait egalle aus dieus
L'éternité de ta mémoire.
Aprenez donc vous Rois, & Princes
30 Les Poètes honorer,
Qui seuls peuvent décorer
Vous, vos sugets & vos Provinces.
16. ^^-84 guillemettent les quatre premières strophes.
1. Ceci est expliqué par la strophe suivante.
2. Tout ce début vient de Pindare, Ném. vi, 1-9.
3. Sur le poète Salmon Macrin, v. ci-dessus Odes, III, xiv, 52-54.
122 ODES
Le donteur d'Asie, Alexandre
Qui au monde commandoit,
35 Un Homère demandoit
Pour faire ses labeurs entandre'.
La France d'Homeres est pleine,
Et d'eus liroit on les fais,
S'ils estoient tous satisfais
40 Autant que mérite leur peine.
VEU AU SOMMES [123 vo]
Ode XII
Somme, le repos du monde,
Si d'un pavot plein de l'onde
Du grand fleuve oblivieus
33. SS'7^ Sans plus le grand prince Alexandre
34. S 5 Q-"^^ presque seul | ôo-jj Qui à la terre (vers faux) \ j8 Qui à
l'Asie (vers faux) \ Bl a conservé le texte de 60, diaprés les PR i6op-i6^o.
40. 84 supprime les six dernières strophes (non rééditées par ML) .
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (IV, xii) 1550; (x) 1553;
(xi) 1555. — Œuvres (Odes, IV, xi), 1560, 1567, 1 571, 1573 ; (x) 1578 ;
(viii) 1584 ; (vu) 1587; 1 592-1630.
Blanchemain (t. II, p. 257); Marty-Laveaux (t. II, p. 324).
1. SO-7^ le repos (éd. suiv. corr).
2. S'] Si d'un pavot teint en l'onde
1. Cf. Plutarque, Vie d^ Alexandre, xv, 3.
2. Nombre de poètes néo-latins avaient adressé au Sommeil soit une
prière, soit une action de grâces, par ex. Marulle : Somne, pax animi
quiesque lassi (Epigr. IV, xxi) ; Navagero : Béate Somne, nocte qui
hesterna mihi Tôt attulisti gaudia (Lusus, xxix) ; J. Second : Somne
tenebrosae Necis ignavissime frater (Eleg. II, ix).
LIVRE IV, ODE XII I23
Tu veus arrouser mes yeus %
5 Tellement que je reçoive
Ton dous présent qui déçoive
Le long séjour de la nuit,
Qui trop lente pour moi fuit :
Je te voue une peinture 2,
10 Où refait de ta nature
Sera portrait à l'entour,
S'entresuivans d'un long tour
Tous les songes & les formes
Où la nuit tu te transformes
15 Pour nos espris contenter,
Ou pour les espovanters.
A grand tort Vergile nomme
Frère de la mort, le Somme ^,
Qui charme tous nos ennuis
20 Et la paresse des nuis,
" Voire que nature estime
Comme son fils légitime.
Le soin qui les rois époint [124 r^']
10-12. 84-87 Où l'effect de (8y Où toy mesme &) ta nature Qjii fuyt
la clarté du jour Sera portrait (8y Seront portraits) à l'entour
16. 7^-8'/ espouvanter
17. s ^-87 A grant tort Homère nomme
20. S^'SS ï^^is sans ponct. (éd. suiv. corr.)
1. Souvenirs mélangés d'Ovide, Me7. XI, 603,605,623, et de Virgile,
En. V, 854.
2. C.-à-d. :je te promets en ex-voto un tableau.
3. Cf. Ovide, Mèt.Xl, 592 et suiv.
4. Cf. Homère, //. XIV, 231 : "Ttîvoç xaatyviQTOç ©avaxoto ;
Virgile, En. IV, 278 : Consanguineus Leti Sopor. — Ailleurs encore
Ronsard rejette l'autorité des écrivains anciens, par ex. de Platon (ci-
dessus Odes, III, vu), de Cicéron (Bl. I, 438), d'Hésiode (jbid. Il, 559),
de Pindare même {ihid. V, 360).
124 ODES
L'esprit ne me ronge point,
25 Toutesfois la tarde Aurore
Me voit au matin encore
Parmi le lit travailler
Et depuis le soir veillera
Vien donc sommeil, & distille
50 Dans mes yeus ton onde utile
Et tu auras en pur don
Un beau tableau pour guerdon
DES ROSES PLANTÉES PRÉS UN BLÉ?
Ode XIII
Dieu te gard l'honneur du printens.
Qui étens
29. S5-^7 Vien doncque Somme
50. jS-Sj En mes yeus
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (IV, xiii) 1550; (xi) 1553 ;
(xiv) 1555. — Œuvres (IV, xiv), 1560, 1567, 1571, 1573. — Supprimée
en 1578. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II,
p. 461. — Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 430); Marty-Laveaux (t. VI, p. 88).
1. Ceci rappelle l'anecdote, racontée par Cl. Binet, du travail intense
auquel se livraient Ronsard et Baïf dans leur chambre de pensionnaires
au collège de Coqueret. Mais peut-être vaut-il mieux comprendre que
Ronsard ne peut dormir à cause des pensées qui le travaillent (cf. l'ode
de 1554, Laisse moy sommeiller, Amour, Bl. II, 393).
2. Ronsard a adressé deux autres pièces au Somme: l'ode de 1554,
Hé mon Dieu, que je te hay. Somme (contre-partie de celle-ci), et la prière
contenue dans l'ode de 1555, Cinq jours sont ja passe::^ (Bl. II, 392; IV,
261).
3. Cette ode — très régulière d'ailleurs — est une des premières que
Ronsard dut composer; elle est au moins antérieure à sa connaissance
de Pindare (voir le vers 18) et à sa rencontre avec Cassandre (voir le
vers final).
LIVRE IV, ODE XIII I25
Tes beaus trésors [dejsur la branche,
Et qui découvres au soleil
5 Le vermeil
De ta beauté naïve & franche.
D'assés loin lu vois redoublé
Dans le blé
Ta joue de cinabre teinte,
10 Dans le blé qu'on voit rejouir [124 v°]
De jouir
De ton image en son verd peinte.
Et moi en sentant ton odeur.
Plein d'ardeur
15 Je façonne un vers, dont la grâce
Maugré les tristes seurs vivra,
Et suivra
Le long vol des ailes d'Horace ^
3. jo. 92 Les beaus (corr. aux errata de /o) ( S0~7h 9^i ^^ i6op-
16^0, Bl, ML sur la branche (vers faux ; je conjecture desur)
4. So-7h 9^y P^ i6og-i6^o virg . après soleil {Bl, ML corr.)
6. S>'75 De ta couleur vivement franche
9. SS'73 Ta face de vermillon teinte {Bla mélangé les deux leçons) |
PR i6oç-i6]0, ML du vermillon texte fautif)
13. SS'7S ^^^^ ^^ ^oi sentant ton odeur
i). ^o-)^ virgule après grâce (éd. suiv. corr.)
^^- SS~7S Maugré mile siècles vivra
I. Souvenir d'Horace, Carm. II, xx, début, qui revient dans une
pièce du Bocage (ci-après, A son retour de Gascongne, 47-48). — Toute la
strophe semble une réponse à Cl. Marot, qui avait jeté ce défi aux
lyriques profanes dans la préface de ses Psaumes (1541) :
Pas ne faut donc qu'auprès de luy Horace
Se mette en jeu, s'il ne veut perdre grâce :
Car par sus luy vole nostre poëte (David)
Comme feroit l'aigle sur l'alouette.
Ronsard eut de bonne heure l'ambition de rivaliser avec Marot dans la
126 ODES
Les uns chanteront les œillés
20 Vermeilles,
Ou du lis la fleur argentée,
Ou celle qui s'est par les prez
Diaprez
Du sang des Princes enfantée ^
2'y Mais moi tant que chanter pourrai
Je lourrai
En mes douces Odes la rose,
Pource qu'elle porte le nom
De renom ^
De celle où mon âme est enclose 3.
26. Ji-y^ Je louray
27-30. S5'73 Toujours en mes odes la Rose D'autant qu'elle porte le
nom De renom De celle où ma vie est enclose.
poésie purement lyrique, mais en substituant l'inspiration païenne à
l'inspiration biblique (v. Ronsard p. lyr., p. 17-21).
1. Hyacinthe, Ajax. Cf. Ovide, M^^ X, 210 et suiv. ; XIII, 594 etsuiv.
2. Véritable cliché. Cf. Cl. Marot, Etrennes, xxxi (éd. Jannet, t. II,
p. 205), et Ronsard, début de l'ode de 1555 ^ M. d'Orléans (Bl. II, 190).
Le sonnet à Hélène, Quand vous sere^ bien vieille, contient une tournure
synonyme : « votre nom de louange immortelle ».
3. Malgré une déclaration semblable aune Marguerite (ci-dessus Odes,
II, XIII, début), cette Rose correspond vraisemblablement à une personne
réelle, dont Ronsard a écrit l'épitaphe (Bl. VII, 275), placée dans les
Odes de 1 5 5 5 tout près de cette ode. — Peut-être aussi faut-il voir ici sim-
plement un souvenir du Roman de la Rose, vers 4386 et suiv. (cf. G.
Paris, Chansons du XP siècle, p. 30, dans la coll. des Anciens Textes). —
Ant. de Baïf a également chanté sur le même mode une femme nommée
Rose (JPassetems, II, éd, Marty-Laveaux, IV, 299).
LIVRE IV, ODE XIV I27
A CASSANDRE^ [125 r°]
Ode XIV
Nimphe aus beaus yeus, qui souffles de ta bouche
Une Arabie à qui prés s'en approuche ^,
Pour déraciner mon émoi
Cent mile baisers donne moi,
5 Donne les moi, çà, que je les dévore,
Tu fais la morte, il m'en faut bien encore,
Redonne m'en deus miliers donc.
Et un sur tous qui soit plus long
Que n'est une onde en longueur étendue
10 Desous le vent d'un grand branle épandue.
Ainsi ma Cassandre vivons
Puis que les dous ans nous avons 3.
Incontinant nous mourrons, & Mercure
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (IV, xiv) 1550; (xa^)
1553 ; (xv) 1555. — Œuvres (Odes, IV, xv), 1560, 1567, 1571, 1573 ;
(xiii) 1578; (xi) 1584. — Supprimée en 1587. — Réimprimée dans l'éd.
lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 462. — Recueil des Pièces retranchées,
1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 431) ; Marty-Laveaux (t. II, p. 327).
Titre. J8-S4 sans titre.
2. jo, 92 prest (corr. aux errata de jo) j 67-54 près en approuche
4. Aucune séparation strophîque dans les anciennes éditions .
5. S^'SS dévore sans pond. (éd. suiv.corr. saufg2)
8. S ^-84 Et sur tous un qui soit plus long
9-10. ^^-84 Que n'est celui des douces colombelles Prises au jeu de
leurs amours nouvelles :
11-12. ^8-84 ma Maistresse, vivons Tandis que le temps nous avons
13. S0-6y nous mourons {corr. aux errata de ;o)
1. Sur Cassandre, voir ci-dessus Odes, II, v, n. i.
2. C.-à-d. le parfum de l'encens (cf. ci-dessus [Premières Poésies], ode
A Jacques Peletier, 26-30). — Sur la forme approuche, v. ci-dessus Odes,
IV, IX, 42, note.
3. Tout ce début vient de J. Second, Basia, iv, début; vu, 27-28 ; xvi,
19-22, et du Vivamus, mea Lesbia, atque amemus de Catulle.
128 ODES
Nous convoirra sous la vallée obscure,
15 Et au froid roiaume odieus
A la belle clarté des Dieus,
Tenant au poin sa verge messagère
Creinte là bas de la trope légères
Si qu'aussi tost qu'aurons passé
20 Le lac neuf fois entrelassé,
Et que sur nous sa sentence implacable
Aura getté le juge irrévocable,
Ne parens, ne dévotions, [125 \°]
Ne rentes, ne possessions
25 Ne fléchiront la cruche 2, ne l'audace
Du nautonnier si bien qu'il nous repasse,
Nautonnier fier qui n'a souci
De povre, ne de prince aussi 3.
Donc ce pendant que l'âge nous convie
30 De nous ébatre, égalons nostre vie :
Ne vois tu le tens qui s'enfuit,
Et la vieillesse qui nous suit 4 ?
14-16. jS-^4 Nous voilera d'une bruine (60 moresque 6y-j^ poudrière
78-84 poussière) obscure, Et guidera nos tristes pas Au froid Roiaume
de là bas
18. 67-^4 de la troupe légère
21-22. SS'^4 l'i^^^ imploiable... inexorable
25. jo fléchirons {éd. suiv. corr.)
27-28. SS'^4 -Dur (67-84 Du) nautonnier qui n'a souci De pauvre,
ne de riche aussi
30. $0 nostre vie sans pond. (éd. suiv. corr.)
T. La « trope légère », c'est la foule des ombres aux Enfers (levem
turbam, dit Horace, Carni. I, x, fin). Cf. ci-dessus Odes, IV, vu, 59-60.
2. La « cruche », c'est l'urne fatale dont parle Horace, Carm. II, m,
25-27 : Omnes eodem cogimur; omnium Versatur urna ; sérias ocius
Sors exitura... (cf. ci-après Bocage, xiii, 107).
3. Les vers 13-28 viennent d'Horace, Carm. I, x, fin ; I, xxiv, fin ;
II, XIV, 2-12 ; II, xviii, 32-36.
4. Cette conclusion vient de J. Second, Bas. xvi, fin. Pour ce thème
du Carpe diem, maintes fois repris par le poète, notamment dans sa fameuse
odelette de 1553, Mignonne, allon voir, v. Ronsard p. lyr., p. 579 et suiv.
LIVRE IV, ODE XV I29
A LA SOURCE DU LOIR '
Ode XV
Source d'argent toute pleine,
Dont le beau cours éternel
Fuit pour enrichir la plaine
De mon païs paternel.
5 Soi hardiment brave & fiere
De le baigner de ton eau,
Nulle Françoise rivière
N'en peut laver un plus beau.
Que les Muses éternelles [126 r<*]
10 D'habiter n'ont dédaigné,
Ne Phebus qui montre en elles
L'art où je suis enseigné *.
Qui sur ta rive velue
Jadis fut énamouré
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (IV, xv) i$50; (xiii)
1553 ; (xvi) 1555. — Œuvres (Odes, IV, xvi) 1560, 1567, 1571, 157} ;
(xiv) 1578. — Supprimée en 1584. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de
1592, Œuvres, t. II, p. 463 . — Recueil des Pièces retranchées, 1609, 1617,
1623, 1630.
Blanchemain (t, II, p. 432); Marty-Laveaux (t. VI, p. 89).
5. jj Soi sur toutes la plus fiere | 60-"/^ Soi donq orguilleuse &
fiere | y8 Sois toute orgueilleuse & fiere
II. JJ-60 qui dit en elles | 6y-y8 qui dit par elles
13. SS'7^ Q-^^ ^^ sur (71-78 dessus) ta rive herbue
14. JO'7j virg. après énamouré {éd. suiv. corr.)
1. Voir Ronsard p. lyr., p. 435.
2. Voir ci-dessus Odes, I, xx, 52 ; II, xvii, 49 et suiv.
Ronsard, II.
130 ODES
15 De la Nimphe chevelue
La Nimphe au beau crin doré :
Et l'atrapa de vistesse
Fuiant le long de tes bords,
Où il ravit sa jeunesse
20 Au meilieu de mille efforts ^
Si qu'aujourd'hui d'elle encores
Immortel est le renom
Dedans un antre, qui ores
Se vante d'avoir son nom.
2$ Fui donques, heureuse source,
Et par Vendôme passant,
Retien la bride à ta cource
Le beau cristal effaçant.
Puis salue mon la Haie
30 Du murmure de tes flots, [12e \°]
Qui pour nëant ne s'essaie
Vanter l'honneur de ton los.
16. /o-j'_j lin point après doré (éd. suiv. corr.)
19. S^-yS Et là, ravit sa jeunesse {6o~j8 suppriment la virg.)
20. 6y-y8 Au millieu (et milieu)
27, éy-y^ à la cource {et course)
31-32. /j En vain celui ne s'essaie Sonner comme moi, ton los |
So-y^ C'est celuy qui ne s'essaye De sonner en vain ton los
I. Ces deux strophes rappellent deux épisodes des Métavi. d'Ovide
celui d'Apollon et Daphné, celui de Jupiter et lo. Mais peut-être Ron-
sard a-t-il songé plutôt au récit que la nymphe Pegasis fait à Paris de sa
défloration par Apollon dans J. Lemaire, Illustr. de Gaule, I, xxvi,
d'après Ovide, Hèroïde v.
LIVRE IV, ODE XV I3I
Si le ciel permet qu'il vive,
Il convoira doucement
55 Les neuf Muses sur ta rive
Pleines d'ebaissement,
De le voir seul desus l'herbe
Remémorant leurs leçons,
Faire aller ton cours superbe
40 Honoré par ses chansons ^
Va donc, & reçoi ces roses
Que je repan au giron
De toi source qui aroses
Mon pais à l'environ,
45 Lequel par moi te suplie
En ta faveur le tenir,
Et en ta grâce acomplie
Pour jamais l'entretenir.
39, SS-7S Faire aller ton flot superbe
25-40. y8 supprime ces quatre strophes.
41-43. SS'73 ^a donques & pren ces roses... | j8 Fuy donq Source,
& pren ces roses Que je respan au giron De ton onde, qui arroses
45-48. JJ-y^ Lequel te pri (6j-y) Q.ui te suply jS Et te prie) par
mes Muses De toujours l'avoir à cœur, Et que toujours tu lui uses Des
faveurs de ta liqueur
I. Le poète picard Maclou de la Haye ayant épousé une Veudômoise,
Jeanne Desmons, vers 1548, se fixa dans la banlieue d'aval de Vendôme
(cf. J. Martellière et L. Froger, Ann. Flcch. de juillet 1907 et janvier
1910). Ses Œuvres, publiées en 1553, comprennent, après une Epitre
dédie, au Roi, un Chant de paix (non pas sur la paix de Crespy, comme
le dit E. Turquety dans le Bull, du Bibliophile de 1860, mais sur celle de
Boulogne, d'avril 1550), un Chant d'amour, où il célèbre la « beauté
Vendomoise » auprès de laquelle il a trouvé « le jardin de repos », cinq
blasons « des cinq contentemens en amour », quarante sonnets où il
I 3 2 ODES
Ne noiant ses pastourages
50 D'eau par trop se répandant,
Ne defFraudant les ouvrages [127 r^]
Du laboureur atandant,
Mais favorable & utile
Lui riant joieusement,
55 Fai que ton onde distile
Par ses champs heureusement :
Ainsi du Dieu vénérable
De la mer, puisses avoir
Une acolade honorable
60 Entrant chés lui pour le voir ^.
55-55. SS'7^ Mais fai que ton onde utile. . . Innocente se distile
56. 7^ Par noz prez | ^o-éjvirg. o/^m heureusement {éd. siiiv. corr.}
60. SS~7^ Entré chés lui
chante sa « Vendomoise estoille », deux livres d'Epigrammes, dont le
premier est encore consacré à Jeanne Desmons (avec force jeux de mots
et métaphores sur ce nom et sur le sien), et le second contient des
pièces à ses amis (entre autres Ronsard et Du Bellay).
I. Cf. ci-dessus Odes, IV, vi, Au fleuve du Loir, 7-8.
LIVRE IV, ODE XVI I33
LE RAVISSEiMENT DE CEPHALE
DIVISÉ EN TROIS POSES'
Ode XVI
L'iver, lors que la nuit lente
Fait au ciel si long séjour,
Une vierge vigilente
S'éveilla davant le jour :
Et par les palais humides,
Oii les Dieus dormoient enclos,
Hucha les seurs Néréides ^
Qui ronfloient au bruit des flots.
Sus, reveillez vous pucelles, [127 v^]
Le sommeil n'a jamais pris
Les yeus curieus de celles
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes(lY, xvi) 1550 ; (xiv) 1553 ;
(xvn) 1555. — Œuvres (Odes, IV, xvii) 1560, 1567, 1571, 1573; (xv)
1578; (xii) 1584; (x)i587; 1592-1630.
Blanchemain (t. II, p. 260) ; Marty-Laveaux (t. Il, p. 329).
Titre. 84-8"/ . . .divisé en trois pauses
I. L'en tête de Bl Première pause ne se lit dans aucune édition.
3. 84-8y Une Nymphe vigilante
4. 71-87 devant le jour
5. SS'^4 Et par les antres | 8j Puis par les Antres
6. 84 Où les Thons dormoient | 8y Où les Thons ronflent
8. 87 Q.ui dormoient au bruit des flots
1. Pièce de même allure que la Défloration de Lede (ci-dessus Odes,
III, xxv). — Pour l'étude générale des sources et de la composition, v.
Ronsard p. lyr., p. 390-393.
2. Note marginale de l'édition de i')84 : « Hucha, vieil mot François,
pour dire appella. De là vient une Huchée : c'est autant que la voix se
peut estendre appellant quelcun. Et un Huchet, qui sert aux Faucon-
niers pourappeller leurs oyseaux. »
134 oi^ES
Qui ont un euvre entrepris.
Cette parole mordente
Leur front si honteus a fait,
15 Q.ue ja chascune est ardente
Que l'ouvrage soit parfait.
D'une soie non commune,
Et d'un or en Cypre eleu,
Elles brodoient à Neptune
20 Qui mieus mieus un manteau bleu
Pour mener Thetis la belle
Où les Dieus sont ja venus,
Et oia son mari l'appelle
Aus dous presens de Venus ' .
25 Au vif traitte i fut la terre
En boule arondie au tour,
Avec la mer qui la serre
De ses braz tout alentour :
Au meilieu d'elle un orage
30 Mouvoit les flots d'ire pleins,
Pâlies du futur naufrage
Les mariniers estoient peins ^.
20. 84-8J Le tissu d'un manteau bleu
29. Ji-8y Au milieu d'elle | Bl une orage (texte fautif )
30. SS-Sy Mouvoit ses flots d'ire pleins
1. Tout ce début rappelle Virgile, Géorg. IV, 335 et suiv. Les vers
21-24 s'inspirent de Catulle, Noces de Pelée et de Thétis (cf. une brillante
description de J. Lemaire, Illustr. de Gaule, I, xxviii).
2. La description de cette tempête sur mer rappelle celle de V Enéide,
I, 81-156. L'idée même de décrire des scènes historiées sur un vêtement,
Ronsard la doit soit à Apollonios (Argon. I, manteau de Jason brodé pat
Pallas), soit à Catulle (Noces de Thétis, tentures du lit nuptial), soit à
Ovide (Met. VI, tapisseries de Pallas et d'Arachné).
LIVRE IV, ODE XVI I35
Desarmée est leur navire [128 r^]
Du haut jusqu'au fondement,
35 Cà & là le vent la vire
Serve à son commandement,
Le ciel foudroie, & les flammes
Tumbent d'un vol écarté,
Et ce qui reste des rames
40 Vont léchant de leur clarté.
La mer pleine d'inconstance
Bruit d'une bouillonante eau,
Et toute dépite tance
Les flancs du vaincu bateau.
45 D'une soie & noire, & perse.
Cent nues entrelassoient.
Qui d'une longue traverse
Tout le serein eflaçoient,
Si que la pluie, & la grélle,
50 Le vent, & les tourbillons,
Se menacent pelle melle
Sur les humides sillons.
Les bords en vois effroiantes
Crient, d'estre trop lavés
S s Des tempestes aboiantes
Autour de leurs pies caves ^
39. Sj Et les longs esclats des rames
42. ^o-6o bouUonnante (corr. aux errata de /o) | yS-84 Jusqu'au ciel
arme son eau
54. S^^-^7 virgule après lavés {éd. suîv. corr.)
41-56. 8j supprime ces deux strophes.
I. Pour l'idée, cf. ci-après Bocage, iv, 55 et suiv.
1^6 ODES
Neptune i fut peint lui même [128 v^]
Brodé d'or, qui du danger
Tirant le marinier blême
60 L'eau en l'eau faisoit ranger.
Les troupes de la mer grande
Sont leur prince environnans,
Palsemon, Glauce, & la bande
Des Tritons bien resonnans.
65 Lui, les brides abandonne
A son char, si qu'en glissant
Sur la mer, ses lois il donne
Au flot lui obéissant :
Et se jouant desus l'onde
70 Se montre seul gouverneur,
Et Roi, de l'humide monde
Qui s'encline à son honneur ^
Elles finoient de portraire
De verd, de rouge, & vermeil,
75 L'arc qui s'enflamme au contraire
Des sagettes du souleil,
Quand Nais de sa parolle
59-60. 8y Sauvant le marinier blesme, Les vagues faisoit ranger
61 . S0'7S virgule après grande (éd. suiv. corr.)
62-64. ^7 Toutes entour noyent son corps, Palemon, Glauque & la
bande Des Tritons aux cornets tors | Les éd. suiv. corrigent ainsi h i"
vers de cette variante : 97 Toute' entour noyent 1604 Tout' entour noyant
i6op et 16^0 Tout' entournoyant i6iy-2^ Toutes entournoyent (et
entournoient)
67 . 6'/-'^^ Desur la mer, ses lois donne | yS-Sy texte primitif
73-76. Jj-Sy Elles cessoient de portraire. . . du soleil (et Soleil)
I. Cf. Virgile, En. I, 142-156.
LIVRE IV, ODE XVI I37
Feit ainsi resonner l'air :
Avec sa vois douce & molle
80 Le sucre sembloit couUer ^
Seconde pose. [129 r^]
Reveillez vous belle Aurore,
Lente au lit vous sommeillez :
Et avecque vous encore
Le beau matin reveillez :
8) Ainsi le dolent Cephale ^
Vous soit amiable, & dous.
Et laissant sa femme palle
Daigne aller avecque vous 5.
Le fils de Venus, compaignes,
90 Ce cruel archer qui peut
78. jo-y^ virgule après l'air {éd. stiiv. corr.)
79. 6*7 De sa voix doucette & molle
81. 84-8y en iéte Seconde pause.
82. 84 Trop au lict | 8j Froide au lict
83. ^7 Et vous reveillant encore
1. Cette idée de faire raconter une fable mythologique par une jeune
fille au travail, Ronsard la doit soit à Virgile, Géor^. IV, 345 (la nymphe
Clymene racontant les amours des Dieux), soit à Ovide, Met. IV, 32-
415 (récits des filles de Minyas, filant la laine au milieu de leurs ser-
vantes : l'une d'elles raconte précisément l'amour de Phébus pour Leu-
cothoé, avec des traits dont s'est souvenu Ronsard).
2. Latinisme : Sic te, diva potens Cypri... regat (cf. ci-dessus Odes,
III, VI, var. des vers 9 et 13 ; IV, vi, 7-8 ; xv, 57).
3. Cette strophe est chantée ; vrai couplet d' « aubade » savante, qui
a sa source dans la 13' élégie des Amours d'Ovide (quoique Ovide sup-
plie au contraire l'Aurore de retarder sa venue). On peut voir dans cette
élégie l'origine littéraire des « aubes » provençales, ainsi que dans les
récits des filles de Minyas celle des « chansons de toile » du Moyen
Age :par Ovide, Ronsard a plus d'un point commun avec les troubadours
et les trouvères, qu'il rejoint aussi par Pétrarque.
138 ODES
Et bois, & eaus, & campaignes,
Genner d'amour quand il veut,
D'une ruse deceptive
Nostre Aurore énamoura,
95 Si bien que d'elle captive
Ses trophées honora.
Elle qui a de coutume
D'allumer le jour, voulant
L'allumer, elle s'allume
100 D'un brandon plus violant ' :
Passant les portes decloses
Du ciel, elle alloit davant
Çà & là versant ses roses [129 v°]
Au sein du souleil levant 2.
105 Son teint de nacre, & d'ivoire
Le matin embellissoit,
Et du comble de sa gloire
L'Orient se remplissoit:
Mais Amour en son courage
iio N'endura de la voir là.
91. //-^7 rimes compagnes... campagnes (sauf 6f) \ Sj L'air, la
mer, & les campagnes
92. S^'53 un point après veut {éd. suiv. corr.)
102-104. 7 ^-^7 alloit devant | 78-Sy versant des roses \ ;j-^7 du soleil
109. 84-87 Mais Amour qui tout essaye
iio. Sj;-^7 N'endura qu'un si beau taint (et teint)
1. Concetto à la façon d'Ovide, Met. IV, 192-204 (cf. ci-après vers
138, 161 et suiv.).
2. Homère : ooBoôàxTuXoç 'HoSç; Ovide, Met. VII, 70$ : roseo spec-
tabilis ore.
LIVRE IV, ODE XVI I39
Ains surmonté de sa rage
Par ses roses se mella.
Contre la belle s'efforce,
Et lui tenant les yeus bas,
II) Lui feit voir d'enhaut par force
Ce que voir ne devoit pas.
Elle vit dans un bocage
Cephale parmi les fleurs,
Faire un large marescage
120 De la pluie de ses pleurs '.
O ciel, disoit-il, ô parque
Avancez mon jour dernier,
Et m'envoiez en la barque
De l'avare nautonnier,
125 Je hai de vivre l'envie.
Ce monde m'est odieus : [130 r^]
Puis que j'ai tué ma vie
A quoi me gardent les Dieus ?
O Javelot exécrable
130 Tu m'es témoin aujourdui,
III-IT2. ^S'I^ Ne sentîtun peu la rage {j8 l'outrage) Dont les amans
{6j-y8 hommes) il ataint | 84-8^ Ne sentist la douce playe Dont les
hommes il atteint
113. 8-] Contre la belle il s'efforce
116. 84 Le doux amoureux appas
114-116. 8j Et les yeux luy abaissant Lui fist voir du Ciel par force
Un image trespassant (1604-16^0 Une image trespassant)
118. 50-55 par mi les fleurs (éd. suiv. corr.)
125. ^7 Je n'ay plus de vivre envie
I. Cf. le lacrymarum rivas de Byblis (Ovide, Met. IX, 656).
140 ODES
Qju'on ne voit rien de durable
En ce monde que l'ennui.
Ainsi disant il se pasme
Sur le cors qui trépassoit,
13Î Et les reliques de l'ame
De ses lèvres amassoit ^
L'Aurore au dueil de sa plainte
Mal saine perd sa couleur,
Et toute se sent étrainte
140 Des laz de même douleur :
Par une nouvelle porte
En elle le dard vainqueur
Entra d'une telle sorte,
Qu'il se feit Roi de son cueur 2.
145 Ses mouëlles sont ja pleines
D'un appétit déréglé,
Et nourrist au fond des veines
Un feu d'amour aveuglé 3,
Ja le ciel elle déprise, [130 v°]
150 Et plus d'aimer n'a souci
138. 'j8-8'] Malade perd sa couleur
140. tS-Si Au cœur de mesme douleur
1. Inspiré par Ovide, lAèt. VII, fin ; Ars amat. III, 738 et suiv. Ovide
a fait parler Procris expirante, Ronsard au contraire fait parler Céphale ;
mais il a pris tel quel le détail du survivant qui reçoit sur ses lèvres le
dernier souffle de l'être aimé (v. encore Ovide, Met. XII, 424; Virgile,
En. IV, 684, et Ronsard, éd. Bl. IV, 254 et 249 ; VII, 174 et 230).
2. Encore un trait d'Ovide : les pleurs de la personne aimée la rendent
plus séduisante, Me/. VII, 750-733,
3. Cf. Virgile, En. IV, début : At regina, gravi jamdudum saucia
cura, Vulnus alit venis et caeco carpitur igni.
LIVRE IV, ODE XVI I4I
De Tithon la barbe grise,
Ne les blancs cheveus aussi ^
Cephale qui lui retourne
En l'ame pour l'offenser,
155 Au plus haut sommet séjourne
De son malade penser,
Et dedans l'ame blessée
La fièvre lui entretient
Ores chaude, ores glacée,
160 Selon que l'accès la tient ^.
En vain elle dissimule
Ne sentir le mal qui croist,
Car la flamme qui la brulle
Claire au visage apparoist :
165 Au pourpre que honte allume
Par raions dedans son teint,
On voit qu'outre sa coutume
Son cueur est pris & ateint 5.
Si tost par la nuit venue
170 Les cieus ne sont obscurcis,
151. /0-67 Titon I 71-7^ Thiton (éd. suiv. corr.)
152. y8 Ny sa vieille couche aussi | 84 Que la vieillesse a transi | 8j
L'Orient, ny elle aussi
163. y8-S'p Sa flame qui son cœur brûle
168. y8-8y Son cœur d'amour est atteint
1. De même dans Ovide, Phébus n'a plus d'yeux que pour Leuco-
thoé, et Vénus, éprise d'Adonis, dédaigne le ciel et Tîle de Paphos (Met.
IV, 195-200; X, 529-532).
2. Cf. Virgile, En. IV, 3-5 : ...animorecursat...haerentinfixi pectore
vultus Verbaque, nec placidam membris dat cura quietem.
3. Concetto qui vient d'Ovide, A mores, I, xiii, fin.
142 ODES
Qu'el' se couche à terre nue ^
Sans abaisser les sourcis, [131 r^J
Car Tamour qui l'eguillonne
Ne soufre que le dormir
17) En proie à ses yeus se donne:
Elle ne fait que gémir.
Et bien que de loin absente
De l'absent Cephale soit,
Comme s'elle étoit présente
180 En son esprit l'aperçoit ^ :
Ores pronte en ceci pance,
Et ores pance en cela,
Sa trop constante inconstance
Ondoie deçà & là 3.
185 Mais quand le paresseus voile
De la nuit quitte les cieus,
Et que nulle & nulle étoille
Plus ne se montre à nos yeus,
Elle fuit eschevellée
190 Portant bas le front & l'œil,
171. sS-yj^ Qu'eir se couche | yj-j8 par erreur Qu'elle se couche |
84-8^ Qu'elle couche
181-182. ^1-8^ en ceci pense, Et ores pense en cela
1. Cf. Ovide, Met. IV, 261 : Sedithumo nuda.
2. Ces quatre vers et la strophe précédente viennent de Virgile, En.
IV, 8o-8j. Ronsard a voulu rendre l'effet du vers latin: ...Illuni absens
absentem auditque videtque.
3. C'est le « mens dubia » de Didon {En. IV, 55). Même agitation,
même incertitude chez Médée, Byblis et Myrrha {Met. Vil, 19-21 ; IX,
517-52861630 ;X, 371).
LIVRE IV, ODE XVI I43
Et par bois & par vallée
Lasche la bride à son dueil ^
D'herbes, l'ignorante essaie
De donter le mal enclos,
Mais pour néant, car la plaie [131 v°]
Est ja compaigne de l'os.
Aus augures ell' prend garde,
Aus charmeurs, & à leurs vers,
Ou bien en béant regarde
Le fond des gésiers ouvers :
Pour voir si en quelque sorte
Pourra tromper sa douleur.
Mais nulle herbe tant soit forte
N'a diverti son malheur :
Car le mal qui plus s'encherne
Et moins veut estre donté.
Les vagues brides gouverne
Du cueur par lui surmonté ^,
Amour qui causa la peine
De telle ardante amitié,
192. ^0-^^ virgule après à\\t\\ (éd. suiv.corr.)
194. 67-84 De garir (et guarir) le mal enclos
197. 78-84 Elle prend soigneuse garde
19g. Le texte de Bl Ou bien, béante, regarde est fautif .
200. 60 gosiers (corr. en gésiers aux errata)
204. 78-84 N'a su rompre son malheur
193-208. 87 supprime ces deux strophes.
T. Cf. Ovide, Met. IV, 261 : nudis incompta capillis ; Virgile, En.
IV, 68-72.
2. Ces deux strophes viennent de Virgile, En. IV, 62-67.
I 44 ODES
La voiant d'ennui si pleine
En eut lui même pitié,
Et guidant la foible Aurore
La meine où Cephale étoit,
215 Qui sa femme morte encore
A longs soupirs regretoit.
L'éhontée maladie
La vierge tant pressa là, [132 r°]
Qu'à la fin toute hardie
220 A Cephale ainsi parla :
Pourquoi pers tu de ton âge
Le printens à lamenter
Une froide & morte image
Qui ne peut te contenter?
225 Elle à la mort fut sugette,
Non pas moi le sang des Dieus,
Non pas moi Nimphe qui jette
Les premiers raions aus cieus :
Reçoi moi donques, Cephale,
230 Et ta basse qualité,
D'un étroit lien égalle
A mon immortalité.
Lui dédaignant sa prière
Fuit la supliante vois,
235 Et tout dépit en arrière
S'écarta dedans les bois :
Elle comme amour la porte
Voile après, & çà & là
224. SS~^7 Q.ui ne te peut contenter
250. y 8-8';/ suppriment la virgule après qualité
LIVRE IV, ODE XVI I45
Le presse, & ja sa main forte
240 Dedans ses cheveus elle a.
Puis le soulevant, le serre [132 v^]
Comme un prisonnier donté,
Et lui faisant perdre terre
Par force au ciel l'a monté ',
245 Oii avecques lui encores
Est maintenant à séjour,
Et bien peu se soucie ores
De nous allumer le jour ^.
Tierce pose
Ainsi l'une de la bande
250 Mettoit fin à son parler.
Quand le Dieu marin demande
Sa robe pour s'en aller.
D'elle richement s'abille
S'agensant de mains, & d'yeus 3,
241-243. 7S-Sy Puis comme un aigle qui serre Un lièvre en ses pieds
donté En luy faisant perdre terre
249. 84-87 en tête Tierce pause.
1. Cf. Ovide, Met. VII, 704: Inviîumque rapit. — La comparaison de
lavar. vient de Virgile, En. IX, 563, ou d'Ovide, Mét.Yl, 516 et suiv.
2. Dans Ovide, l'Aurore enlève Céphale du vivant de Procris, et, dé-
daignée de lui, le renvoie à sa femme en le menaçant (Met. VII, 698-
713 ; Amores,\, xiii, 33 et suiv.). Ronsard suppose au contraire que l'en-
lèvement de Céphale est postérieur à la mort de Procris, et, suivant le
plus ancien mythe, que l'Aurore l'a gardé près d'elle (Hésiode, lloéog.
986; Euripide, Hippol. 451).
3. De même dans Ovide, Mercure soigne sa toilette comme un élégant
de Rome {Met. II, 732 et suiv.),
Ronsard y II. 10
146 ODES
255 Pour mener en point sa fille
A l'assemblée des Dieus %
Où Themis la grand prestresse 2,
Pleine d'un esprit ardant
La tirant hors de la presse
260 Lui dist en la regardant :
Bien qu'Inon soit ta compaigne 3,
Reçoi pourtant doucement
Ton mari, & ne dédaigne [133 r^]
Son mortel embrassement.
365 Ains que soit la lune entière
Dix fois, tu dois enfanter
Un qui donnera matière
Aus Poètes de chanter.
Le monde pour un tel homme
270 N'est pas assés spatieus,
Ses vertus reluiront comme
Les étoiles par les cieus.
Il passera de vitesse
Les lions, & nul soudart
2)6. ']8-8'] Au festin de tous les Dieux
1. Ronsard fait de Thétis une fille de Neptune, alors que les poètes
gréco-latins et les mythographes en font une fille de Nérée.
2. A partir de ce vers, toute la fin est une « contamination » de Pin-
dare {Isthm. vu, 31-60, prédiction de Tliémis dans l'assemblée des
Dieux), d'Ovide (Met. XI, 221 eisuiv., prédiction de Protée à Thétis en
personne et à l'écart, comme ici) et de Catulle (Noces de PéJée et de Thétis,
prédiction des Parques).
3. C.-à-d. : Bien que tu sois une divinité delà mer. — Ino, fille de
LIVRE IV, ODE XVI I47
275 Ne trompera la rudesse
De son homicide dard :
Pront à suivre comme foudre
Sa main au sang souillera
De Telephe, & en la poudre
Ses longs cheveus touillera '.
280
Et si fera voir encore,
Tant ses coups seront pesans,
Au noir enfant de l'Aurore ^
Les enfers davant ses ans :
Et après avoir de Troie
Le fort rampart abatu 3, [133 v°]
Ilion sera la proie
Des Grecs, & de sa vertu 4.
276-277. jo' a les deux points après foudre (sauf certains exemplaires)
279-280. S S -^7 ^^ Telephe & sur la poudre Mile Rois dépouillera
281. ^o-j^ encore sans ponct. (èd.suiv. corr.)
284. 71-S'/ devant ses ans
Cadmus, avait été changée en déesse marine par Neptune, sous le nom
de Leucothée (Ovide, Met. IV, 524 et suiv.). — Pour ces énigmes mj'-
thologiques, v. Ronsard p. lyr., p. 403 et suiv.
1. Pour ce mot^ cf. R. H.L. 1903, p. 88, n. 2. — Telephe, roi de
Mysie, fut seulement blessé au flanc par la lance d'Achille, puis guéri par
cette même lance (cf. ci-dessus Odes, II, xxvi, 6r et suiv.).
2. L'Ethiopien Memnon, fils de l'Aurore et de Tithon, d'après Hé-
siode. Cf. Pindare, Jsthm. vu, 54 ; Ném. vr, 39 ; Olymp, 11, 83 ; Ovide,
Méi. XIII, 578 et suiv.; Amores, I, xiii, 3.
3. Ce rempart de Troie est Hector (Homère, //. XXII, 431-435 et 507;
XXIV, 499 et 728-730).
4. La Thémis de Pindare prédit à Thétis que son fils Achille lui-même
mourra dans cette guerre ; celle de Ronsard s'en garde bien, comme le
Protée d'Ovide.
148 ODES
A RENÉ D'URVOI ^
Ode XVII
Je n'ai pas les mains apprises
Au métier muet de ceus,
Qjui font une image assise
Sus des piliers paresseuse.
Ma painture n'est pas mue 5
Mais vive, & par l'univers
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (IV, xvii) 1550; (xv)
1553 ; (xxi =. xxii) 1555. — Œuvres (Odes, IV, xxii), 1560, 1567, 1571,
1573 ; (xx) 1578; (xvii) 1584. — Supprimée en 1587. — Réimprimée
dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 465. — Recueil des Pièces
retranchées, 1609, 1617, 1623, 1630.
Blanchemain (t. II, p. 453) ; Marty-Laveaux (t. II, p. 341).
I. Toutes les anciennes éd. ont le pluriel. \ Bl. corrige la main apprise
5. Le texte des PR 161 y-2^ n'est pas nuë (et nue) est fautij.
1. Gentilhomme breton-angevin. Fils cadet de maitre Pierre Urvoy
sieur de la Brelaudière en Champtoceaux, de la Touche en la Boissière-
Saint-Florent, et de Fouillé près d'Ancenis, René Urvoy portait lui-
même le titre de sieur de la Rougelliére en Saint-Jean-des-Mauvrets,
terre qu'il tenait de sa mère, et qu'il vendit en 1550 à l'Hôtel-Dieu
d'Angers. Dans un document du 22 février 1539 (a. st.), il est qualifié
« maitre René Urvoy », preuve qu'à cette date il étudiait le droit à
Angers (Arch. dép. de Maine-et-Loire, G. 106, fF. 199-201). Voisin et
ami de Joachim du Bellay, il le suivit à Paris, devint élève du collège
de Goqueret où il connut Ronsard. Du Bellay lui adresse la troisième
pièce de ses Vers lyriques (éd. Ghamard, t. III des Œuvres, p. 11), et Ron-
sard, outre la pièce ci-dessus, le cite parmi les gais compagnons des
Bacchanales, ou. Folastrissime Voyage d'Hercueil, qui eut lieu en juillet 1549
avec le professeur Dorât (Bl. Vl, 361). Dans un document du 5 août
1553, il est qualifié « écuyer, sieur de la Rougelliére et de Fouillé »
(Arch. dép. de Maine-et-Loire, E. 4559). — Cf. A. Bourdeaut, Jeunesse
de Joachim du Bellay, p. 140 (Angers, Grassin, 1912. Extrait des Mémoires
de la Soc. nat. d'Agriculture, Sciences et Arts d'Angers ).
2. Imité de Pindare, Ném. v, début. Au reste les métaphores et les
mouvements des trois quatrains suivants sont également pindariques
(v. Ronsard p. lyr., p. 353 et suiv.).
3. Note marginale des éditions de 1578 et de 1584 : « Mue, muete,
LIVRE IV, ODE XVII I49
Guindée en Tair se remue
De sus Tengin de mes vers.
Aujourdui faut que j'ataigne
10 Au parfait de mon art beau,
Urvoi m*a dit que je paigne
Ses vertus en ce tableau.
Muses, ouvrez moi la porte
De vostre cabinet saint,
15 Affin que de là j'apporte
Les trais dont il sera paint. [134 r°]
Si ma boutique estoit riche '
De hanas, ou vaisseaus d'or,
Vers toi je ne seroi chiche
20 Des plus beaus de mon trésor.
Et si te seroie encore
D'une main large baillant,
Les trepiés dont Grèce honore
Le Capitaine vaillant.
8. $$-6'] De sur l'engin | yi-84 Dessus l'engin
9-12. ^8-84 Aujourd'huy faut que j'aveigne Des Muses les traits
pointus : Urvoi m'a dit que je peigne En ce tableau ses vertus
18. S ^-84 De vaisseaus labourés (7^-^4 tous massifs) d'or
21. y 8-84 Et si te serois
22. y ^-84 suppriment la virgule après baillant
23. ^$-84 Les pris {71-84 Le pris) dont la Grèce honore
vieil mot François ». On le trouve dans le Roman de la Rose, v. 2 116 et
2297.
I. A partir de ce vers, la pièce n'est qu'une paraphrase d'Horace, Can«.
IV, vni, déjà faite dans une ode A Charles de Pisseleu (ci-dessus Odes, II,
xvni) et plus tard reprise dans l'ode de 1565 à M. de Verdun : Si favois
un riche thresor(B\. II, 569). Et Ronsard oublie sa promesse de « pein-
dre les vertus » de son ami.
150 ODES
25 Mais je n*ai telle puissance,
Puis tu n'en as point besoin :
Ta contente sufisance
Les repousseroit bien loin.
Les vers sans plus t'ejouissent,
50 Mes vers donq je t'ofrirai,
Les vers seulement jouissent
Du droit que je te dirai.
Les Colonnes élevées,
Ne les marbres imprimés
3$ De grosses lettres gravées,
Ne les cuivres animés.
Ne font que les hommes vivent [134 v°]
En images contrefais.
Comme les vers qui les suivent
40 Pour témoins de leurs beaus fais.
Si la plume d'un Poëte
Ne favorisoit leur nom,
Leur vertu seroit muete.
Et sans langue leur renom.
45 Du grand Hector la mémoire
Fust ja morte, si les vers
N'eussent empané sa gloire
Voletant par l'univers.
26. 6J-84 Tu n'en as aussi besoing {et besoin)
33. S 5-^4 Ne {^8-84 Ny) les pointes élevées
34-36. ^8-84 Ny les marbres ...En grosses lettres ...Ny les cuivres
43-44. éy-y^ La vertu... le renom | '/8-84 La vertu... leur renom
LIVRE IV, ODE XVII I51
De mile autres l'excellence,
50 Et l'honneur est abatu ' :
Tousjours l'envieus silence
S'arme contre la vertu ^.
Les plumes doctes & rares
Jusque au ciel ont envoie
55 Araché des eaus avares
Achille presque noie 3.
C'est la Muse qui engarde
Les bons de ne mourir pas, [135 r^]
Et qui nos talons retarde
60 Pour ne dévaler là bas 4.
La Muse l'enfer défie,
Seule nous élevé aus cieus
Seule nous béatifie
Ennombrés aus rengs des Dieus>.
50. S)-84 fût {et fust) abatu
63-64. 6^-84 Seule nous donne la vie Et nous met aux rangs (7^-
au rang) des Dieux
1. Les vers 45 à 50 viennent d'Horace, Carm. IV, ix, 21-28, mais la
suite reprend l'imitation de l'ode horatienne précédente.
2. Horace, op. cit., 23-24: si taciturnitas obstaret meritis invida...
3. Allusion à un épisode de l'Iliade (ch. XXI). L'exemple d'Achille
remplace celui d'Eaque donné par Horace, op. cit., 25-27.
4. Horace, op. cit., 28 : Dignum laude virum Musa velat mori.
5. Ibid., 29 : CœloMusa beat (devise de Du Bellay; v. ci-dessus un
sonnet liminaire des Odes, t. I, p. 56, et l'éd. de ses Œuvres par Chamard,
t. I, pp. 6, 10, 124 ; t. III, pp. 54, 74, 149).
152 ODES
A SA MUSEï
Ode XVIII
Plus dur que fer, j'ai fini mon ouvrage,
Que l'an dispost à démener les pas,
Ne l'eau rongearde ou des frères la rage^
L'injuriant ne ruront point à bas 3 :
5 Quand ce viendra que mon dernier trespas
M'asouspira d'un somme dur, à l'heure
Sous le tumbeau tout Ronsard n'ira pas
Restant de lui la part qui est meilleure.
Tousjours tousjours, sans que jamais je meure
10 Je volerai tout vif par l'univers 4,
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (IV, xviii) 15 so; (xvi)
1553; (xxii = xxm) 1555. — Œuvres (OdQS, IV, xxiii) 1560; (V, xxxi)
1567 ; (V, XXX) 1571, I57Î ; (V, xxxvi) 1578, 1584 ; (V, xxxii) 1587;
1592-1630.
Blanchemain (t. II, p. 378) ; Marty-Laveaux (t. II, p. 462).
I. 84 Plus dur que fer j'ay finy cest ouvrage
3. S S '^4 Q-^^ l'eau rongearde
4. y8-84 Qui rompent tout, ne ru'ront point à bas.
1-4. 8y Plus dur que fer j'ay basty cet ouvrage, Qjie l'An qui roule
immortel en ses pas, Que l'eau, le vent, ou le brûlant orage De Jupiter,
ne ru'ront point à bas | Bl a mélangé les deux textes.
5. SS~7S Quand ce viendra que le dernier trespas j ^8-84 Le mesme
jour que le dernier trespas j 8y Quand l'ennemy des hommes, le trespas
6. 6o-8y asoupira (g^ assoupira) | ^o-Sy deux points après dur {éd. suiv.
corr. mais yi sans ponctuer^
7. 8j Sous le tombeau toutl'Autheur n'ira pas,
10. 8j Je voleray Cygne par l'Univers
1. Paraphrase de l'épilogue du livre III des Carmina d'Horace : Exegi
monumentum. . . Voir aussi la fin des Métamorphoses d'Ovide. — Cf.
Ronsard p. lyr., -p. 368.
2. Castor et Pollux, « fratres Helenae » (cf. Horace, Car m. I, m, 2).
3. Cf. ci-dessus Odes, I, ix, 61-64.
4. Cf. Horace, Carm. II, xx, 1-8, et ci-après Bocage, xiv, 47.
LIVRE IV, ODE XVIII I53
Eternizant les champs où je demeure
De mon renom engressés & couvers :
Pour avoir joint les deus harpeurs divers '
Au dous babil de ma lire d'ivoire, [135 v°]
15 Se connoissans Vandomois par mes vers.
Sus donque Muse emporte au ciel la gloire
Que j'ai gaignée annonçant la victoire
Dont à bon droit je me voi jouissant,
Et de ton fils consacre la mémoire
20 Serrant son front d'un laurier verdissant ^.
FIN DU QUATRIEME LIVRE DES ODES
DE PIERRE DE RONSARD VANDOMOIS
SQS '0 TÉPIIANAPOS 3.
12. JJ-éo De mes lauriers & de mon nom (60 fatalement) couvers |
67-^7 De mes lauriers honorez & couvers
15. ^^-84 Q.ui se sont fais | 8y Que j'ay rendus
19. 67-^4 Et de Ronsard | 8y Et de mon nom
20. 6^-84 Ornant mon front {71-84 son front) | 87 Serrant mon front
I yo d'un l'aurier (corr . aux errata)
Devise grecque . On la retrouve à la fin de l'Ode de la Paix en ij^o et
ISS^- — SS~^7 ^'^ suppriment, maii jj la remplace ici par ce distique de
Properce :
At mihi quod vivo detraxerat invida turba
Post obitum duplici fœnore reddet opus.
1. Pindare et Horace. Cf. ci-dessus Oi«, I, ix, 16, et suiv. et xx, 31.
2. Bien qu'aucune édition ne présente cette ode isométrique sous
une forme strophique, ni par des blancs, ni par des alinéas, elle se com-
pose en réalité de quatrains enchaînés par la rime finale. Sur ce rythme,
antérieur à Ronsard ainsi que maint autre, v. R. H. L. 1903, p. 88, n. 5.
3. Anagramme de Pierre de Ronsard, déjà vue ci-dessus, au titre des
Quatre premiers livres des Odes. Pour sa signification, v. ci-après Brève
exposition, début. — Quant au distique qui la remplaça en 1555, il a été
singulièrement démenti par l'injuste disgrâce de Ronsard pendant plus
de deux siècles.
LE BOCAGE^ [136 1-]
I
AVANTENTRÉE DU ROI TRESCRESTIEN A PARIS,
l'an 1549.
(Voir ci-dessus les [Premières Poésies], t. I, p. 17.)
II
A SON LUC^
Si autrefois sous l'ombre de Gâtine
Avons joué quelque chanson Latine
N. B. — Les pièces du Bocage ne sont pas numérotées. Nous avons
cru devoir les numéroter pour faciliter les références.
Éditions. — Bocage de 1550. — Bocage de 1554 (f°4î r°)et réimpr. de
Rouen, 1557 (f° 44 v°). — (Étivres (Odes, II, xxx) 1560; (xxx = xxvii)
1567, 1571, 1573. — Supprimée en 1578. — Réimprimée dans l'éd. lyon-
naise de 1592, Œuvres, t. II, p. 467. — Recueil des Pièces retranchées,
1609-1630.
Blanchemain (t. II, p. 394) ; Marty-Laveaux (t. VI, p. 57).
Titre. 67 A son Luth | 71-7^ A son Lut
1. ^0-60 Gatine (corr. aux errata de jo)
2. ^2 J'ay fredonné quelque chanson (texte de fantaisie)
1 . Sur ce recueil de pièces irréguliéres, imprimé en appendice des
Quatre premiers livres des Odes de 1550, voir R. H. L. 1899, p. 36 et suiv. ;
1903, pp. 89, 256 et suiv., et mon Ronsard p. /jr., p. 34-39. Cf. ci-dessus,
I'* préface des Odes, 1. 35-40. Le poète, dit H. Chamard, « les a reléguées
à la fin de son volume, comme des ébauches dont on n'est pas très
satisfait et qu'on ne veut pourtant pas désavouer. » Cela est si vrai que
Ronsard, tout en intitulant ce recueil Bocage et répétant ce mot en tête
du verso des feuillets, a néanmoins laissé imprimer Livre V en titre
courant au recto des mêmes feuillets (f" 156 v° à 1S7 v°), — ce qui ne
l'empêcha pas de publier en 1552 un Cinquième livre des Odes, qui ne
contient aucune des pièces de ce primitif Livre V. — Ce titre de Bocage
correspondait dans l'esprit de Ronsard à celui de Silvae, donné par Stace
à son recueil de poésies mêlées (cf. les Selve de Laurent de Médicis, les
5^/t'<r d'Alamanni et les Sylvae de J. Second). — Rappelons, d'ailleurs,
pour réagir contre une erreur persistante, que, sauf le titre, ce Bocage
de 1550 et celui de 1554 n'ont aucun rapport, ni pour les sujets traités,
ni pour la forme rythmique, avec \q Bocage royal, qui ne fut constitué que
dans l'édition de 1584.
2. On lit en tête de cette pièce, dans les éditions collectives de 1560 a
156 BOCAGE
D'Amarille énamouré,
Sus, maintenant Luc doré,
5 Sus l'honneur mien, dont la vois délectable
Sçait rejouir les Princes à leur table,
Change ton stile, & me sois
Sonnant un chant en François'.
Tes nettes & saintes cordes
10 Ne seront par moi polues
De chansons salles & ordes
D'un tas d'amours dissolues ^ :
3. S4~73 ^^ Cassandre énamouré
4. 60-j^ Lut {et Luth) doré
6. S^~57 table sans virgule \ 60-y^ les Princes à la table
7-8. 60-y^ Change ton stile (àj-j^ de forme) & me sois Maintenant
un Lut François
9-1 1. S4'73 J^ t'asseure que tes cordes Par moi ne seront polues De
chansons salement ordes
1573, la note que voici : a Cette Ode est la première que l'Auteur ait
{6j-y^ a) jamais composée : Et celle qu'il adresse à Jaques Peletier. Celle
(sic) de Gaspar d'Auvergne, et de Maclou de la Haye. Et la prie[re]à Dieu
pour la famine. Aussi ne sont-elles pas mesurées, ny propre[s] à chanter. »
L'édition de 1578, n'ayant conservé que deux de ces odes (à Maclou de
la Haye et à Peletier), transforma cette note ainsi : « Odes non mesurées,
ny propres à chanter. Aussi sont-ce les premières que fist jamais l'Autheur,
l'an mil cinq cens quarante. » — Ces deux notes sont contradictoires, et
la date même donnée par la deuxième est contredite par une déclaration
de la i'^' préface des Odes d'après laquelle Ronsard aurait commencé à
écrire en français des odes horatiennes « des le même tens que Cl. Marot
se travailloit à la poursuite de son Psautier », c.-à-d. de 1541 à 1543.
1. Ce début — d'ailleurs imité d'Horace, Carm. I, xxxii, 1-4 —
prouve assez que l'ode A son lue fut bien composée la première des
œuvres françaises de Ronsard. Nous y voyons en outre qu'il s'était
d'abord essayé dans l'ode latine; il a reconnu lui-même l'insuccès de
cette tentative, dans un passage du poème A P. Lescot : Je fu première-
ment curieux du Latin . . , (éd. Bl. VI, 191 ; M.-L. V, 177 ; cf. R. H.L.
1899, p. 34 ; Ronsard p. lyr. p. 16 et suiv. ; éd. crit. de la Vie de Ronsard,
p. 234).
2. C'est à peu près ce que disait Cl. Mîirot Aux dames de France à pro-
pos de ses Psaumes (éd. Jannet, t, IV, p. 64). Ronsard n'a pas toujours
tenu sa promesse (v. Ronsard p. lyr., p. 105).
BOCAGE, II 157
Je ne chanterai les Princes,
Ne le soin de leurs provinces,
15 Ni moins la nau que prépare [139 r»]
Le marchant las ! trop avare
Pour aller d'elle chercher
En la mer rouge les pierres.
Voire aus plus lointaines terres
20 Jusqu'au cueur de leur rocher ^
Tandis qu'en l'air je soufflerai ma vie,
Sonner Phebus j'aurai tousjours envie,
Et ses compaignes aussi 2,
Pour leur rendre un grand merci
25 De m'avoir fait Poëte de nature,
Idolâtrant la musique, & peinture,
Prestre saint de leurs chansons
Qui accordent à tes sons 3.
L'enfant que Tamie muse
30 Naissant d'œil bénin a veu,
Et de sa science infuse
14. 75 Ni le soin
15. S4'7^ ^i moins la nef
16. yo (las trop) (éd. suiv. corr.)
17. jo virg. après chercher (éd. suiv. corr.)
17-20. J4-7J Pour aller après ramer Jusqu'aus plus lointaines terres
Peschant ne sçai quelles pierres Au bord de l'Indique mer
21, jo que'n l'air {éd. suiv. corr.)
26-27. S 4-7^ Aime-musique ensemble aime-peinture, Et Prestre de
leurs chansons
29. ^"4-75 L'enfant que la douce Muse
1. Cf. Horace, Carm. I, i, 15-18; Epist. I, i, 45-48; Virgile, Gèorg. II,
495-507.
2. Cf. Virgile, G^'or^. II, 475-476 ; III, lo-ii.
3. Sur le goût de Ronsard pour les arts, cf. Chamard, Joachim du
Bellay, p. 86.
158 BOCAGE
Son jeune esprit a pourveu,
Tousjours en sa fantaisie
Ardera de poésie
35 Sans prétendre un autre bien :
Encor qu'il combatit bien,
Jamais les Muses peureuses
Ne voudront le premier ^
De laurier, fust il premier [139 yo]
40 Aus guerres victorieuses 2.
La poésie est un feu consumant
Par grand ardeur l'esprit de son amant.
Esprit que jamais ne laisse
En repos tant elle presse.
45 Voila pourquoi le ministre des dieus
Vit sans grands biens, d'autant qu'il aime mieus
Abonder d'inventions
Que de grands possessions 3.
Mais Dieu juste qui dispense
50 Tout en tous, les fait chanter
33-34. S4'7S Tousjours en safantasie Bruslera de poésie
35-36. jo virg. après autre bien et un point après combatit bien (^éd.
stiiv. corr.)
57. jo les muses peureuses | S4-7S ^^s Muses peureuses
38. jo le premier {éd. sutv. corr.)
44. 71-7^1 PR i6o()-i6)o, ML tant el'le presse {1617 ell' le presse)
1 . De praemiare, récompenser. Ce mol est antérieur à Ronsard. On
le trouve dans Cl. Marot (éd. Jannet, t. I, p. 251), dans J. Bouchet (Epi-
taphes, éd. de 1545, f° 83 r°). Cf. R. H. L., 1894, p. 107.
2. Cf. Horace, Carm. IV, m, 1-12. Repris dans l'ode A sa lyre (ci-des-
sus Odes, I, xx).
3. Cf. Cicéron, Pro Archia poeta, passim ; Horace, Carm. I, xxxi ;
II, XVI ; XVIII, 1.14; III, I, fin; xvi, passim.
BOCAGE, II 1^9
Le futur en recompense
Pour le monde épovanter.
Ce sont les seuls interprètes
Des vrais Dieus que les poètes ^ :
Car aus prières qu'ils font
L'or âus Dieus criant ne sont,
Ni la richesse qui passe :
Mais un lue tousjours parlant
L'art des Muses excellant
Pour dessus leur rendre grâce ^.
Que dirons nous de la musique sainte ?
Si quelque amante en a l'oreille attainte [140 r»]
Lente en lermes goutte à goutte
Fondra sa douce ame toute,
Tant la douceur d'une armonie éveille
D'un cueur ardant l'amitié qui someille.
Au vif lui représentant
Son tout, par ce qu'elle entent 3.
52. J1-7) espouventer | PR i6op-i6^o espouvanter
54. J4-75 Des haus Dieus
61. jo virgule après sainte (éd. suiv. corr).
63. S4'73 Lente en larmes
64. 60-y^ Fondra sa chère ame toute
68. S4-7} L'aimé, par ce qu'elle entent
1. Horace, Ep. od Pisones, 391 (sacer interpresque Deorum). Ronsard
a souvent repris cette idée que les poètes sont des prophètes, des « mi-
nistres )) et « interprètes » des Dieux (v. ci-dessus Odes, I, xvi, et Ron-
sard p. lyr., p. 539 et suiv.).
2. Cf. Horace, Carm. I, xxxi. Ici Ronsard résume l'ode horatienne.
Plus tard, il la développera, dans l'ode de 1560 Gaspar qui loin de Pegas
(Bl. II, 253).
3. Pour cette strophe et la suivante, v. Chamard, op. cit., p. 87. Cf.
R. H. L., 1900, p. 341, art. de Ch. Comte et P. Laumonier : Ronsard et
les musiciens du xvi' siècle.
I 60 BOCAGE
La nature, de tout mère,
70 Prevoiant que nostre vie
Sans plaisir seroit amere,
D'inventer elle eut envie
La musique, & l'inventant
Alla ses fils contentant
75 Par le son, qui loin nous gette
L'ennui de l'ame sujette,
Pour l'ennui mesme douter :
Ce que l'Emeraude fine
Ni l'or tiré de sa mine
80 N'ont la puissance d'outer.
Sus Muses sus, célébrez moi le nom
Du grand Apelle immortel de renom,
Et de Zeuze qui paignoit
Si au vif, qu'il contraignoit
8$ L'esprit ravi du pensif regardant
A s'oublier soi mesmes, ce pendant
Que l'œil humoit à longs trais [140 v°]
La douceur de leurs portrais.
C'est un céleste présent
90 Transmis çà bas où nous sommes.
Qui règne encor à présent
Pour lever en haut les hommes :
Car ainsi que Dieu a fait
De rien le monde parfait.
72-75. S4'7S ^^ ^^ Musique eut envie, Et ses acords inventant
81. jo Sus muses (éd. suiv. corr.)
83. 71-7^ Et de Zeuxe
88. S4'7S La douceur de ses portrais
91. S4~7S ^^ terrestre faix exent
BOCAGE, II 16 l
95 II veut qu'en petite espace
Le paintre ingenieus face
(Alors qu'il est agité)
Sans avoir nulle matière
L'aer, la mer, la terre entière,
00 Instrument de deité ^ .
On dit, celui qui r'anima les terres
Vides de gens par le gét de ses pierres
(Origine de la rude
Et grossière multitude)
05 Avoir aussi des diamans semé
Dont tel ouvrier fut portrait & formé,
Son esprit faisant connoistre
L'origine de son estre ^.
Dieus ! de quelle oblation
10 Aquiter vers vous me puis-je, [141 r^]
Pour rémunération
Du bien receu qui m'oblige ?
Certes je suis glorieus
97. jo pas de parenthèses , mais virgule après agité (éd. suiv.corr.)
99. 57 L'aer | 6o-6y par erreur L'aër | 71-75 L'air | Ce vers manque
dans Bl.
loi. S4'l) ^^ "^i^» 1^^ <^il l^^i r'anima les terres
105. PR i6og-i6jo, Bl, ML Avoit aussi
106. S4'73 Dont tel ouvrier fut vivement formé
109. jo Dieus sans ponct. {éd. suiv. corr.)
1. Ovide, Ars amat. III, 549 : Est deus in nobis, agitante calescimus
illo. Cf. ci-dessus Odes, II, 11, 31-34.
2. Mythe de Deucalion (Ovide, Met. I, 390-415). L'idée vient de Pla-
ton, Rép. III, vi; cf. l'ode de 1552 A Robert de la Haye, début (Bl. II,
332), et le poème de 1559 : Nous ne sommes pas nés de la dure semence,
début (Bl. VI, 234).
Ronsard, II. it
l62 BOCAGE
D'estre ainsi ami des Dieus,
ii<; Lesquels m'ont fait recevoir
Le meilleur de leur sçavoir
Pour me paistre, & m'en nourrir ^
Et d'eus mon lue tu t'attens
Vivre çà bas en tout tens,
I20 Non de moi qui doi mourir.
O de Phebus la gloire, & le trophée,
De qui jadis le Thracien Orphée
Faisoit arrester les vens,
Et courre les bois suivens,
125 Je te salue, ô lue armonieus
Raclant de moi tout le soin enuieus
Et de mes amours trenchantes
Les peines, lors que tu chantes ^.
115. 6y-y^ Qui seuls m'ont fait recevoir
117. 54-7^ Pour mes passions guarir
118. 6o-y^ Et d'eux mon Lut tu attens
119. j^otens sans ponct. (éd. suiv. corr.)
124. S4~7S Et courir les bois suivens (g/ suyvans)
125. 6y ô Luth armonieux | 71-7^ à Lut harmonieux
126. S4'73 soin ennuieus
1. Cf. Horace, Carm. IV, vi, 29-30 : Spiritum Phœbus mihi, Phœ-
bus artem Carminis nomenque dédit poëtae..., et, dans la strophe finale,
l'expression « Dis amicum » appliquée au chant du poète latin.
2. Cette strophe est une « contamination » de deux passages dHorace:
Carm. I, xxxii, 13-15 et xii, 5-12.
BOCAGE, III 163
III
A CASSANDRE ^
Si cet enfant qui erre
Vagabond par la terre
Avecques le carquois
Frère de l'arc turquois, [141 \°]
5 Arc qui me point & mord,
Avoit son flambeau mort
Allumé dans l'aleine
Du Géant, qui à peine
Tient le mont envoie
10 Sur son dos foudroie ^,
Et m'en eust en dormant
Bruslé le cueur amant.
Comme (flamme indiscrète)
A la Roine de Crète 3,
15 Encor ne m'auroit tant
Bruslé, sa flamme étant
Éditions. — Bocage de 1550. — Supprimée des recueils suivants. —
Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 471. —
Recueil des Pièces retranchées, 1609-16 30.
Blanchemain (t. II, p, 463); Marty-Laveaux (t, VI, p. 115).
5 . yo'* mord et un point interrog. \ jo^ mord et un point (éd. suiv, corr.)
6. yo, ()2, PR 160^-16^0 mort et une virgule {Bl, ML corr.)
14. jo, Ç2 Crète et un point {éd. suiv. corr.)
1. Voir ci-dessus 0^«, II, v, note i. Si cette déclaration d'amour a
vraiment été composée pour Cassandre Salviati, elle ne peut remonter
au delà du 21 avril 1545, date de leur première rencontre.
2. Encelade, d'après les uns, Typhée, d'après les autres, enseveli
sous l'Etna par Jupiter (v. ci-dessus Odes, IV, iv, 40).
3. Pasiphaé, amoureuse d'un taureau (v. ci-dessus Odes, III, xix, fin).
I 64 BOCAGE
Reprise en son flambeau,
Qjae ton visage beau,
Que ta bouche qui semble
20 Roses, & lis ensemble %
Que tes noirs yeus lascifs.
Armés d'archiers sourcis,
Qui mille flèches tirent
Dans les miens, qui se mirent
25 En ta face ô pucelle ^,
Me plaisant plus que celle
Qui dédaignant Tithon,
Au matin la voit-on
Paindre de mille roses
30 Ses barrières decloses 3. [142 r°J
27. PR i6og-iy, 16^0 Q.ue desdaignant (PRi62^,Bl, ML corr.)
28. PR i6op-i6^o, Bl, ML Au matin le voit-on {texte fautif)
1. Salmon Macrin avait déjà dit que les flammes du Vésuve ou de
l'Etna étaient moins brûlantes que celles qui le consumaient {Carm.
IV, Ad Gelonidem, éd. de 1530, f° 73). — Voir la parodie de cette hyper-
bole dans les Visionnaires de Desmarets de Saint-Sorlin (acte II, se. 6).
2. Cf. Salmon Macnn, Carm. II, Ad Gelonidem, éd. de 1530, f° 28:
Stellatos oculos, puella, pande, Et supercilii nigrantis arcum...; et
Pétrarque, canzones vi, vu et viii (sur les yeux de Laure).
3. L'Aurore, épouse du vieux Tithon (v. ci-dessus Odes, III, v, 1 1-15 ;
IV, XVI, 2' pose).
BOCAGE, IV 165
IV
D'UN ROSSIGNOL ABUSÉ '
En Mai, lors que les rivières
Desenflent leurs ondes fieres
De la nége de l'iver ^,
Et que l'on voit arriver
5 Le beau signe qui r'assemble
Les amoureus joints ensemble 5 :
Duquel la clarté naissant.
Sur un bateau périssant,
Le vent se couche, & la mer
10 Rengorge son flot amer,
Le marinier soucieus
Prenant un front plus joieus 4.
Donc, au retour de ce tens
Que tout rit sous le printens,
I) Le rossignol passager
Estoit venu r'assieger
Sa forteresse ramée.
Éditions. — Bocage de 1550. — Supprimée des recueils suivants.
— Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres^ t. II, p. 472.
Recueil des Pièces retranchées, 1609-1650.
Blanchemain (t. II, p. 466); Marty-Laveaux (t. VI, p. 118).
12. Toutes les éditions ont un point après joieus
15. jo, 92, PR 1609-16)0 virg. après passager (jB/, ML corr.)
1. C'est le thème médiéval du « rossignolet », mais tout transforme
et rehaussé par les emprunts aux poètes de l'antiquité païenne.
2. Cf. Virgile, Géorg. I, 45-44 : Vere novo, gelidus canis cum monti-
bus humor Liquitur, et Zephiro putris se gleba resolvit. . .
3. Signe du zodiaque où brillent Castor et Pollux (les Gémeaux) ; le
soleil le traverse du 20 mai au 20 juin.
4. Cf. Horace, Carm. I, xii, 27 et suiv. : quorum simul alba nantis...
l66 BOCAGE
De son caquet animée :
Là, soit qu'il voulust chanter
20 Amour, ou le lamanter,
S'assit, si l'antiquité
Chenue dit vérité \ [142 v^]
Sur un buis, dont s'écartoit
Un ruisseau qui cler partoit,
25 Chantant de vois si sereine,
Si gaie, si souveraine.
Que les chênes bien oiants,
Et les pins en bas ploiants
Leurs oreilles pour l'ouir
30 S'en voulurent réjouir ^.
Cette nimphe sonoreuse.
Du fier enfant amoureuse 3,
Jusqu'au ciel le chant rapporte,
Redoublant la vois, de sorte
35 Que les rochiers d'eaus lavés,
Et leurs pies d'elles caves.
Le ciel feirent assés seur 4
De la champestre douceur.
Mais lui qui écoute un son
40 Tout semblable à sa chanson,
Puis voiant son ombre vaine
31. /o, p2, PR i6op-i6^o, Bl, ML sonoreuse sans pond.
36. PR 160^-16)0, Bl, ML d'elle cavez (texte fautif)
1. Cf. Virgile, En. IX, 79 : Prisca fides facto, sed fama perennis ,
Ovide, Met. I, 400 : Quis hoccredat, nisi sit pro teste vetustas ?
2. Cf. Horace, Carm. I, xii, 11-12 ; et ci-dessus Odes, II, xxiii, 21-24 5
III, XXV, 9.
5. La nymphe Echo, éprise de Narcisse (Ovide, AfcV. III, 350-400).
4. C.-à-d. informèrent le ciel (latinisme :ca;lum fecerunt certius)
BOCAGE, IV 167
Remirée en la fontaine,
Pense que son ombre étoit
Un oiseau qui mieus chantoit.
45 Amour de gloire obstinée
Avec toute beste est née :
Voulant demeurer le maistre
Et de soi le vaincueur estre, [143 r°]
Plus haut que davant il sonne,
50 Plus haut le bois en resonne.
Il dit, & chante comment
Il fut témoin du torment
Que la jalouse receut
Sous faint nom qui la deceut ^ :
5) Et comme le chevalier
Au javelot singulier
Se pâma desus la face
Que déjà la miOrt efface ^,
Appellant plustost les Dieus,
60 Et les astres odieus 3,
Plustost avecque grands cris
Comblant l'air de sa Procris,
Dépitoit le nom semblable,
Et le vent du fait coulpable 4.
42. PR i6iy-2^, Bl, ML en sa. fontaine (texte fautif)
46. PR i6op-i6^o, Bl, ML Avec toute beste née{id.). Toutes les éd.
ont d'ailleurs une virgule après née
49. 92, PR i6op-i6^o, Bl, ML que devant
59' jo, 92 plus tost (éd. suiv. corr.)
1. Procris, trompée par le mot « aura » que prononça son mari.
2. Céphale, meurtrier involontaire de sa femme Procris (Ov. Met. VII,
685-862).
3. Cf. Virgile, Buc.v, 23 : Atquedeos atque astravocat crudelia mater.
4. Le mot « aura » pris par Procris pour le nom d'une rivale.
l68 BOCAGE
65 II vouloit encore dire
De Clitie le martire %
Lors que les nimphes des bois
D'aise ne tenans leurs vois,
A se mocquer commencèrent
70 Et le mocquant l'ofFencerent :
Lui, qui a bien aperceu.
Les oiant, qu'il est deceu,
Taignit, tant ire le donte, [143 v°]
Ses joues d'honeste honte,
75 Si que rompant vite en l'air
Le vide par son voler.
Tellement se disparut
Qu'onques puis il n'apparut ^.
Qui est mieus semblable à toi
80 Petit rossignol que moi 3 ?
Tous deus des nimphes ensemble
Sommes trompés ce me semble,
Toi de ton chant, moi du mien,
Ainsi nous nuit nostre bien.
85 Car vers, ne chansons écrites.
Ne rimes tant soient bien dites,
N'ont rompu la cruauté
D'une, de qui la beauté
Me lime jusques au font
71. jo, Ç2, PR i6op-i6^o, ML sans ponctuation {Bl. corr.)
73. jo, 92, PR 160^-1 y, 16^0 sans ponctuation {PR 162^, Bl, MLcorr .)
76. /o, 92, PR i6oç-iy, 16^0 voler : (PR 162 j^ Bl, ML corr.)
1. Amante malheureuse d'Apollon (Ovide, Me7. IV, 234-270).
2. Il y a aussi un rossignol qui se lamente de son amour, puis est
tour à tour consolé et raillé par un passereau, une alouette, une linotte
et un bruyant, dans VArcadia de Sannazar (trad. de J. Martin, 1544,
f° 59 r°).
3. Rapprocher le sonnet de 1555 : Rossignol, mon mignon (Bl. I, 410).
BOCAGE, V 169
90 Le cueur qui en flammes fond ^
Mais ô déesse dorée
Des beaus amans adorée :
Livre la moi quelque jour
Dedans un lit à séjour,
95 Affin qu'eir me baise, & touche,
Qu'eir me mette dans la bouche.
Je ne scai quoi, dont envie
Ait dépit toute sa vie :
Qu'eir me serre, qu'ell' m'enchéne
100 (Comme un l'hierre le chêne, [144 r°j
Ou la vigne les ormeaus)
Mon col, de ses braz jumeaus ^.
V
A GASPAR D'AUVERGNE 3
Soion constants, & ne prenon souci.
Quel jour suivant poussera cetui-ci,
95. jo, 92, PR lôo^-iy touche sans pond. {éd. suiv. corr.)
96. jo Qu'el' me mette (éd. suiv. corr.)
Éditions. — Bocage de 1550. — Bocage de 1554 (f° 45 v°) el réimpr.
de Rouen, 1557 (S° 47 ^°)' — Œuvres (Odes, II, xxxi) 1560 ; (xxxi =r
xxix) 1567, 1571, 1573. — Supprimée en 1578. — Réimprimée dans l'éd.
lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 476. — Recueil des Pièces retranchées
1 609-1630.
Blanchemain (t. II, p. 398); Marty-Laveaux (t. VI, p. 61).
Titre. 6o-y^ sans dédicace ; mais la pièce est qualifiée Ode, avec la mention
Non mesurée
1. On peut penser qu'il s'agit de Cassandre (v. ci-après, n° x, fin).
2. Cette prière à Vénus rappelle Horace, Carm. I, xxx et xxxvi, fin ;
Catulle, II, fin, et v, fin, combinés ; J. Second, Basia, 11, début. — Cf.
Ronsard p. lyr., p. 509.
3. Gaspar d'Auvergne, ou Dauvergne, était originaire de Limoges. Il
lyO BOCAGE
Getton au vent, mon Gaspar, tout l'affaire
Dont nous n'avons que faire ^
5 Pourquoi m'irai-je enquerre des Tartares,
Ou des païs étranges, & barbares,
Quant à grand peine ai-je la connoissance
Du lieu de ma naissance ^ ?
A propos, l'ignorant
lo Va tousjours discourant
Le ciel plus haut que lui :
Las ! malheur sur les hommes.
Nés certes nous ne sommes
Que pour nous faire ennui.
15 C'est se mocquer de genner & de poindre
Le bas esprit des hommes, qui est moindre
Que les conseils de Dieu, ou de penser [144 v^]
Sa volunté passer ?.
5. jo \ent sans ponct . {éd. suiv.corr.)
4-5. Toutes les anciennes éditions (sauf ^f) divisent ainsi cette ode en deux
quatrains suivis d'un diiain.
5-6. 54-7) Pourquoi m'irai-je enquérir des Tartares Et des païs
9-1 1. /4-7J Volontiers, l'ignorant Va tousjours s'enquerant Du ciel
12. jo Lâs sans pond. (éd. suiv. corr.)
13. jo Nais certes (corr. aux errata) | ôy-';^^ Nais au monde ne sommes
est l'auteur d'une traduction en prose du Prince de Machiavel, publiée à
Poitiers chez Marnef en avril 1553 (privil. de mars 1547, a. st.), avec
pièces liminaires de deux autres Limousins, l'humaniste M. -A. Muret et
l'avocat royal Jean Maledan (Maludanus). Lors de cette publication, il
était lui-même « avocat au duché de Chastelleraut » (cf. Ronsard p. lyr.,
p. 38, n. i).
1. Cette strophe est faite de trois souvenirs d'Horace : Carnt. II,
iri, début (iEquam mémento servare mentem) ; I, ix, 13 (Quid sit futu-
rum cras fuge quaerere) ; I, xxv, début (tristitiam et metus tradam pro-
tervis ventis).
2. Horace, Carm, II, xi, 1-5 : Quid bellicosus Cantaber et Scythes. . .
3. Ihid., 11-12 : quid aeternis minorem consiliis animum fatigas?
BOCAGE, V jyi
Tousjours en lui metton nostre espérance,
20 Et en son fils nostre ferme asseurance,
Quant à la reste alon avec le tens
Heureusement contens.
A l'homme qui est né,
Peu de tens est donné
25 Pour se rire, & s'ébatre.
Nous l'avons, ce pendant
Que vas tu attendant,
Un bon jour en vaut quatre '.
Soit que le ciel de foudres nous dépite,
50 Ou que la terre en bas se précipite,
Soit que la nuit devienne jour qui luit.
Et le jour soit la nuit,
Je n'en aurai jamais fraieur, ne crainte,
Comme assuré, que la pensée sainte
55 De l'Eternel gouverne en équité
Ce monde limité.
19. J4-7J fichon nostre espérance
21. S4'7S A'-^ demeurant, alon avec le tans (e/ temps)
25. jo & se batre (éd. suiv. corr.)
27. S4-7S Qu'alons nous attendant (71-73 un point interrog.)
29. ^o virgule après ciel {éd. suiv. corr .)
32. S4~73 Soit 1^^ ^^ ]'^^^ ^°it "^it I S^'T^ un point après nuit (73 corr.)
53. 67-73 Jamais de rien n'auray frayeur ne crainte
55. J0-/4 De l'éternel (éd. suiv. corr.)
I. Horace, Carin. I, ix, 9-18 : Permitte divis caetera, . . et II, xi, 5-17
Mélange d'inspiration chrétienne et d'éléments horatiens (cf. Ronsard p ,
lyr., p. 566-567).
172 BOCAGE
Le seigneur de là haut
Connoist ce qu'il nous faut [145 r^]
Mieus que nous tous ensemble :
40 Sans nul égard d'aucun,
Il départ à chacun
Tout ce que bon lui semble ^
Je t'apprendrai, si tu veus m'écouter 2,
Comment l'ennui mordant se peut outer,
45 Et tout ce qu'a la tristesse avec elle,
D'importune séquelle.
Tu ne seras convoiteus d'amasser
Cela de quoi tu te peus bien passer,
Comme trésors, honneurs, & avarices,
so Ecolles de tous vices.
Car c'est plus de refraindre
Son désir, que de joindre
L'Ourse 3 au midi ardent.
Ou l'Auvergne pierreuse
37-41. jo virg. après haute/ ensemble et chacun (éd. suiv. corr.)
57-42. 6y-j^ guillcmettent cette strophe.
43. $0-']^ écouter sans porict. (éd. suiv. corr.)
44-45. S4'7^ Comment l'ennui d'un cœur se peut outer Et ce que (yi-
7_j qui par erreur) tient la tristesse cruelle
47. ^o-yi virg. après amasser (éd. suiv. corr.) \ 71-7^ Le bien que
(pour qui) doit si vilement passer
S 3- 54. jo virg. après Ourse et pierreuse (éd. suiv, corr.) \ J4 Ou
l'Ecosse pierreuse | 60-y^ L'Ecosse sablonneuse
1. Ces trois strophes développent sur le ton chrétien l'idée épicu-
rienne d'Horace.
2. Souvenir d'Horace, E/îV/. I, i, 39-48. Au reste, tous les vers qui
suivent jusqu'au vers 84 sont une paraphrase de l'ode d'Horace à Lici-
nius(n, x).
3. Equivalent du latin Arctos, qui désigne dans Lucain et Claudien
les régions du Nord. Cf. Du Bellay, Œuvres, éd. Chamard, t. III, p. 52,
V. 33.
BOCAGE, V 173
55 A l'Arabie heureuse,
Ou l'Inde à TOccident.
Tu dois encor éviter ce me semble
Faveur des Rois, & des peuples ensemble :
De ces mignons, tousjours quelque tempeste [145 v°]
60 Vient foudroier la teste.
Ce n'est pas tout;, avecques providence
Fai un ami, dont l'heureuse prudence
Te servira de secours nécessaire
Contre l'heure aversaire.
6> Ton cueur bien préparé,
De force r'emparé
En la fortune averse
Patience prendra :
En la bonne, craindra
70 Que Theur ne le renverse.
Apres l'iver, la saison variable
Pousse en avant le printens amiable :
Si aujourdhui nous sommes soucieus,
Demain nous serons mieus.
75 Tousjours de l'arc l'iré Phebus ne tire,
Pour envoler aus Grecs peste, & martire,
58. S4'7S Faveurs des Rois | /0-71 vtrg. après ensemble (y) coir.)
59. S4~7? ^^ leurs mignons | jo virg. après tempeste (éd. suiv. corr.)
62. S4~7) Fais un amy
64. 7/-7J Contre l'heur adversaire (6y leur par erreur)
66. S4~73 remparé
72. S4~7S Pousse à son rang le printans amiable
75~7^' JO "^^' ^^ '^'■^i' ^pfès arc (éd. suiv. corr.) \ J4-y^ Tousjours de
l'arc Apollon ne moleste Le camp des Grecs pour leur tirer la peste
174 BOCAGE
Aucunefois tout paisible, réveille
La harpe qui sommeille.
En orage outrageus
80 Tu seras courageus, [146 r°]
Puis si bon vent te sort,
Tes voiles trop enflées,
De la faveur souflées,
Conduiras, sage, au port.
85 Apres avoir prié, devotieus.
Les deus jumeaus qui décorent les cieus,
Desquels le feu flamboira sur ta teste
Vaincueur de la tempeste :
L'un escrimeur en vers tu décriras,
90 L'autre donteur des chevaus tu diras,
Ou pour leur seur le combat merveilleus
Des deus Rois orgueilleus ^
77. jo Acnnefois (éd. s uiv. cor r.) | j'^-éo il reveille | 6j-j^ texte primitij
78. ^4-y^ Sa harpe qui sommeille
82. S^~73 Q^^écs sans pond. (PR i6iy, Bl corr.)
87-88. jo virg. après feu | ^4-J^ De toujours luire au fort de la tem-
peste Sur le haut de ta teste (Pi? 160^-16^0, Bl, ML la teste texte fau-
tif) I jo-75, 92, PR i6o^-ij un point final (PR 162^, ML corr.)
89. ^o-ji virg. après escrimeur (éd.suiv. corr.)
91-92. jo virg. après merveilleus | S4'7S O^ pour leur Sœur la querelle
ennemie, D'Europe & de l'Asie (7^ et éd. suiv. suppr. la virg.)
I. Sources des vers 85-92 : Horace, Carm. I, m, 2, Sic fratres Hele-
nae, lucida sidéra. . . ; III, xxix, fin ; IV, viii, 31-32 ; I, xii, 25-52.
BOCAGE, VI 175
VI
A LUI MESME
Que tardes-tu, veu que les Muses
T'ont élargi tant de sçavoir,
Que plus souvent tu ne t'amuses
A les chanter, & que tu n'uses
5 De l'art qu'ell' t'ont fait recevoir :
Tu as le tens qui faut avoir,
Repos d'esprit, & patience,
Dous instruments de la science :
Et toutefois l'heure s'enfuit [146 v»]
10 D'un pié léger & diligent.
Sans que ton esprit négligent.
Face apparoistre de son fruit ^
On ne voit champ tant soit fertil,
S'il n'est poitri du labourage,
Éditions. — Bocage de 1550. — Supprimée des recueils suivants. —
Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 479. —
Recueil des Pièces retranchées, 1609-1650.
Blanchemain (t. II, p. 469) ; Marty-La veaux (t . VI, p. 122).
Titre. PR 160^-16^0, Bl, ML AGaspar d'Auvergne
5. jo De l'art quell' (éd. suiv. corr.)
6. ^2, PR i6oç-i6jo, Bl, ML qu'il faut avoir (texte rajeuni)
8. PR 160^-16^0, Bl, ML Doux instrument (texte fautif)
II. PR 162^ y Bl, ML suppriinent la virg. après négligent
I. G. d'Auvergne n'a suivi qu'imparfaitement le conseil de Ronsard :
il n'a laissé aucun recueil de vers. On. ne connaît de lui que sa traduc-
tion en prose du Prince de Machiavel, publiée à Poitiers en avril 1553
(voir l'ode précédente, note i). Toutefois Ronsard lui adressa en 1560
une nouvelle ode, qui débute ainsi : Gaspar, qui loin de Pégase, As les
filles de Parnase Conduites en ta maison, . . (Bl. II, 235).
176 BOCAGE
15 Qu'à la fin ne vienne inutil,
Voire & le champ joignant fut-il
Du Nil l'iEgyptien rivage :
Tant soit un cheval de courage,
Et coutumier à surmonter,
20 S'on est long tens sans i monter
Il devient rosse, & fort en bride :
Ainsi des Muses l'écrivain,
S'il les délaisse, hêlas en vain
Il les invocque après pour guide.
2^ L'orfèvre de tenir n'a honte
Les instrumens de son métier,
Son plaisir sa peine surmonte.
Tellement qu'il feroit grand conte
Estre oisif un jour tout entier :
30 Ton art le passe d'un cartier.
Quoi ? voire du tout ce me semble.
Toutefois encre & plume ensemble
Tu crains paresseus à toucher. [147 r°]
D'orenavant écri, compose :
35 La louange pour peu de chose
S'achette, & qu'est-il rien plus cher ' ?
Mainte ville jadis puissante
Est ores morte avec son nom,
Ensevelie, & languissante,
40 Et Troie est encor florissante
36. jo point exclamatif après cher (éd. suiv. corr.)
I. Cf. Pline le Jeune : Tametsi quid homini potest dari majus, quam
gloria, et laus, et œternitas ? (Lettres, III, xxi, fin).
BOCAGE, VII 177
Comme un beau printens, en renom :
Bien d'autres Rois qu'Agamemnon,
Ont fait reluire leur vertu,
Et si sont morts, car ils n'ont 'u
45 Un Homère, qui mieus qu'en cuivre,
En médaille, en bronze, ou tableau,
Les eust arrachés du tumbeau.
Faisant leur nom vivre, & revivre '.
VII
CHANT DE FOLIE A BACCHUS
Délaisse les peuples vaincus
Qui sont sous le lit de l'Aurore -^
Et la ville, qui, ô Bacchus,
Cérémonieuse t'adore 3.
De tes tigres tourne la bride [147 v^]
En France, où tu es invocqué,
43. j'O On fait (éd. suiv. corr.)
44. PR i6iy-2j, Bl, ML car ils lî'ont eu
46. jo en bronce (éd. suiv. corr. ; cf. ci-dessus III, i, 41).
Éditions. — Bocage de 1550. — Supprimée des recueils suivants. —
Réimprimée dans l'éd. lyonnaisede 1592, Œuvres, t. II, p. 480. — Recueil
des Pièces retranchées, 1609- 1630.
Blanchemain (t. II, p. 470); Marty-Laveaux (t. VI, p. 123).
3. jo qui ô Bacchus {éd. suiv. corr.)
4. yo adore sans ponct. (éd. suiv. corr.)
1. Cette dernière strophe est faite avec des souvenirs d'Horace, Cann.
IV, VIII, 13-24 et IX, 21-28. Ronsard a repris ce thème à satiété, notam-
ment dans les odes A Bertran Berger et A René d'Urvoi (ci-dessus Odes,
ï, XV et IV, xvii).
2. Les Indiens, domptés par Bacchus (Ovide, Met. IV, 20).
3. Thèbes en Béotie (ibid., III, fin ; IV, 31 et 416).
Ronsard, II. 12
lyS
BOCAGE
Et par l'air ton chariot guide
Dessus en pompe coUocqué '.
Que cette feste ne se face
10 Sans t'i trouver Père joieus,
C'est de ton nom la dedicasse
Et le jour où Ion rit le mieus.
Voi-le ci je le sen venir,
Et mon cueur étonné, ne peut
15 Sa grand divinité tenir,
Tant elle l'agite & l'émeut.
Quels sont ces rochiers où je vois ^
Léger d'esprit, quel est ce fleuve,
Quels sont ces antres, & ces bois
20 Où seul égaré je me treuve 3 ?
J'enten le bruire des cimbales
Et les champs sonner evoué 4,
J'oi la rage des Bacchanales
Et le son du cor enroué î.
15. jo Voi-leci {éd. suiv. corr.) \ PR 162^, ML Voy-le-ci
22, ^o^ aux errata euôe (qu'on peut lire evôe) | jo'' aux errata euuoé
(qu'o7i peut lire evvoé ou euvoé) | p2, PR i6op-i6^o, ML evoùé {et Evoûé)
1 Bl sonner : Evohé !
1. Dans Ovide, le char de Bacchus est attelé tantôt de lynx (Met. IV,
24), tantôt de tigres (Ars amat. I, 550).
2. C.-à-d. où je vais (cf. le subjonctif, que je voise ; ci-dessus Hymne
de France, 5). Ronsard avait cependant déclaré qu'il substituait la forme
je va à Tancienne forme je voi (ci-dessus. Suravertissement au Lecteur) ;
mais ici le principe a cédé au besoin de la rime,
?. Ces deux strophes viennent d'Horace, Carm. III, xxv, 1-6.
4. Du latin euoe, transcrit lui-même du grec sùoi, cri de joie des Bac-
chantes. Ronsard l'avait trouvé chez les poètes latins (voir références des
notes suivantes). L'expression « sonner evoé » est même calquée sur
cet hémistiche d'Ovide, Met. IV, 522: Evoe, Bacche, sonat.
5. Cf. Horace, Carm. II, xix, 1-8. Le « cor enroué » me semble venir
BOCAGE, VII 179
25 Ici le chancellant Silène
Sus un tardif asne monté, [148 r°]
Les inconstans Satyres mené
Qui le soustiennent d'un costé*.
Qu'on boute du vin en la tasse
30 Soumelier, qu'on en verse tant
Qu'il se répande dans la place,
Qu'on mange, qu'on boive d'autant.
Amoureus, menez vos aimées,
Ballez, & dansez sans séjour,
55 Que les torches soient allumées
Jusques à la pointe du jour.
Sus, sus, mignons aus confitures
Le codignac^ vous semble bon,
26. Le texte de Bl Sus un asne tardif est fautif.
37. 92, PR 160^-16^0, ML virg. après confitures | Bl confitures !
38. /o cotign ac (corr. aux errata; mais les éd. posthumes ont cotignac)
de Catulle, f/j/'/^a/. de Pelée et de Théiis, 265 : Multis raucisonos effla-
bant cornua bombes. Ronsard s'en est encore souvenu dans les Baccha-
nales de 1549 (publiées en 1552) : Et que je danse sans cesse Par ta
presse Au son du cor enroué. — A rapprocher Du Bellay, Vers lyriques^
VII, 1-16 (éd. des Œuvres par Ghamard, t. III, p. 29).
1. Cf. Ovide, Met. IV, 26-27 ; Ars amat. I, 541 et suiv, — Même
développement dans les Bacchanales de Ronsard, les Dithyrambes de 1553
et son Hymne de Bacchus de 1554, et dans la pièce susdite de Du Bellay,
17-20. — M. Parturier a cité dans lai^ev. i?^n. de 1905, p. 7, des vers de
Politien sur le cortège de Bacchus, où il voit une source directe de ce
passage de Ronsard. On pourrait citer aussi J. Lemaire, Illustr. de
Gaule, I, XXVIII, et nombre de poètes néo-latins, entre autres Pontano,
Marulle, Salmon Macrin, M. Ant. Flaminio, souvent imités par Ron-
sard. Mais les vers d'Horace et d'Ovide lui ont suffi ici. Ses Dithyrambes
et son Hymne de Bacchus viennent en grande partie de Marulle (v. mon
Ronsard p. lyr., p. 735-742),
2. Forme vendômoise pour cotignac (cf. Rabelais, Gargantua, éd. A.
Lefranc, t. I, p. 165, n. 4).
l8o BOCAGE
Vous n'avés les dens assés dures
40 Pour faire peur à ce jambon ^
Amis à force de bien boire
Repoussez de vous le souci,
Que jamais plus n'en soit mémoire :
Là donques, faites tous ainsi 2.
AS Hêlas que c'est un dous tourment
Suivre ce Dieu qui environne
Son chef de vigne & de serment, [148 v°]
En lieu de roialle couronne 3.
VIII
A GASPAR D'AUVERGNE 4
Puis que la mort ne doit tarder
Que pronte vers nous ne parvienne,
47. jo de vigne est de serment (éd. suiv. corr.)
Éditions. — Bocage àt 1550. — Bocage de 1554 (f° 47 r°) et réimpr. de
Rouen, 1557 (f° 48 v°). — Œuvres (Odes, II,xxxii) 1560 ; (xxxii=: xxx)
1567, 1571, 1573. — Supprimée en 1578, — Réimprimée dans l'éd.
lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 482. — Recueil des Pièces retran-
chées, 1609-1630.
Blanchemain (t. II, p. 400) ; Marty-Laveaux (t. VI, p. 64).
Titre. 60-1^ sans dédicace; mais la pièce est qualifiée Ode, avec la mrutioii
Non mesurée.
2. S4'7^ Q-"^ pronte vers moy
j. Pour l'inspiration, franchement gauloise, de ces trois strophes, et
l'esprit qui anime toute la pièce, v. E. Bourciez, Les mxurs polies et la
littérature de cour sous Henri II (thèse de 1886), p. 227, et mon Ronsard p.
lyr., p. 619 et suiv.
2. Cf. Horace, Carm. I, vu, 31 ; II, xi, 17; Epode ix, début et fin;
Tibulle, I, II, début; III, vi,
3. Cette strophe est une « contamination» de deux passages d'Horace,
Carm. III, xxi, 13 et suiv. ; xxv, 18 et suiv.
4. Voir ci-dessus Bocage, v et vi.
BOCAGE, VIII l8l
Trop humain suis pour me garder
Qu'epovanté ne m'en souvienne,
S Et qu'en mémoire ne me vienne
Le cours des heures incerténes,
Gaspar, qui aus bords de Vienne
As rebâti Rome, & Athènes '.
En vain l'on fuit la mer qui sonne
10 Contre les goufres, ou la guerre.
Ou les vents mal sains de l'Autonne
dui soufflent la peste en la terre :
Puis que la mort qui nous enterre
Jeunes nous tue, & nous conduit
i) Avant le tens, au lac qui erre
Par le roiaume de la nuit ^ .
L'avaricieuse nature,
Et les trois seurs filants la vie,
Se deulent quand la créature [149 r^]
20 Dure long tens, portant envie
A la fleur qu'ell' ont poursuivie
La créant rose du printens,
A qui la naissance est ravie
Et la grâce tout en un tens î .
4. Ti-T^ Q.u'espouvanté
7. Le texte de Bl de la Vienne est fautif.
II. SO-67 mal seins (éd. suiv. corr. sauf ^2)
21-22. jo qu'elle ont {<)2 corr.) | S4~73 ^'^ cors, si tost il ne dévie :
Le créant... [ 5Z A la fleur, qui si tost dévie {texte de fantaisie)
17-24. éj-j) guiUemettent cette strophe.
1. A Limoges, sa ville natale, ou à Chatellerault, où il est avocat.
2. Cf. Horace, Carm. II, xiv, 15-20.
3. Ibid. II, III, 15-16. Dans la strophe latine, il est question aussi des
trois Parques et de la rose aux charmes éphémères. Ronsard pourrait
l82 BOCAGE
25 L'un devient aveugle, ou étique,
L'autre n'atant que le Cyprès,
Et celui qui fut hydropique,
Regangne les fièvres après :
Nous sommes humains tout exprès,
îo Pour avoir le cueur outragé
D'un aigle, qui le voit d'auprès
Naistre, afîin qu'il soit remangé ^
Bien tost sous les ombres, Gaspar,
La mort nous guidera subite,
35 Ne sceptre, ne triumphant char.
Ne font que l'homme resuscite :
Diane son cher Hippolyte
N'en tire hors, ains gist parmi
La troupe, où Thésée s'incite
40 En vain de r'avoir son ami ^.
L'homme ne peut fuir au monde
Son inconnue destinée, [149 v^]
2<;. S4'73 L'un devient (^7 devint /»ar ^rr^Mr) gouteus, l'autre éthique
(s 0-6'^ éthique, éd. suiv. corr. sauf ^2)
27. 7_j supprime la virg. après hydropique
28. J4-75 Guarit pour retomber après
31. jo qui levoit d'au près {éd. suiv. corr. sauf ^2)
32. $0 remangé sans ponct. (éd. suiv. corr.)
35. S4'75 N'or ni argent de telle part
38. jo N'entire {éd. suiv. corr.)
39-40. J4-7^ La troupe où Thesé se dépite Qu'il n'en peut ravoir
42. éy-y) Le certain de sa destinée ) yi-J} guillemettent les vers 41-4.2.
bien aussi s'être souvenu du Débat de la Nature et de la Jeunesse (Mon-
taiglon, Recueil des poésies des XV'et XVI' siècles, t. III, p. 86). Nous avons
ici comme le germe d'un thème que le poète reprendra maintes fois (v.
Ronsard p. lyr., p. 578 et suiv.)
1. Allusion à la fable de Prométhée enchaîné sur le Caucase.
2. Il s'agit de Pirithoiis. Cf. Horace, Carm. IV, vu, fin.
f
BOCAGE, VIII 183
Le marinier craint la fiere onde,
Le soudart la guerre obstinée,
45 Et n'ont peur de voir terminée
Leur vie, sinon en tels lieus.
Mais une mort inopinée
Leur a tousjours fermé les yeus ^
De quoi sert donc la médecine,
50 Et tout le Gaiac étranger,
User d'onguents, ou de racine,
Boire bolus, ou d'air changer:
Quant cela ne peut alonger
Nos jours contés ? Où cours-tu Muse ?
55 Repren ton stile plus léger,
Et à ce grave ne t'amuse 2.
44. b'j-'j^ Le soldat
51. jo ou de racines (éd.sutv.corr.)
54. /o un point après contés (éd. suiv. corr. sauf p2)
56. 60 k ce grand (corr. aux errata)
1. Paraphrase d'Horace, Carm. II, xiii, 13-20.
2. Mouvement et idée pris à Horace, Carm. III, iir, 69 et suiv. — Cf.
ci-dessus Odes, I, xv, fin; et Du Bellay, Vers lyriques, xi, fin (éd. des
Œuvres par Chamard, t. Ilî, p. 46).
I 84 BOCAGE
IX
A DIEU POUR LA FAMINE '
O Dieu des exercites^,
Qui aus Israélites
Donnant jadis secours,
Fendis en deus le cours
5 De la rouge eau salée,
Et comme une valée
Que deus tertres épars [150 r»]
Emmurent de deus pars.
Tu fis au milieu d'elle
10 Une voie fidelle,
Où à pié sec parmi
Passa ton peuple ami.
Et puis en renversant
Le flot obéissant
Éditions. — Bocage de 1550. — Bocage de 1554 (fo 48 r°) et réimpr. de
Rouen, i557(f° 49 v°). — Œuvres (Poëmes, IV, iv) 1560 ; (III, iv) 1567,
1571, 1573. — Supprimée en 1578. — Réimprimée dans l'éd. lyonnaise
de 1592, Œuvres, t. II, p. 484. — Recueil des Pièces retranchées, 1609-1650.
Blanchemain (t. II, p. 451); Marty-Laveaux (t. VI, p. 102).
Titre. Ji-y^ Prière à Dieu pour la famine | 6o-jj ajoutent la mention
Vers non mesurez
1. Cette pièce d'inspiration surtout biblique peut remonter au delà
de 1545. Cependant la famine dont elle parle semble bien être celle que
signale le chanoine Michel Garault à la date de 1546 : « En laquelle année
fut une telle grand pitié des pauvres gens, lesquels mouroient presque de
faim. » {Chronique, publ. dans le Bull, de la Soc. arch. du Vendôwois,
t. XVII, p. 226 et suiv.)
2. Expression biblique. Cf. Marot, Psaumes, dédie, (éd. Jannet, t. IV,
p. 61).
BOCAGE, IX 185
15 Sus le Prince obstiné,
Tu as exterminé
Lui, & sa gent noiée
Sous l'onde renvoiée ^
Ton peuple errant de là
20 Aus desers çà & là,
Les veaus de fonte adore,
Mais pour sa faute encore
Le ciel ne laissa pas
De pleuvoir son repas,
2-; Qu'il receut de ta grâce
Par quarante ans d'espace 2.
O Seigneur, retourne ores
Tes yeus, & voi encores
Ton peuple languissant,
30 Ton peuple périssant,
Que la palle famine
(Mort étrange) extermine.
Père, nous sçavons bien [150 v^]
Selon tes lois, combien
55 Nos journalières fautes
Sont horribles & hautes :
Et voiant nos péchés
Dont sommes entachés.
Que ceste affliction
40 N'est pas punition :
Mais nous sçavons aussi,
Que nous aurons merci
15. ^o-y^, 92, PR i6op deux points après obstiné (e'J. suiv. corr.)
19. S^'54> ('O-ôj ont delà et delà (^7, 71-7^ corr.)
1. Passage de la mer Rouge, Exode, xiv, 3.
2. La manne au désert, id. xvi, 2.
l86 BOCAGE
Toutes les fois que nous
Flechissans les genous
45 Et soulevans la face
Demanderons ta grâce.
Lâs, ô Dieu, sur nous veille,
Et de bénigne oreille
En cette âpre saison
50 Reçoi nostre oraison :
Ou bien sus les Tartares,
Turcs, Scytes, & Barbares
Qui n'ont la cognoissance
Du bruit de ta puissance,
55 O Seigneur hardiment
Épan ce châtiment S
Et ton peuple console
Qui croit en ta parolle,
Ou fai encor renaistre [151 r^]
éo Les ans du premier estre,
L'âge d'or precieus,
Où le peuple ocieus
Vivoit aus bois sans peine
De glan cheut & de feine*.
56. ^o-6j se châtiment {éd. suiv. corr.)
1. Transposé d'Horace, Carm. I, xxi, fin.
2. Cf. Ovide, Met. I, ici -106. — Remarquer que, des six odes irrégu-
lières du Bocage de 1550 conservées par Ronsard dans ses premières édi-
tions collectives, celle-ci est la seule qu'il rangea parmi les Poèmes, tan-
dis que les cinq autres trouvaient place parmi les Odes (au livre II) .
C'est que les cinq autres sont strophiques, tout en laissant à désirer
pour la régularité d'alternance des rimes, tandis que celle-ci, écrite en
rimes suivies irrégulièrement alternées, eût été dans les Odes un véri-
table monstre, seul de son espèce. Ronsard, dans le classement de ses
pièces en 1560, a tenu compte de leur forme rythmique au moins autant
que de leur caractère intrinsèque.
BOCAGE, X 187
X
A CASSANDRE ^
Le printens vient, naissez fleurettes
Coupables de mes amourettes,
Sus naissez, & toutes ensemble
Variez par vostre peinture
5 Un manteau verd, à la nature.
Cassandre, qui tant leur resemble,
Tu crois comme elles, ce me semble.
Et ton petit poil accoursi,
S'alonge en fils d'or, avec l'âge
10 Comme un reverdissant fueillage ^.
Tu croitras donq pour le souci
De maint peuple, & de moi aussi.
Et si feras les fleurs compaignes
Qui croissent à l'envi de toi
15 Pallir de l'amour comme moi 3.
Éditions. — Bocage de 1550. — Supprimée des recueils suivants. —
Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 486. — Recueil
des Pièces retranchées, 1609-1630.
Blanchemain (t. II, p. 453); Marty-Laveaux (t. VI, p, 104).
7. Le texte de Bl comme elle est fautif.
8. PR 162^, Bl, ML, suppriment la virg. après accoursi
9. jo fil d'or (corr. aux errata, mais reproduit par les éd. posthumes)
1. Sur Cassandre, voir ci-dessus Odes, II, v, n. i.
2. Cf. le sonnet de 1552 : fe parangonne à ta jeune beauté (Bl. I, 73),
3. Cf. le sonnet de 1552 : Pour la douleur..., tercet final (Bl. I, 22).
l88 BOCAGE
Et les eaus baignants les campaignes, [[51 v^]
Celles qui tonnent aus montaignes,
Frappant contre leurs bords dolents,
Bruiront leurs amours éternelles
20 Si ton bel œil se mire en elles ^
Apres maints cours de l'an volant,
Les cieus pour t'enfanter, voulant
Se piller eus mesmes, ont pris
Tout le beau vers eus retourné
25 Et de toi le monde ont orné 2.
Affin qu'on ne mette à mépris
Mes chants pour t'amour entrepris
Qui les trais de ta beauté suivent,
Et qui d'un vers laborieus
30 La font remonter jusqu'aus Dieus.
Les beautés jusque aus cieus arrivent
Si les Poètes les décrivent 3,
Donc Cassandre si tu m'aimois,
Tu apprendrois de main docile.
L'art, & la manière facile
35 Des Odes du lue Vandomois4.
18. PR 162^, Bl, ML corr. leur bord dolant
30-31. jo au Dieus... au ciens (éd . posthumes corr .)
35. 92, PR i6op-i6^o, Bl, ML du Luth Vandomois
1. Cf. ci-dessus Odes, IV, x. Pour l'inspiration néo-pétrarquesque de
ces deux strophes, v. Ronsard p. lyr., p. 457 et suiv,
2. Laure est aussi un composé des merveilles du ciel et l'ornement
du monde; on sent ici une vague influence de Pétrarque.
3. Souvenir d'une élégie de Properce à Cynthie, III, m, 13 et suiv.
4. Cette strophe a un vers de plus que les précédentes, pour arrêter
le rythme, dans ce système de cinquains enchaînés par la rime médiane.
BOCAGE, XI 189
XI
CONTRE LA JEUNESSE FRANÇOISE [152 r^]
CORROMPUE '
Espérons nous l'Italie estre prise,
Ou regaigner par meilleure entreprise
D'un bras vindicatif,
Le serf butin de nos pertes si amples
Dont l'Espagnol a décoré ses temples
De sous le Roi captifs ?
Que telle gloire est loin de l'espérance,
Voiant (ô tens) la jeunesse de France
A tout vice estre incline.
Outrecuidée en ses fautes se plaît,
Hait l'enseigneur, l'ignorante qu'ell' est
De toute discipline.
Éditions. — Bocage de 1550. — Supprimée des recueils suivants. —
Réimprimée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 487. — Recueil
des Pièces retranchées , 1609-1630.
Blanchemain (t. II, p. 454) ; Marty-Laveaux (t. VI, p. 106).
2. jo, Ç2 meillure (éd. suiv. corr.)
6-7. Aucune séparation strophique dans les anciennes éditions
7. j'O et loin de (corr. aux errata, mais reproduit par p2 et PR 160^)
II. jo quell'est (éd. suiv. corr.)
1. Cette ode n'a pu être composée qu'entre l'hiver de 1542, date de
la reprise des hostilités contre Charles-Quint, et le mois de septembre
1)44, date de la paix de Crespy. Elle fut sans doute inspirée parles
sentiments divers qui, dans l'entourage de François l", accueillirent en
mars 1544 l'idée d'une grande bataille rangéeenLombardie,qui fut celle
de Cerizoles. Cf. P. Gourteault, Biaise de Monluc historien (thèse, 1907),
ch. IV, et éd. crit. des Commentaires, t. I, p. 257 et suiv.
2. Allusion à la défaite de Pavie et à la captivité de François I" à
190 BOCAGE
Ni escrimer, combatre à la barrière,
Ne façonner poulains en la carrière
15 Peu vertueuse n'ose.
Suit les putains, les naquets, les plaisans,
Et lâchement corront ses jeunes ans
Sans oser plus grand chose.
De telles gens, Charles ^ n'a pas donté
20 Naples, Venise, & Milan surmonté,
Dessous son joue rebelle,
Mais d'un soudart brave, vaillant, & fort
Qui de soi mesme alloit hastant sa mort
Par une plaie belle 2. [152 v'^]
25 Le pigeon vient du pigeon, & la chievre
Naist de la chievre, & le lièvre du lièvre.
Le fils tousjours raporte
Le naturel des parens avec lui 3 :
Quel peuple donc pourroit naistre aujourdhui
30 De race si peu forte ?
La fille preste à marier, accorde
Trop librement sa chanson à la corde
D'un pouce curieus :
14. /o poulins {corr . aux errata, mais reproduit par ^2 et PR i6op)
20. /o un point après surmonté (éd. suiv. corr.)
22. p2, PR 1609-16^0, Bl, ML Mais d'un soldat
29. jo pourroit nestre (éd. suiv. corr.)
31. PR i6op-i6^o., Bl, ML suppriment la virgule après marier
Madrid. Dans toute cette pièce, Ronsard s'est inspiré habilement
d'Horace, Carm. III, vi. Ici on reconnaît la 3' strophe de l'ode latine.
Cf. Ronsard p. lyr., p. 370 et suiv.
1. Charles-Quint, roi d'Espagne et empereur d'Allemagne.
2. Cf. Horace, Carm. ill,vi, 33-38.
3. Ihid. IV, IV, 25 et suiv. (souvenir suggéré par la fin de l'ode Delicla
majorum). — Ronsard a repris ce lieu commun en 1567, dans l'éloge de
François de Montmorency, début, et en 1569 dans l'hymne Tel qu'un
petit aigle sort (Bl. III, 358 ; V, 144).
BOCAGE, XII 191
Et veut encor Pétrarque retenir,
3 s Affin que mieus ell' puisse entretenir
L'amant luxurieus '.
Il n'i a rien que cet âge où nous sommes
N'ait corrompu, il a gâté les hommes,
Les noces sont polues ^ :
40 Des Dieus vangeurs, sans honneur & sans pris
Les temples met l'Alemen à mépris
Par sectes dissolues 3.
XII
A JAQUES PELETIER DU MANS
DES BEAUTÉS Q.u'lL VOUDROIT EN s'aMIE
(Voir ci-dessus les [Premières Poésies]^ t. I, p, 3)
XIL — jo-y^ ajoutent au texte primitif (l'^^.y) cette strophe après le vers
35 : Le pié petit, la main longuette & belle Dontant tout cueur dur &
rebelle Et un ris qui, en découvrant Maint diamant, alât ouvrant Le para-
dis & (J7 à) quiconq' mourroit d'elle (60 Sous deus couraus où Cyprine
se celle 6y-'^^ Le beau séjour d'une Grâce nouvelle yS Le beau vermeil
d'une lèvre jumelle).
1. Cf. Horace, Carni. III, vi, 21-28. Cf. une strophe de l'ode A
J . Peletier où Ronsard souhaite que son amie sache par cœur le canzo-
niere de Pétrarque (ci-dessus [Premières Poésies], 1. 1, p. 6).
2. Ibid. III, VI, 17-20.
3. Ibid. III, VI, début. — Allusion aux Luthériens.
192 BOCAGE
XIII
A UN SIEN AMI
FASCHÉ DE SUIVRE LA COURT ^
Ami, l'ami des Muses
En la Musique expert 2, [154 v^]
Pour néant tu t'amuses,
Le tens en vain se pert
Menant un dueil apert,
Il vaut mieus que tu jettes
Les mordantes sagettes
Qui ton cueur vont grevant,
Aus Scythes, ou aus Gétes,
Ou encor plus avant 3.
Éditions. — Bocage de 1 5 50. — Bocage de 1554 (f° 50 r°) et réimpr. de
Rouen, 1557 (f° 52 r°). — Œuvres (Odes, II, xxxiv) 1560; (xxxiv =
xxxii)i567, 1571, 1573 ; (xxxix) 1578. — Supprimée en 1584. — Réim-
primée dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. Il, p. 489. — Recueil des
Pièces retranchées, 1609-16 30.
Blanchemain (t. II, p. 404) ; Marty-Laveaus (t. VI, p. 68).
Titre. ôo-jS sans dédicace ; mais la pièce est qualifiée Ode, avec la mention
Non mesurée | 92 AMaclou de la Haye fasché de suivre la Cour | Bl seul
met A Maclou de la Haye .
I. éo-yS Maclou ami des Muses
5. yS Menant un dueil couvert :
7-9. jS Les soigneuses sagettes. . . Aux Scythes & aux Gétes
10. S4'7^ ^ l'abandon du vent
1. Comme l'indique la variante du premier vers, il s'agit de Maclou
de la Haye, poète picard, auquel Ronsard a adressé d'autres odes (v.
ci-dessus Odes, II, xi et xvi; III, iv et xvii).
2. Horace, Carm. III, rv, 2$ : Vestris amicum fontibus et choris.
3. Ibid. I, xxvi, début : Musis amicus, tristitiam et metus Tradani
protervis in mare Creticum Portare ventis.
BOCAGE, XIII 193
Ceus à qui point n'agréent
Tes beaus ars tant connus,
Et qui ne se recréent
De voir les Silvans nus,
15 Et les pères cornus
Pendre au haut d'un rocher
Doivent bien se fâcher,
Non toi, dont poëzie
Peut le soin arracher
20 Hors de ta fantasie '.
Et quoi ? je voi tes yeus
Moites d'un pleur amer :
Soit quand Phebus aus cieus
Vient le jour alumer,
2> Ou quand dedans la mer
Ses chevaus il abreuve, [155 r°]
Pleurant seul je te treuve
La fin de ton malheur.
Puis que rocher, ne fleuve
30 N'apaise ta douleur.
Donq, la faveur du monde
Te fait désespérer,
Laquelle on peut à l'onde
Justement comparer,
14. 71-7S les Silvains
18. S4'7^ ^o^ toi, dont la poésie (et Poësie ce qui fausse le vers)
26-27. /o la virg. est après treuve (éd. stiiv. corr.)
27-29. S4'7^ Gémissant je te treuve. . . Puis que ne bois, ne fleuve
31. jo un point interrog . après Donq (éd. suiv. corr.)
I. Horace, Carm. I, xxxii, 14-15 : ô laborum Duke lenimen.
Ronsard, II. 13
194 BOCAGE
35 Qui ne sçauroit durer
Une heure sans orage,
Apren à ton courage
Voler ainsi qu'il faut,
Par cette aile le sage
40 S'enfuit aus Dieus là haut.
Il est vrai que la Court
Des Princes est aimable.
Mais long tens on i court
Sans fortune amiable.
45 Sor de là, pitoiable.
Quand la mort se courousse
Sans égard elle pousse
A bas un Empereur,
De la même secousse
50 Qu'eir fait un laboureur ^ [155 v»]
La vertu qui ordonne
Aus bons immortel nom,
N'a baillé la couronne
De Laurier, pour renom
55 A nul homme, sinon
Qu'à celui qui n'a garde
De prendre l'or en garde
Vivant du sien contant,
40. J4-75 S'en vole | y^-yS guillemettent lesvers 37-40.
42. y 8 Des Princes est louable
45. y 8 Sor de là misérable :
50. /o Queir (éd. suiv. corr.) \ y8 Qu'un pauvre laboureur
46-50. 7^-y8 guillemettent ces cinq vers.
I. Horace, Carm. \, iv, 19-21 ; II, in, 25 ; xiv, 11-12; III, i, 15. Pour
ce thème de l'égalité des hommes devant la mort, v. Ronsard p. lyr.,
p. 360-361.
BOCAGE, XIII 195
Et à qui le regarde
D'un œil ferme, & constant.
C'est plus de commander
Sur ses affections,
Qu'aus Princes d'amander
De mille nations.
6$ Qui de ses passions
Est maistre, seullement
Celui vit proprement,
N'eust-il qu'un toict de chaume,
Et plus assurément
70 Qu'un Roi de son roiaume.
Quand nostre vie humaine
Longue en santé seroit,
Chaq'un à juste peine [156 r^]
Des biens amasseroit,
75 Et point n'offenseroit :
Mais pour vie si brève
Faut-il tant qu'on se grève
D'amasser & d'avoir ^ ?
Matin le jour se levé
80 Pour mourir sus le soir ^.
60. j8 D'un visage constant
62. S^-Sy Sur ces (éd. siiiv. corr.) \ y 8 A ses affections
66. /4-7_j Est maistre entièrement | y8 Est maistre absolument,
67. ^4-78 Celui vit seulement
61-70. 67-78 guillemettent cette strophe .
73. j'o Chaqu'n (éd. suiv. corr. en Chaqu'un)
76. ^4-78 Pour la vie si brève
79. jo séleve (^(i. suiv. corr.)
76-80. 67-71 guill. les deux dern. vers \ 7^-78 guill. les trois prem. vers.
1. Pour cette strophe et la précédente, cf. Horace, Carm. II, xvi, 9-18.
2. Ibid. II, XVIII, 15 : Truditur dies die ; cf. IV, vu, 7-8.
196 BOCAGE
O soin meurtrier, encores
Que l'on s'alast cacher
Outre le chaut des Mores
Tu nous viendrois chercher
8$ Pour nous nuire & fâcher :
Le gendarme en sa troupe
Te va portant en croupe,
Quoi que t'ailles cachant
Jusque au fond de la poupe
90 Compaignon du marchante
Puis que soin, & envie
Et convoitise forte,
Sont bourreaus de la vie
De l'homme qui les porte,
95 Mon ami je t'enhorte
De les chasser, entens [156 v°]
A te donner bon tens,
Fui les maus qui t'ennuient.
Qu'esse que tu atens ?
100 Les ans légers s'enfuient ^.
Le tens bien peu durable
Tout chauve par derrière,
Demeure inexorable
83. $0 de Mores | J4-7J Bien loin outre les Mores, \ yS Outre les
rives Mores,
85. 'j8 Pour nos esprits fâcher.
87. J4-75 Tout seul te porte en croupe | yS texte primitif
88. 6'j-j) Et tu te vas cachant | yS texte primitif
89. yS Au plus creux de la poupe
91-92. ^4-'j8 Doncques puis que l'envie Et l'avarice forte
1. Horace, Carm. II, xvi, 21-24; III, i, 37-40.
2. Ibid. II, XVI, 25-27 ; xiv, début.
BOCAGE, XIII 197
Si franchist sa cariere.
105 L'infernale portière
Hoche de main égale
La grand cruche fatale,
Soit tost, ou tard, le sort
Viendra vers toi tout palle
iio Pour t'anonsser la mort ^
Donques un jour ne laisse
Voler sans ton plaisir.
L'importune vieillesse
Court tost pour nous saisir :
II', Tandis qu'avons loisir
Tes amours anciennes
Chanton avecq' les miennes,
Ou bien si bon te semble
N'entonnon que les tiennes
120 Sur nos fleutes ensemble^. [157 r^j
Pour tuer le souci
Qui rongeoit ton courage,
Assison nous ici
Sous ce mignard ombrage :
125 Voi prés de ce rivage
T04. JL-jS S'il franchit sa carrière | y)-j8 guill. les vers 99-104
106, jo écale (corr. aux errata)
109. jo pale (corr. aux errata)
m. y 8 Ex. pource un jour ne laisse
119. jS Ne chantons que les tiennes
122. S0-S4 rongoit (éd. suiv.corr. sauf ^2)
123. ^4-78 Asseon (ef Asséon) nous ici
124. yo Sur ce mignard (éd. suiv. corr. sauf Ç2)
1. Ibld. II, III, 25 : Omnes eodem cogimur : omnium Versatur urna...
2. Ibid. I, IX, 13 et suiv.; II, xi, 5 et suiv. ; III, xix, 18 et suiv.
198 BOCAGE
Quatre nimphes qui viennent,
A qui tant bien aviennent
Leurs corsets simplement,
Et leurs cheveus qui tiennent
130 A un neud seulement.
Hé, quel pasteur sera-ce
Qjai au prochain russeau
Ira rincer ma tasse
Quatre, ou cinq fois en l'eau ?
155 D'autant, ce vin nouveau
Efface les ennuis,
Et fait dormir les nuis.
Autrement la mémoire
De mes maus je ne puis
140 Etrangler qu'après boire ^
130. jo seulement? (éd. suiv. corr.)
131. S0-71 Hê quel (éd. suiv. corr.)
132. 6o-y8 ruisseau
135. 7^ D'autant ce vin | yS D'autant que vin
I. Pour ces deux strophes, cf. Horace, Carm. II, xi, 13-24. Sur ce
thème, souvent repris par le poète, v. Ronsard p. lyr., p. 570 et suiv.
BOCAGE, XIV 199
XIV
A SON RETOUR DE GASCONGNE [157V0]
VOIANT DE LOIN PARIS '
Deus, & trois fois, heureus ce mien regard,
Duquel je voi la ville, où sont infuses
La discipline, & la gloire des Muses,
C'est toi Paris que Dieu conserve, & gard :
C'est toi qui as de science, avec art
Endoctriné mon jeune âge ignorant,
Et qui chez toi par cinq ans demeurant
L'as aiaicté du laict qui de toi part 2.
Éditions. — Bocage de 1550. — Supprimée des recueils suivants.
Réimprimée dans Téd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 494.
Recueil des Pièces retranchées, 1609- 1650.
Blanchemain (t. II, p. 456) ; Marty-Laveaux (t. VI, p. 106).
1. Sur les motifs plausibles de ce voyage et la date probable de cette
pièce (fin de 1547) ''! ou Ronsard p. lyr., p. 37, et mon édition critique de
la Vie de Ronsard par Binet, p. 118 et suiv.
2. Cf. un éloge enthousiaste de Paris « seconde Athéne, honneur de
l'univers » dans le poème à François de Montmorency (Bl. III, 561).
— Etant donné que dans cette pièce Paris est nettementopposé à la Cour
(v. 42 et suiv.) — distinction courante déjà au xvi' siècle — et qu'on
sait d'autre part que Ronsard quitta la Cour pour suivre les leçons de
Dorât au printemps de 1545 (épitre A Pierre de Pascal de iS54> fin)» les
« cinq ans » du vers 7 désignent seulement le temps qu'il fut « escolier »
sous la discipline de Dorât, hors de Coqueret et à Goqueret. On serait
donc tenté de dater cette ode de la fin de 1549, ^^ ^^'^ n'était pas irré-
gulière et ne contenait pas des allusions à des faits qui remontent à
1547. — Pour moi, l'ode fut écrite en 1547, mais Ronsard avait d'abord
mis sur son manuscrit « par deux ans demeurant » ; puis au moment où
il publia son recueil à' Odes (janv, 1550) il remania son vers ainsi « par
cinq ans demeurant », sans souci de la contradiction entre ce nouvel
hémistiche et le titre primitif qu'il conservait.
200 BOCAGE
Combien je sen ma vie heureuse en elle
lo En te voiant, au pris de ces monts blancs
dui ont l'échiné, & la teste, & les flancs
Chargés de glace, & de nége éternelle ' :
Je voi desja la bande solennelle
Du saint Parnase en avant s'approcher,
15 Et me baiser, m'accoler, & toucher,
Me r'appellant à son estude belle.
De l'autre part ma librérie, hêlas,
Grecque, latine, espaignole, italique.
En me tanssant d'un front mélancolique
20 Me dit, que plus je n'adore Pallas^.
Un milion d'amis ne seront las [158 r^^
Deus jours entiers de me faire la feste.
Un Peletier qui a dedans sa teste
Muses, & Dieus, les Nimphes, & leurs lacs'.
25 Daurat, réveil de la science morte 4,
Et mon Berger qui s'est fait gouverneur
10. jo aupris de (éd. siiiv. corr.)
1. Ainsi Ronsard était allé jusqu'aux Pyrénées, peut-être à Pau,
l'une des résidences de Marguerite de Navarre (cf. ci-dessus Odes, II,
X, 5-8).
2. Sur l'amour de Ronsard pour ses livres, « ses bons hostes muets
qui ne faschent jamais », v, l'éd. Bl. I, 362, et VI, 347 (fin).
3. Allusion aux Œuvres poétiques de J. Peletier du Mans, qui parurent
en 1547 (priv. du i'" sept.) et où l'on trouve publiés pour la première
fois des vers de Ronsard et de Du Bellay (v. ci-dessus [Premières Poésies],
p. 3, ode A Jacques Peletier). Peletier quitta Paris vers le milieu de 1548
pour aller enseigner les mathématiques à Bordeaux, puis à Poitiers (v. la
Notice biographique placée en tête de la réimpr. des Œuvres poétiques,
supplément à la. Rev. Ren. 1904, p. xvii, et Cl. Jugé^ J. Peletier du
Mans, thèse de Caen, 1907, p. 50).
4. L'humaniste limousin Jean Dorât (v. ci-dessus Odes, I, xi et xiv).
BOCAGE, XIV 201
Non de troupeaus, mais de gloire, & d'honneur',
Tiendra mon col lassé d'une main forte :
Tel jour hcureus qui tant d'aise m'apporte
jo Soit par mes vers jusque au ciel coloquc,
Et sur mon cueur d'un blanc travers merqué,
A celle fin que jamais il n'en sorte ^.
Mon Oradour, ne Maclou n'i sont mie,
L'un est allé à Romme pour le Roi,
35 L'autre en Anjou esclave de sa foi
Vit sous l'empire assés dous de sa mie >.
Soit par la reste une joie acomplie.
De folâtrer faison nostre devoir.
Ce jour passé, je suis prest d'aller voir
40 Si pour le tens les lettres on oublie 4.
Plus que davant je t'aimerai mon livre :
A celle fin que le sçavoir j'aprinsse,
27. jo, 92, PR 160^-162^ honneur 5fln5 pond. (PR 16^0, Bl, ML corr.)
31. 92, PR i6oç-i6^o, Bl, ML d'un blanc travers marqué
33. jo ni sont (éd. siiiv. corr.)
41. 92, PR i6op-i6^o, Bl, ML Plus que devant (texte rajeuni)
1. Le poète poitevin Bertran Berger (v. ci-dessus Odes, 1, xv).
2. Rapprocher de tout ce passage le sonnet cxxix des JRé'^rf ^5. Ronsard,
aussi bien que Du Bellay, a pu prendre l'idée à l'Arioste, Orl. fur. XLYl,
i-xix (cf. Vianey, Pètrarquisme en France, p. 350 et suiv.).
3. C'est Maclou de la Haye qui « est allé à Rome pour le Roi », et
René d'Oradour en Anjou. Le premier a fait allusion à sa mission en
Italie dans ses Œuvres (v. notamment le Chant d'amour, ff. 14 et 15).
Sur ces deux personnages, v. ci-dessus Odes, II, xi et xii.
4. De ce fait que Du Bellay n'est pas nommé parmi les amis litté-
raires qui fêteront le retour de Ronsard, on ne peut pas conclure que
Du Bellay n'était pas à Paris, et surtout qu'il ne connaissait pas encore
Ronsard quand cette ode fut composée. Ronsard connaissait intimement
Ant. de Baïf depuis quelques années, et pourtant il ne le nomme pas.
L'argument a silentio n'a ici aucune valeur.
202 BOCAGE
J'ai délaissé & court, & Roi, & Prince
Oùj'estoi bien quand je les vouloi suivre % [158V0]
45 Pour recompense aussi je me voi vivre
Et jusque au ciel d'ici bas remué ^ :
Ainsi qu'Horace en Cigne transmué
J'ai fait un vol qui de mort me délivre ^.
Car si le jour voit mon euvre entrepris,
50 L'Espaigne docte, & l'Italie apprise,
Celui qui boit le Rin, & la Thamise
Vouldra m'apprendre ainsi que je l'appris,
Et mon labeur aura louange, & pris :
Sus, Vandomois (petit païs) sus donques
5$ Ejoui toi si tu t'éjouis onques,
Je voi ton nom fameus par mes écris 4.
FIN DU BOCAGE
50. ^o,ç2, PR1609, i6^oap^risesansponci.(PR i6i'^-a^, Bl,MLcorr.)
1. Sur la date où Ronsard quitta la Cour pour travailler avec Dorât,
voir mon édition critique de la Vie de Ronsard par Binet, pp. 91-93 et 98.
2. Rapprocher trois strophes d'une ode de Du Bellay à Ronsard,
publiée en 1549 dans ses Vers lyriques (éd. des Œuvres, par Chamard,
t. III, p. 20, V. 103-120),
3. Souvenir d'Horace, Carm, II, xx, 1-16. Cf. Du Bellay, Vers
lyriqîies, xiii (éd. des Œmw«, par Chamard, t. III, p. 52, v. 25 et suiv,).
4. Cette strophe est une habile transposition d'Horace, Carm. II, xx,
17 et suiv. — Cf. Ronsard p. lyr., p. 365.
BREVE EXPOSITION 20 3
BREVE EXPOSITION DE QUELCIUES PASSAGES
DU PREMIER LIVRE DES OdES DE PlERRE DE RoNSARD
par I. M. P. ï
Lecteur, j'ai bien voulu ^ dépandre quelques heures oisives,
pour te déclarer une douzaine de passages, à mon jugement les
plus difficiles du premier livre des Odes de Ronsard : m'assurant
que telle diligence ne te pourroit apporter qu'un grand soulage-
5 ment, & à moi plaisir, de t'avoir fait entandre ce que l'auteur
épris d'une trop vergongneuse honte, vouloit à ton dam, & au
sien, tenir sous silence, sans le te communicquer.
Or pour venir au point, je commencerai premièrement à te
déclarer sa devise, ou autrement, anagrammatisme, qui est,
10 Swç b TspTiavSûOç 3, invention, non de l'auteur, mais de Jan
Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (un), 1550, 1553. — ^^P"
primée en 1555. — Reproduite dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres,
t. II, p. 5-126, sous forme de notes discontinues à la fin de chaque ode
correspondante, sans signature ni indication d'origine. — Signalée par
Marty-Laveaux dans l'Appendice de la Pléiade française, 1. 1, p. 31, et t. II,
p. 423, d'après L. FrogQr, Premières poésies de Ronsard, p. 17, note, et40-42.
— Réimprimée par nous dans la R. H. L., 1903, p. 268-273.
1. Ces initiales désignent, croyons-nous, Jean Martin Parisien, le
poète architecte auquel Ronsard adressa en 1550 l'ode xiii du livre I et
dont il écrivit Tépitaphe en 1553. Ainsi pensait G. Colletet (Vie de Ron-
sard, publiée par Blanchemain en tète des Œuvres inédites de Ronsard,
Paris, Aubry, 1855, F- 73> ^^ ^^^ ^'^ /• Martin, fragment publié par
A. de Rochambeau dans \^ Famille de Ronsart, Paris, Franck, Bibl. elzé-
vir., 1868, p. 236). Notre opinion se fonde en outre sur ce fait que J.
Martin avait déjà écrit et inséré à la fin de sa traduction de VArcadia
(1544) une « Exposition de plusieurs motz contenus en ce livre, dont
l'intelligence n'est commune ». Cf. R. H. L., 1903, p. 267, et Ronsard
p. lyr., p. 66-67.
2. C.-à-d. : J'ai tenu à. . . Cf. Du Bellay, Deffence, éd. Chamard, p.
53, n. 2, et 275; Ronsard, Suravertissement des Oi«dei55o, dans
mon édition, p. 58, 1. 31 et 37.
3. Cette devise ouvre et clôt les Odes de 1550. Au titre du recueil,
elle est suivie d'un distique grec de Dorât, qui signifie : Pierre de Ron-
204 BREVE EXPOSITION
Daurat Limosin, homme de singulier jugement, 8c de parfaite
érudition, qui en l'une & l'autre langue ne doit par raison céder
à nul de nostre siècle, lequel Daurat en démellant les plus déses-
pérés passages de l'obscur Lycophron, que nul de nostre âge
15 n'avoit encores osé dénouer ', montra publicquement la faconde
remettre en usage les anagrammatismes, & s'en servir comme
Lycophron faisoit en la court du Roi Ptolémée, aiant gaiges
de I lui, non pour autre raison ^. Tu dois entandre, lecteur, que [15c
Terpandre fut jadis (ainsi que disent Pollux, & Suide, en leurs
20 vocabuléres 5) neveu d'Hésiode, & selon aucuns, d'Homère, qui
façonna premièrement la lire à sept cordes, & le premier com-
posa les accords, & les tons propres à elle, bien que quelques
uns assurent que ce fut Philamon + : voulant Jan Daurat figurer
par cela, que Terpandre est vivant & resucité par Ronsard, ana-
25 grammatisant nérpoç 'PtovaapBoç par Swç 6 TspTïavEpoç, les
deus lettres pp se joignans & unians en une, ce qui est mêmes
concédé en nos inversions Françoises 5.
25-26. On lit la seuUe lettre p servant deus fois (corr, aux errata)
sard est pour moi un nom de bon augure, car c'est Terpandre vivant avec
sa lyre qui charme les hommes. — La devise et le distique sont repro-
duits au titre de la 2* éd. des Quatre premiers livres des Odes (iSS3)»
mais disparaissent de la 5^ éd. (15 5 5) et des éd. collectives.
1. Cf. l'ode pindarique A Jan D'Orat (Odes de 1550, I, xi, 15-28).
2. Cf. Du Bellay, De;ffence, II, xviii (éd. Chamard, p. 275-277) ;
Tabourot des Accords, Bigarrures, chap. ix (des Anagrammes), éd. de
1588, f° 102 v°. Tous deux rappellent ce talent de Lycophron, d'après le
témoignage du grammairien byzantin Tzetzès. Au reste, Dorât en compo-
sant des anagrammes et en préconisant ce jeu d'esprit, ainsi que l'acro-
stiche, ramenait inconsciemment ses élèves à l'école des Rhétoriqueurs :
Jehan Bouchet n'avait-il pas extrait de son nom l'anagramme Ha bien
TOUCHÉ ?
3. Pollux et Suidas, lexicographes grecs, le premier du 11^ siècle, le
second du x* siècle après J.-C.
4. Poète-musicien légendaire, père de Thamyris, antérieur de trois ou
quatre siècles à Terpandre de Lesbos, qui vivait au vin' siècle avant J . -C.
5. C.-à-d. en nos anagrammes. Même synonyme dans Du Bellay, /oc.
cit. — Cf. Tabourot des Accords, op. cit., {° 102 r° : « Et faut bien adviser
que l'orthographe y soit bien observé, si ce n'est que pour l'excellence
de quelqu'un, on se puisse dispenser de ceste reigle. » Un peu plus loin
BREVE EXPOSITION 20 5
En l'Ode du Roi. Comme tin qui prend une coupe) Semblable
comparaison commance la 7e Ode des Olympies de Pindaie,
50 faite à l'honneur de Diagore Rhodien cptàXav wç et rt;. Lepocte
est le maistre du banquet, sa riche tasse c'est son hinne, pource
qu'elle reçoit toutes choses, le vin excelant c'est le don des
muses, le Roi, c'est son hôte, ou convié, abreuvé de telle liqueur.
— En l'Ode même. Stro. 2. De Jupiter les Antiques) Voluntiers
35 Jes anciens donnoient commancement, & fin à leurs livres par
Jupiter, témoin Theocrit âx Btoç àpya){X£(76a, xal elç ot'a AYjy£T£
[j-otcai I. — Antistro. 2. Qui moindre des Rois ne soit) Moindre
est un comparatif mis avant par le poëte à l'imitation des Latins,
qui di I sent, minor te, moindre de toi, ou moindre à toi, & [160
40 encores, minor quam tu, moindre que toi. Telles manières de
parler, les François devroient apprendre, s'ils veulent donner
quelque perfection à leur langue ^.
En l'Ode de la Roine. Estomaq pantois, ou pantais, est un
propre terme de fauconnerie, qui signifie le mal qu'ont les
45 oiseaus aus poumons, lors qu'ils ne peuvent qu'à grand'peine
respirer. Ici le poëte abuse du nom de la maladie, pour son
éfait : appellant estomaq pantois, qui ne peut haleter, ou par
Tabourot, après avoir cité l'anagramme latine de Joannes Auratus, ajoute :
« Le mesme Aurat, tres-heureux à la rencontre de ceste invention, a
trouvé sur Pierre de Ronsard, Rose de Pindare. J'avoy trouvé sur le
mesme nom, avec mesme liberté, retranchant deux r, Arrosé de
PiMDE. . . » — On retrouve les deux anagrammes que Dorât avait tirées
du nom de Pierre de Ronsard dans les Xenia, seu... Allusiones de Charles
Utenhove (à la suite de VEpitaphium de Henri II, Paris, Robert Estienne,
1560), en ce distique explicatif:
TépTcavBpoç 'PoSvaapSs gooç, Tzdxcp èaii 7:otY)Twv,
IItvoap£Y)ç xiOapY); eÙCTxÉcpavdv t£ po'Ôov.
1. Idylle XVII, Éloge de Ptolémée, début.
2. C'est ce que pensait Ronsard. Mais ici J, Martin semble s'être
abusé sur la nouveauté de la tournure, car le de était aussi bien employé
que le que après un comparatif dans la syntaxe française antérieure à
Ronsard. On en trouve des exemples dans Rabelais, Marot, Commines ;
en voici un que j'emprunte au Débat de deux Demoiselles (fin du xv* siècle) :
Plus de moy n'a desconfortée (= Il n'y a pas de femme plus malheu-
reuse que moi).
206 BREVE EXPOSITION
crainte, ou par quelque ravissement de pensée, comme jadis les
Prestresses, quand leurs Dieus approchoient, ce que Virgile a
50 nommé, pectus anhelum. — Antistro. i. Apollon Florence aima)
Florence fut une Nimphe, fille du fleuve Arne, qui arrose Flo-
rence, cité capitale d'Ethrurie, région d'Italie, qui depuis porta
le nom de la Nimphe. Telle fiction est pareille à celle de Pin-
dare, en ses Pythies, où il parle de Cyrene, du nom de laquelle
55 la grande cité de Cyrene en Lybie fut fondée par Apollon.
Stro. 2. de ton Julien) C'est Julien de Medicis, grand oncle de la
Roine, qui r'apporta les lettres grecques & latines en Italie ^ Tes
deux grands papes) C'est Clément, & Léon, grands oncles aussi
de la Roine.
60 En l'Ode de Madame Marguerite. Stro. 2 . Par un miracle nou-
veau) Le poëte faint, | que Madame sortit hors de la teste du [^^
docte, & magnanime Roi François son père, comme jadis Pal-
las, hors du chef de Jupiter, jouxte Pindare en ses Olympies, &
Homère en ses hinnes : depuis faite écoliere des muses (lesquelles,
65 en lieu de matrones & saiges femmes l'avoient receue quand elle
naquit) alla combatre l'Ignorance & le (sic) surmonta. — Anti-
stro. 2. Flottant sur la face horrible) le panache de son abillement
de teste ondoiét sur la face d'une Méduse engravée dans son
morion. — Antistro. 3. Répandon devant ses yens) Ici nostre poëte
70 a osé le premier racler la lettre. S. superflue es premières per-
sonnes des subjonctifs pluriers, pour les faire diférerdes premières
plurieres personnes présentes, raison à mon jugement que tu
trouveras valable, si de bien prés tu veus regarder, que sans
aucune régie, en ton parler commun naturellement tu en uses,
75 comme, alon, mangeon, couron, parlon. — Epo. 3. Challimaq,
Pindare, Horace) Il dit cela pour les avoir tous trois imités, Chal-
limaq en son hinne de France 2, les deus autres dans le discours
de ce livre.
En l'Ode du Reveren. Card. de Guise. Stro. i. De ton grand
80 Billon) Il entant Godefroi de Billon, Roi de Jérusalem, & de
Sicile, qui vandit sa ville de Mes aus citoiens, pour le voiage
1. Erreur. Voir ma note sur ce passage, ci-dessus, t. I, p. 67.
2. Erreur. Voir ma note sur ce passage, ci-dessus, t. I, p. 78.
BREVE EXPOSITION 207
d'outremer, desireus de recouvrir (sic) la terre sainte, lequel fut
l'antique tige de | la maison de Lorraine, de laquelle sont desçen- [161
dus messieurs de Guise.
8) En l'Ode de François de Bourbon. Uhinne que Marot tefeit)
Telle invention se voit au premier front de la neufiéme Ode de
Pindare, comparant sa poësie à celle d'Archiloq, laquelle com-
mance, TO [jlsv 'ApytXô/ou [xsXoç'. — Epo. i. Voi voler mon
dart étrange) Il entend sa poësie qui vole comme un dart, em-
90 miellée par sa muse, & empanée par la victoire de monsieur
d'Anguien. — Stro. 2. Du vieil Marquis ahatu) C'est le Marquis
Delguast pour lors lieutenant gênerai de l'empereur en Piémont.
— Antistro. 3 . Fille du neveu) C'est la Renommée ainsi appellée
par Pindare. — Et à Charles, & à Pierre) L'un fut Charles de
95 Bourbon, nagueres decedé, & l'autre Pierre de Lucembour,
antique aieul maternel dudit seigneur. — Epo. 3. Les hommes
journaliers meurent) Ici par un élégant & propre vocable le poëte
appelle les hommes journaliers, comme ne vivans qu'un jour,
par les Grecs nommés aussi ècp-fifi-épcoi, & des Latins, Diales :
100 dénotant par cest epithete la brève félicité des hommes, & la
misérable mort de monsieur d'Anguien ^.
En rOde de Carnavalé. Antistro. i. Le tens venant de bien
loin) Le tens qui vint long tens après la promesse faite | par [i^i
Ronsard à Carnavalé, de lui faire une Ode. — Stro. 2. Qiiap-
105 porta du ciel Pa/te) Pallas apporta le frain à Bellerophon (comme
dit Pindare en ses Olympies) pour donter Pégase, cheval
emplumé fils de Méduse, qui ne vouloit soufrir qu'il montast
sur lui, pour le manier. — Cette médecine douce) Il entand le
frain de chevaus, qui les guarist de toutes leurs opiniâtretés, &
iio pour cela est il elegantement appelle de Pindare, cpiXxcov ctitcsTov.
A la fin, Bellerophon apprivoisant le cheval volant, il tua par
104. Onltt un Ode (corr. d'après la leçon des lignes: 32,98, 185).
1. Olymp. IX, début.
2. Cette épode s'applique plutôt à Charles-Quint, le vaincu de Ceri-
zoles. Voir ma note, ci-dessus, t. I, p. 89-90.
208 BREVE EXPOSITION
son moien la Chimère, de laquelle parle Homère en l'Iliade t.
Tipoaôe Xécov, oTitOev Bè Bpàxcov, [j.£(J(7-^ Bï yi[i.aipa. — Et des
guerrières la vaillance^ Par circumlocution, les Amasones. —
115 Les Crèches des Dieus) Ce sont étoilles ainsi nommées par Arat %
ausquelles vola le cheval, après qu'il eut culbuté son maistre. —
Epo. 2. Automedon & Sthenelé) Ce furent deus chartons excelants
durant la guerre Troienne, l'un chartoit Achille, l'autre Dio-
mede.
120 En l'Ode de Gernac. Antistro. 3. Desus ma louarde corde) Le
poëte ardant d'anrichir sa langue, a tourné les noms que les Latins
terminent en ax, par ard, comme loquax, jazard, qui ne cesse de
quaqueter, bibax, boivard, qui ne cesse de boire, pour legrand voi-
sinage de propriété, que l'un & l'autre dénote en I sa signification : [i
12) ainsi louard, qui a la nature propre de louer, & mille autres qui se
pourront forger sur pareille enclume 2. — Stro. 4. Sous ton oncle
gouverneur) Il entend feu l'Amiral Chabot, oncle dudit Gernac.
En l'Ode de Joachim duBellai. Stro. 2. Ils sont semblables ans
corbeaus) Il entend les mauvais poètes de ce règne. — Epo. 2.
130 Affin que là je décore, & Gidlaume, & Jan encore) Ce Guilaume
fut le seigneur de Langé, chevalier de l'ordre, qui tant travailla
pour la France, & Jan c'est le Cardinal du Bellai, son frère,
l'honneur du saint consistoire Rommain. — Antistro. 3. Béante
en eus s'émerveilla) Béante signifie autant que inhians en latin, &
135 est un certain geste de la bouche miouverte, lors que nous
sommes ravis de quelque chose : & bien que ce soit un vocable
116. Om /«ï auquelles
117. On lit Se furent
120. On lit Stro. 4. Desous {double erreur)
1. Aratos parle bien du Cheval ailé et emploie le mot cpaivr], crèche,
pour désigner une étoile de la constellation du Cancer (Phénoin., 892,
898 et 996). Mais Ronsard a emprunté cette appellation au passage de
Pindare qu'il imite, Olymp. xiii, 92 :
Tov 8'èv OùX'j[X7:w çpatvat Zt]v6ç àpy(^aïai Ôr/.ovtai.
2. Le suffixe ard est de source germanique et remonte à l'origine
même de notre langue. Ronsard n'a fait que forger quelques adjectifs
sur le patron de ceux qui, tels que raiUard, existaient bien avant lui.
BREVE EXPOSITION 209
antique ', & peu familier aus oreilles Françoises, comme est
encores ce mot louaageant, en l'Ode du Protenotére de Durban^,
il n'est pas pourtant à refuser, mais à louer, d'autant que nous
140 n'avons un seul vocable (hors lui) propre pour desseiner telle
affection. Avienne, ô bons Dieus, que quelque hardi poëte re-
mette en usage les vieus mots François, lesquels furent nostres,
& que nous avons cruellement chassés, pour donner place à ne
sçai quels | étrangers Italiens, & Latins. Bien est il vrai quand un [162 \
145 vocable a long tens régné, faisant à l'imitation des vieus arbres,
reverdir un petit regeton du pié de son tronc, pour devenir comme
lui grand, & parfait : on ne le doit plus regretter, ni appeller
séché, ne péri : aiant laissé en sa place un nouveau fils, pour
lui donner la même verdeur, force, & pouvoir, qu'il avoit aupa-
150 ravant, comme la nouvelle monnoie succède à la vieille, en
pareil honneur & crédit. Mais un vocable ne se doit jamais appel-
ler vieil, tant soit il mimangé, & par le tens défiguré, voire
depuis mille ans usité, quoi qu'en murmurent nos courtisans,
s'il ne laisse un, ou deus héritiers en sa place, ausquels il com-
155 mande comme par testament, avant sa mort, de s'ensesiner de
sa force, & naïvement le représenter 5. — Epo. 5. Les Amycîeans
Jîamheaus) Il entend Castor, & Pollux, continuant tousjours en
sa métaphore.
En rOde de Bouju. Epo. 2. A la Dorienne sorte) C'est à dire,
160 à la Thebaine sorte, pource que les Thebains sont venus des
Dores, ainsi que disent les comments de Pindare.
1. C.-à-d. un archaïsme français (v. ci-après, 1. 142). Cf. Ronsard:
Je fis des mots nouveaux, je r'appelay les vieux {Res ponce aux injures, Bl.
VII, 127), et : Fay nouveaux mots, r'appelle les antiques {Caprice à Simon
Nicolas, Bl. VI, 329).
2. Voir ci-dessus Odes, III, xxvii, 40.
î. Cf. Du Bellay, De^^wce, II, vr(éd. Chamard,p. 256 et suiv.); Ronsard
Abbregé de l'Art poétique français (Bl. VII, 53S"336); préface posthume
de la Franciade (Bl. III, 33-54) ; Marty-Laveaux, Appendice de la Pléiade
françoise,X. I, p. 421-424; t. II, p. 50 et suiv. ; F. Brunot, Histoire de la
langue française, t. II. p. 182-188 ; P. Laumonier, Rev . Ren., 1901,
pp. 254-255, article sur VArt poétique de J. Peletier, et R. H. L. 1903,
p. 271, n, 5. On voit parce remarquable passage, et par ceux que nous
en rapprochons, avec quelle ardeur les membres de la Brigade se sont
faits les avocats de Tidiome national.
Ronsard, II. 14
210 BREVE EXPOSITION
En la seconde Ode de Jan Dorât en la sixiesme pose '. De sa
mère Yapprentif) C'est Orphée jouxte Horace : Arte materna
rapides morantem fluminum lapsus, & le reste.
165 En l'Ode de Bertran | Berger en la sixiesme pose. A sa Tor- [J
tue bahiîlarde) C'est à dire, à son lue, qui fut patronné ou à la
vérité façonné de la couverture d'une tortue. Telle description
est au long dans l'hinne de Mercure en Homère.
Au veu à Phebus Apollon, pour guarir la Valentine du Conte
1 70 d'Alsinois . 0 Père, ô Phebus Cynthierî) En ceci nostre poëte a in-
dustrieusement montré la manière de faire des veus comme les
Antiques, bien qu'aujourdhui telles inventions mécontantent
l'oreille de nos rimeurs, pour estre du tout ignorans des bons
poètes Grecs, & principalement d'Orphée, qui en son hinne
175 d'Apollon, lequel se commance sXôè [xàxap 7raiàv,TtTuoxTov£,
^oïês Xuxcopeîî, ne se contante pas seulement de quatre ou cinq
epithetes, convenables à ce Dieu, mais d'arache pié, il en redouble
une quarantaine du moins, tant l'abondance des adjectifs a tous-
jours semblé belle aus anciens, soit en hinnes ou en veus. — En
180 la septiesme pose. Par toile dons enchantement') Jadis les médecins
fils d'Apollon souloient guarir les maladies, partie par breuvages,
& sections, partie par unguents, & enchantemens jouxte Pindare
en ses Pythies parlant d'Esculape : Toùç [xàv {JtaXaxaTç sTraotSaï;
afÀcpsTTwv, TOÙç 8e TTOOCJavéa Trivovraç, 7^ •^mIok; TrepaTCTtov
18) 7:àvToÔ£v I cpàcjxaxa,... *. — En la neufiéme pose de l'Ode [i
même. Et celle qui boutonne aussi) Sur le mont Caucase naist une
herbe du sang des poumons de Promethée, rongés par l'aigle,
162. On lit en la première Ode. Or il ne s'agit pas de rode xi, niais de
l'ode XIV du livre I.
181. On lit parties par breuvages
1. C.-â-d. en la sixième strophe. Comme Ronsard, J. Martin réserve
le mot strophe pour le premier groupe de la triade pindarique. Pour
désigner les groupes rythmiques des odes ordinaires, que J. Martin
appelle des poses, Ronsard se sert du mot couplet et, à partir de 1565, du
mot stance; en 1550, il emploie le mot pose dans un tout autre sens, au.\
odes XXV du livre III et xvi du livre IV.
2. Pyth. ni, $1-53.
BREVE EXPOSITION 2 I l
de laquelle se fait un unguent nommé par Apolloine Rhodien,
7rpo|i.-r^0etov, comme il témoigne lui même en son troisième
190 livre des Argonautes, parlant de Medée qui vouloit secourir Jason
contre les Toreaus, vj 8è xécoç Y^^'f^p'^Ç l^eiXsTO..., lequel est
bon pour rendre les gens invulnérables, les endurcissans contre
le fer.
En l'Ode de sa lire. Que la dame oit) Par licence poétique, il a
195 laissé le relatif, & devoit dire. Que la dance oit, laquelle s'éver-
tue. — En la cinquième pose. Sous le pouce Angevin) Il entand
Joachim du Bellai. En la septième pose. Mais ma Gdtine) Gâtine,
le Loir, la Neufaune, Braie, ce sont forests, & rivières du lieu de
sa naissance, les célébrant par ses vers comme les Grecs, & Rom-
200 mains par les leur ' : te supliant (lecteur) vouloir recevoir ce
petit labeur de bonne voluntè : t'assurant que je m'efforcerai
(quand ce ne seroit que pour faire crever les envieus) de com- [15^
menter plus diligentement le reste, & | ensemble les autres
livres, que l'auteur, mon familier ami, m'a promis. Dieu aidant,
205 mettre bien tost en lumière *.
FIN DE l'exposition
198. On lit se sont forests
1. Forme courante en 1550. Cf. Du Bellay, Deffence, I, 11 (éd. Cha-
niard, p. 60, n. 2).
2. Malgré cette promesse, J. Martin ne commenta pas les autres
livres des Odes de 1550, ni aucune des poésies que Ronsard publia de
1350 à 1553, année où Martin mourut. Cf. R. H. L., 1903, p. 273.
212 SONNET
SONNET
Gentil Ronsard, la mielliere mouche
Dans le nectar de toute fleur élite
Aus prez des Seurs, a ta langue confite
Jusqu'à combler ta regorgeante bouche.
Mêmes Phebus sa lire, dont il touche
Le los des Dieus, ne t'a pas écondite,
Ains t'enseigna : aussi ta vois écrite
Voile où le jour è se levé è se couche.
O chaste Cœur des muses, vien en France
Par un tel prestre, aiant seure espérance
D'i refonder ta destruite chapelle.
Ne dédaignés Muses, divin troupeau.
Venir ici dresser vôtre coupeau.
Puis qu'Apollon le premier vous apelle.
I. A. Bayf'.
SONNET [164 vo]
L'antique bruit de tous les siècles vieus
Avoit jadis érigé pour Orphée,
Pour Stesichore, & Pindare un trophée
D'immortel nom qui voloit jusque aus cieus.
Maint autre aussi favorisé des Dieus
Avoit au chef la couronne étophée
Du saint Laurier, dont la gloire étouphée
L'on voit ici par vers ambitieus.
I. Voir ci-dessus Odes, I, xii, A Anthoine de Baïf, notes. — Ce sonnet,
le 2" publié par Baïf, a disparu des éditions suivantes des Odes et n'a pas
été recueilli dans les Œuvres de son auteur. Il n'a été réimprimé que par
L. Froger, Premières poésies de Ronsard, p. 25, note, et par Marty-
Laveaux, Appendice de la Pléiade française, t. II, p. 581.
SONNET 2 I 3
Muses & Dieus, la faveur variable
De vos effets, a rendu admirable
Nostre Ronsard, surmontant les antiques :
Vous même en lui, vostre invincible effort
Avés vaincu, Ronsard est donc bien fort
Vainqueur des Dieus, des Muses, & Liriques.
R. R. S. DE LA GUILLOTIERE DU BAS POICTOU '.
SONNET
Muse va veoir un autre espoir de France,
Qui nuit & jour de sa plume féconde
Aide à polir la Françoise faconde.
Sentant encor le vieus tens d'ignorance.
Il est en lui de la tirer d'enfance, [165 roj
Et le fera, si mort hors de ce monde
Ne le bannist, dont doit sa teste blonde
Toucher des cieus la dernière distance .
O Dieu courant desous la ligne oblique
Donne faveur à ce nouvel Ascrée,
Tant qu'egaller on le puisse à l'antique.
O nobles Seurs, joignant l'onde sacrée.
Couvrez son chef de branche Cabarique,
Pour le sauver de toute langue inique .
Cœlum non solum ^
1. Robert de Rivaudeau, sieur de la Guillotiére. Gendre du juriscon-
sulte poitevin Tiraqueau, il avait suivi son beau-père à Paris et était
devenu valet de chambre de Henri II. Son vrai nom était Robert Ribau-
deau. Anobli, il changea une lettre à ce nom qui prêtait à rire. En 1549, il
publia une traduction du De nobilitate civili de Jérôme Osorio. V. l'intro-
duction des Œuvres poétiques de son fils André (éd. Mourain de Sourdeval,
Paris, Aubry, 1859).
2. Devise de Jean-Pierre de Mesmes. Sur ce poète, v. La Croix du
Maine, I, 573 ; Du Verdier, II, 469 ; G. Colletet, notice rééditée par
Tamizey de Larroque (Paris, Picard, 1878). On trouve de lui, signés de
sa devise ou des initiales I. P. D. M., de nombreux vers italiens et fran-
214 SONNET
SONNET
Les uns diront le vieil Prestre de Thrace,
Ou le Thebain, qui en la lire excelle,
Et cetui-là qui son païs nous celle,
Ou les beaus chans du Calabrois Horace .
Du Mantuan les vers de bonne race
L'on vantera, ou la Lire de celle
Docte amoureuse & mignarde Pucelle,
Qui ses dous maus sucra de tant de grâce :
Mais moi poussé par ta fureur éprise
Ton lue sur tous & je prise, & reprise .
O vive corde, ô bien heureus sonneur.
Ta vertueuse, & première entreprise, [165 vo]
Que la France a par ton audace aprise,
Du Vandomois éternize l'honneur.
A. DE LA Fareï.
EPIGRAMMA
Longius externos ne Galle require poëtas,
Et jam nata domi, scriptaque verna proba.
En tibi Ronsardum, genuit quem Gallica tellus,
Eduxit Pallas docta, novemque deae.
Pindaricos hic est animos, strepitusque referre
Ausus, & ignotas primus inire vias.
çaisdans le Tombeau de Marguerite de Valois (1551), et parmi les liminaires
des livres IX, X, XI de la trad. d'Amadis de Gaule (1551-1554). Il publia
en 1552 la comédie des Supposés, trad. des S uppositi d' AnostQ . Ronsardl'a
nommé parmi les membres de la Brigade dans le texte princeps des Isles
foi-tunées (1553), mais l'y a remplacé par Buttet en 1560.
I. Ronsard a nommé La Fare parmi les membres de la Brigade dans
le texte princeps des Isles fortunées (1553), mais Ty a remplacé par Grévin
en 1560.
EPIGRAMME 2 I 5
Hiclyricos spirat cantus, hic carmina grandi
Voce sonat, Graecis aemula sola tubis.
Pétri Fabri Tolosatis
anno aetatis suae xi ^
'Iwàvvou 'Aupaxoîj £'.ç IleTpov 'PwvffapBov [i6é r°]
'O irplv à|i,[[X7jT0ç 7r£cpaTt(T[jt,£voç, ô upiv IcptXTOÇ
OùSevi (XT|8' oX''yov rii'voapoç u<]/t6o7]ç
Eupaxo [xi{i.Y|T7iv ô li-syaç K-^Y^îcv, eupaO' ixovra
^Hç ^ty(xkr\yopir[(; Tretpaç Itt' àxpoTarov
néxpov xov 'PtovuapBov, oç sÙy^^^'î «'-H"** XeXoyxwç
TewàSa Ttàp KsXxotç Trpwxoç expoixre XupYiv.
Oùx ap à[xt{j!.'ir|xoç y' '^"^^ ntvBapoç, àvxi û'èxeivou
"E(y<yex' àfxtjxVjxvj BtvSoxtvYi xtôàpiri ^.
'Avxcovtou Baïcptou elç xbv aùxdv.
"OXêie, crou (yT0[xàxe<7(Tiv eveffxà^avxo (/.éXt(y<ïai
TepTTvà (xeXicpôOYywv vàjxaxa TtiepiSwv.
Kat <^otêoç <y' eBiBa^e, xai w 'PwvaapSe, Trdpsv aoi
'^Hv ysXuv, àOavàxwv xà xXéa ixeX^l'au.evTjV.
Nuv Sa (TU cpu^itji,6p(ov [xsxoTrKJÔsv àotSoç aotSwv
SwV £7r£(j)V £Xa<f>paiÇ èv 7tX£pÙY£(î<Tl TtÉXT;.
1. Pierre du Faur de Saint-Jory (15 39-1600). A écrit plusieurs
ouvrages en latin, et est mort premier président du Parlement de Tou-
louse (v. La Croix du Maine, II, 277 ; Macary, Généal. de la maison du
Faur, Toulouse, 1907). Il était parent de Guy du Faur de Pibrac, célèbre
magistrat-poète, avec lequel Ronsard fut lié sous Charles IX et Henri III.
— Ces distiques ont disparu des éditions suivantes des Odes, ainsi que
les quatre sonnets qui précèdent.
2. Ces distiques de Dorât n'ont reparu qu'à la fin de la 2' édition des
Quatre premiers livres des Odes (1553).
2 I 6 ODE
'AXXà (jÙ TTieçt'Btov (xoucjwv /ops, Beupo tov ujxbv
Nabv aTTOtxt'Ce'.v eXO' oltxo nispirjç.
Asup' u^xa; TiporpsTcet 7]YOÛu.£voç aûxo; 'AttoXXcov,
KaXXiêÔT^v TrXrjXTpw xoucpa xpéxwv xtOàpTjV ^
AD P. RONSARDUM VIRUM NOBILEM [i66 vo]
10. AURATI ODE ^
Strophe i
Lyrae potentes Camœnae
Agite, quis deûm, herosve,
Homo quis fidibus inseri
Poscit ? Satis Pisa jam,
Jovisque memoratus
Olympus, sacrum &
Herculis patris opus :
At nunc patriae principem
2. On Ut en ISSO-IJSS herosve ? (éd. suiv. corr.)
1. Ces distiques de Baïf ont disparu des éditions suivantes des Odes.
2. Cette ode pindarique de Dorât a reparu à la fin de la 2' et de la 5' éd. des
Quatre premiers livres des 0^« (1553-1555), puis parmi les liminaires des
éditions collectives des Œuvres de Ronsard (i 560-1630 et Bl. 1857). La
mention « ad numéros pindaricos » dont Bl. fait suivre le titre ne remonte
qu'àl'éd. de 1578. Cette ode me semble avoir été une réponse surtout à
l'ode de Ronsard Puissai-je entonner unvers {Odesàt 1550, 1, xiv). — Dans
une note de la R. H.L., 1906, p. 312, L. Foulet a voulu prouver que
Dorât n'a pas devancé Ronsard, mais au contraire a imité son élève en
écrivant des odes pindariques latines. Peut-être a-t-il raison, bien que sa
démonstration ne soit pas concluante. En tout cas, Dorât reste à mes
yeux, comme philologue et humaniste, l'initiateur en grande partie res-
ponsable des odes pindariqvies de Ronsard. Quant à l'influence de Luigi
Alamanni sur la métrique de ces odes, elle reste pour moi très douteuse
(v. Rev. Ren., 1903, p. 262-272, et Ronsard p. lyr.., p. 704-706).
ODE 21/
Chelys, apud Celticos
lo Decus grande populos,
Decet nos suo
Sibi Pindari can-
tu personare : numeros-
que Gallicos Latiis
Antistrophe
15 Remunerari haud inultos.
Itaque par pari reddens
Nova plectra resequar novis :
Clavumque clavo velut, [167 ro]
Retundam ego reperta
20 Meis Italis
Patria Indigenaque
Ronsarde tua : ô flos virum, &
Decus olivi, aut illius
Virilis, quo oblinitur,
25 Et artus terit
Amyclaea pubes :
Aut illius, quod hilares
Ferè camœnae obolent .
Epode
Nam seu quis artem, sinuosaque
30 Corporis volumina volet,
(Quibus corpus apte
Vel in equum, vel de equo
Volans micat in audacibus
29. On lit seu quis dans toutes les éditions contemporaines de Ronsard
La correction si quis des éditions i^^y-i6o^ se justifie par les mots corres~
pondants du vers 38 sin alter.
2l8 ODE
Pugnis) stupebit dicatum gravibus umbris
35 Musarum, agilibus quoque
Saltibus Martis expedisse membra.
Strophe ii
Inertis oci laborem
Probet ametque sin alter : [167 vo]
Iterum stupeat, ut cavae
40 Nervis maritans lyrae
Virûm décora praesig-
nium, claraque
Facta, sydera vehat
Supra, memoranda omnibus,
45 Sine modo fineque,
Puellaribus & in
Choris, & dapes
Super, Principumque
Mensas : sacras ut epulas,
50 Deumque nectareos
Antistrophe
Soient sonare inler haustus
Patris ApoUinis grata
Modulamina : superûm
Intus remugit domus
55 Beata, geminatque
Sonos : seu libet
Bella dicere deûm,
Stragesque Gigantum & neces :
Sua cum in ipsos gravi
38. On lit sui alter (corr. aux errata de 50'')
ODE 2 r 9
60 Refluxêre juga cum
Ruina, Jovis [168 r»]
Manu, fulminumque
Vi fracta, ut aetheris apex
Suas opes tremeret.
Epode
6<i Sive mavult faciles sui
Patris impetus, & aquilae
Rapaces volatus
Strepere dulci lyra :
Quod excutiat e frontibus
70 Rugas deorum, serenetque Jovis ora :
Siquando nimis impiae
Asperarunt in arma saeva gentes
Strophe m
Ad hos canentis lepores,
Quasi sopore devictus
75 Sua tela digitis pater
Ponit remissis : jacet
Utrunque latus aies
Reclinans super
Sceptra fulva Jovis : &
80 Ceu sponte fluitantia
Gemina dans brachia [168 vo]
Tuis victa fidibus,
Et alas pares,
Fovet frigidum igné
85 Languente fulmen : ea vis
Tuis modis fidicen
220 ODE
Antistrophe
Inest Apollo : sed in diis
Tua Chelys celebretur :
Modo non alia regnet in
90 Terris honoratior
Eâ, vada Ledi quae,
Et ornât solum
Vindocinum : ubi super
Somnos puero ab arduse
95 Apice quercus volans
Apum examen agile
Suum melleum
In os nectar infans
Ingessit, hocque tenerum
100 Tibi imbuit latice
Epode
Ronsard e guttur : Tyrio valut
Aliti ferunt, prope suae [169 ro]
Caput juge Dirces :
Nota foret quae lyrae
105 Utrunque fore mox principem
Gentilis : altos sonans quae raperet Orco
Reges, Jovis Olympici
Sanguinem, melle tinctulos per hymnos.
Strophe iv
Amanda virtus, magistri
iio Negat & abnuit curam :
Sine fraude, sine & artibus
ODE 221
Excurrit in campum equus :
Canis nemora rimans-
que venaticus
115 Prensat, haustibus hians
Notis sine dolo, feras
Latibulis jam quoque
Cubantes : nec opéra
Docentis canunt
120 Per agros amictae
Pennis aves : neque sonum
Amabilem citharae
Antistrophe
Eburneae temperas tu
Nisi duce & magistro te
125 Tibi, Petre : amor at in tuos [169 vo]
Candorque amicos, suuni
Decus sibi adimens, ar-
rogat caeteris,
Invidens sibi malè.
Quos inter erat & locus
130 Mihi aliquis : nec nego
Tibi saepe latium
Per, & Doricum
Nemus colligentem
Thymbram, thymumque, casiam-
IÎ5 que, pabulo solitum
Epode
Praebere me : dulcis apiculae
More, tu labella tenera
Ad haec porrigebas
222 ODE
Rudia fundamina
140 Favi, tibi tua quae dein
Polita cura, diu saepeque operosè,
Nectar coaluêre in hoc :
Quale non stillat Hybla, non Hymettus.
AD EUMDEM EJUSDEM » [170 ro]
Quis te deorum caecus agit furor
Ronsarde, Graiûm fana recludere
Arcana ? lucos quis movere,
Q.U0S situs & sua jam vetustas
5 Formidolosos fecerat ? ô novum
Non expavescens primus iter lyrae
Tentare : Romanis quod olim
Turpiter incutiat pudorem
Nil taie quondam tangere pectine
10 Ausis Latino, quale ferox sonat
Cadmi colonus septichordi
Liberius jaculans ab arcu.
Tu primus, ut jam trita relinqueres
Testudinis vestigia Gallicae,
15 Aggressus, excluso timoré,
Ogygio tua labra fonte
Mersare : voces indeque masculas
II. Ou lit septicordi (corr. en yo"* dans un erratum supplémentaire qui
suit le Suravertissement au Lecteur).
I. Cette ode alcaïque de Dorât a reparu à la fin de la 2* et delà 3* éd.
des Quatre premiers livres des 0^^5(1555-1555), puis parmi les liminaires
des Œuvres de Ronsard dans les éditions collectives contemporaines. Les
éditions posthumes l'ont également reproduite (sauf celle de M.-L.), soit
en tête des Œuvres, soit à la fin des Odes^ soit même à ces deux places
à la fois.
ODE 223
Haurire, dignas principibus viris :
Quorum tua sacrata buxo
20 Facta sui stupeant nepotes.
Félix ter ô qui jammodo fortiter
Te vate sese pro patria geret,
Quôd non suos oblivioso
Dente teret senium labores.
2$ Seu quis rebelli frena Britanniae [170 vo]
Portans, ferocis fregerit impetus
Gentis : suos in limitesque
Reppulerit nimium vagantem.
Avulsa seu quis membra rejunxerit
30 Regno resectae brachia Galiiae :
Atque Italas assertor urbes
Reddiderit solitis habenis.
ADDITIONS ET CORRECTIONS
TOME I
P. 3, note sur les Éditions, ligne 5, lire : Bocage de 1554 (f" 49 r") et
réimpression de Rouen, 1557 (f° 51 r"). — Œuvres (Odes, livre II,
xxxiii), 1560 ; (xxxiii = xxxi), 1567, 1571, 1573 ; (xl), 1578,
P. 3, var. du titre, lire : jo-j/ A Jaques Peletier du Mans, des beau-
tés qu'il voudroit en s'amie (mais la pièce perd son nom i'Ode ; v. ci-après
p. 44) I ôo-yS sans dédicace ni titre, mais la pièce est derechef qualifiée Ode,
avec la mention Non mesurée.
P. II, n. 3. — L'autre sens de ce quatrain : Toi d'autre part, jeune
et heureuse, tu ne voudrais pas changer ton sort contre celui d'Hélène
— est appuyé par la variante. Mais, outre que ce sens est moins satis-
faisant en lui-même, celui que j'adopte a l'avantage d'être corroboré,
pour l'idée et la tournure, par l'avant-dernière strophe de l'ode précé-
dente (p. 7, V. Si-55)-
P. II et 12, vers 35, lire: Jeunesse — vers 54, lire: voz
P. 17, n. 3, lire Epithalame de Julie
P. 19, n. 4. — Sur le mot fioflotant, v. Marty-Laveaux, Appendice de la
Pléiade française, 1. 1, p 33. — Ronsard a employé aussi le mot trtèa/re dans
l'ode A Michel de THospital, strophe m, v. 10, mais l'a remplacé par
haleter en IS78.
P. 24-35, — Rapprocher de cet Hymne de France celui que Ronsard a
mis en 1564 dans la bouche de la princesse Margot, sœur de Charles JX
(Bl. IV, 29-34).
P' 35*39' — Ces deux pièces ont été composées vraisemblablement
pour Cassandre Salviati : sur cette personne, v. l'ode v du livre II,
n. I.
P.45, n. 3. — Voir notamment R.H.L., 1902, p, 217, article de
H. Guy sur \ç.s Sources françaises de Ronsard.
P. 50, n. 2. — Voir encore Marty-Laveaux, Appendice de la Pléiade
française, t. I, p. 471-474.
P. 56, app. crit., 1. 3 et 4, lire : des Œuvres de Ronsard de 1560 à 1578
inclus; supprimé des éditions collectives qui suivent (sauf celle de 1623
et celle de Blanchemain. . .)
P. 58, note. — Ronsard n'a jamais cessé de préconiser l'usage des
dialectes provinciaux pour enrichir la langue littéraire ; v. son Abhregé de
V Art poétique àt 1565 (Bl. VII, 321-322) et la préface posthume de sa
Franciade (Bl. III, 32-33) ; cf. la préface des 7Vfl^/ytt^5 de d'Aubigné
(éd. Réaume et de Caussade, t. IV, p. 6), Toutefois VAhhregé contient ce
correctif à la déclaration du Suravertissement des Odes : « . . .mais au-
jourdhuy pour ce que nostre France n'obeist qu'à un seul Roy, nous
Ronsard, II. 15
226 ADDITIONS ET CORRECTIONS
sommes contraints, si nous voulons parvenir à quelque honneur, de
parler son langage, autrement uostre labeur, tant fust-il honorable &
parfaict, seroit estimé peu de chose, ou (peult-estre) totalement mes-
prisé. » Et en fait Ronsard a éliminé peu à peu de son œuvre certains
termes qui sentaient trop le terroir vendômois (L. Froger, Premières
poésies de Ronsard, pp. 103 et 105). — Sur l'introduction des mots dia-
lectaux dans notre langue littéraire au xvi'= siècle, v. F. Brunot, Histoire
de la langue française, t. II, pp. 174 et suiv.
P. 83, var. du vers 7, lire : SS'7^ Pour desseiner
P. 110-120. — Les épodes, en vers heptasyllabes, doivent être mises
en retrait sur les strophes et antistrophes, qui sont en vers octosyllabes.
P. 134, app. crit., 1. 4, enlever le point après abonde,
P. 134, n. 2. — La Sebette du vers 46 (var. de 1587) est un petit
cours d'eau, dont la source est proche de Naples. Voici l'apostrophe que
lui adresse Sincero (Sannazar) dans VArcadia : « O fleuve limpide, ô
roi de mon pays^ ô gracieux & amiable Sebetho, qui de tes eaux fraiches
& claires enroses ma noble contrée. Dieu te veuille exaltera jamais ! »
(Trad. de J. Martin, f° 99 v").
P. 135, app. crit.. 1. 2, lire : 6y-8y au lieu de 60-Sy
P. 138, n. 2, 1. I, lire : Poète pastoral et dithyrambique, originaire de
Montembeuf en Charente (arr' de Confolens).
P. 144, rétablir l'appel de note 2 après la dédicace de l'ode xvi.
P. 201, lire au titre courant : livre ii.
P. 220, n, I. — Pour la tournure latine « O qui. . . Cleion t'esjouis »,
cf. Du Bellay, Vers lyriques, i, début (éd. des Œuvres par Chamard,
t. III, p. 4), et la note' du Q.. H.
P. 221, app. crit. ,1. 2 et 3, mettre un point et virgule après 1560 et
1578.
P. 234 et 235, var. des vers Set 13, lire : suppriment
TOME II
P. 55,n. 2, 1. 5, lire : Le thème a été repris en chanson au xviii' siècle
— et faire suivre la citation de cette référence : Parodies nouvelles, Paris,
Ballard, 1734.
P. 66, notes, 1. 2. — Dans sa Complainte du Désespéré (1552), Du Bel-
lay proclame encore que dans VOlive il a imité Pétrarque (v. 67 : Alors
que parmi la France. . .).
P. 86, lire : fin du troisième livre.
P. 91, note sur les éditions, ajouter cette ligne : Blanchemain (t. II,
p. 246) ; Marty-Laveaux(t. II, p. 312).
P. 122. — La strophe finale de l'ode xi rappelle le fameux vers de
Martial: Sint Maecenates, non deerunt, Flacce, Marones.
P. 159, n. 2, 1. 2, lire : Pégase.
P. i88, vers final, reporter le chiffre 35 au vers précédent.
TABLE DES MATIERES
DU TOME SECOND
TROISIEME LIVRE DES ODES
I. A Charles de Pisseleu i
II. Hinne à Saint Gervaise & Protaise $
III. A Phebus, lui vouant ses cheveus 7
IV. A Maclou de la Haie 9
V. A Madelaine aiant mari vieillard 12
VI. A la fontaine Bellerie 14
VII. A maistre Denis Lambin 15
VIII. Epipalinodie 17
IX. Hinne à la nuit 21
X. De la venue de l'esté 23
XI. Sur la naissance de François de Valois 29
XII. A son livre 31
XIII. A Janne impitoiable 33
XIV. A Joachim du Bellai Angevin 35
XV. De la convalescence d'un sien ami 40
XVI. Le baiser de Cassandre 43
XVII. A Maclou de la Haie 45
XVIII. A Charles de Pisseleu 48
XIX. A Cupidon, pour punir Janne cruelle 51
XX. Aus mouches à miel 55
XXI. Complainte de Glauce à Scylle nimphe 57
XXIL De feu Lazare de Baïf 60
XXIII. A Anthoine Chasteigner 62
XXIV. A Joachim du Bellai Angevin 65
XXV. La défloration de Lede, à Cassandre 67
XXVI. A Mercure 80
XXVII. A Michel Pierre de Mauleon 82
228 ODES
QUATRIÈME LIVRE DES ODES
I. Epithalame d'Antoine de Bourbon 87
II. A Bouju Angevin 87
III. Contre un qui lui déroba son Horace 90
IV. Au pais de Vandomois 91
V. De l'élection de son sépulcre 97
VI. Au fleuve du Loir 104
VII. A Gui Peccate, prieur de Sougé 107
VIII. A Cassandre fuiarde 113
IX. Veu à Lucine 114
X. Du jour natal de Cassandre 117
XI. Au reverendissime Cardinal du Bellai 120
XII. Veu au Somme 1 22
XIII. Des roses plantées prés un blé 124
XIV. A Cassandre 127
XV. A la source du Loir 129
XVI. Le ravissement de Cephale 133
XVII. A René d'Urvoi 148
XVIII. A sa Muse 152
LE BOCAGE
I. Avantentrée du Roi trescrestien à Paris 155
II. A son Luc 155
III. A Cassandre 163
IV. D'un rossignol abusé 165
V. A Gaspar d'Auvergne 169
VI. A lui mesme 175
VII. Chant de folie à Bacchus 177
VIII. A Gaspar d'Auvergne 180
IX. A Dieu pour la famine 184
X. A Cassandre 1 87
XI. Contre la jeunesse françoise corrompue 189
XII. A Jaques Peletier du Mans 191
XIII. A un sien ami fasché de suivre la court 192
XIV. A son retour de Gascongne 199
TABLE DES MATIERES 229
Brève exposition de quelques passages du premier livre
des Odes de Pierre de Ronsard, par I. M. P 203
Sonnet [de J. A. BayfJ 212
Sonnet [de R. R. S. de la Guillotiere] > 212
Sonnet [de J. P. de Mesmes] 213
Sonnet [de A. de la Fare] 214
Epigrainma [de Pierre du Faur] 214
'Iwdtvvou 'AupaTOu etç néxpov 'Pcovaaooov 2 1 5
'AvTwv'ou Baïçiou etç xôv auTOv. 215
Ad P. Ronsardum lo. Aurati ode 216
Ad eumdem ejusdem 222
Additions et corrections 225
TABLE ALPHABETIQUE
DES TOMES I ET II
N. B. — Les vers en italique sont des variantes
des incipit primitifs.
Tome Page
Ami, l'ami des Muses II, 192
Amour dont le traict vainqueur II, 67
Antres, & vous fontaines II, 97
Argentine fonteine vive II, 14
Aujourdui je me vanterai I, 108
Baiser fils de deus lèvres closes II, 43
Bien qu'en toi mon livre on n'oie II, 31
Cassandre ne donne pas I, 197
Celui qui ne nous honore I, 144
Ce pendant que tu nous dépeins I, 265
Cetui-ci en vers les gloires II, 87
Chanson, voici le jour II, 117
Comme un qui prend une coupe I, 61
Couché sous tes ombrages vers I» 24 3
Dedans ce grand monde où nous sommes II, 120
Déjà les grans chaleurs s'émeuvent II, 23
Délaisse les peuples vaincus II, 177
Des Autels, qui redoré* I, 221
Desçen du ciel, Caliope, & repousse I, 174
Deus, & trois fois, heureus ce mien regard II, 199
D'Homère grec la tant fameuse plume Ij 234
Dieu crespelu qui autrefois II, 7
TABLE ALPHABETiaUE 23 I
Dieu perruquier qui autrefois II, 7
Dieu te gard l'honneur du printens II, 124
Donque forest, c'est à ce jour I, 243
D'où vient cela (mon Prélat) que les hommes. ... II, i
D'où vient cela {Pisseîeu) que les hommes II, i
Ecoute un peu Fontaine vive II, 14
En Mai, lorsque les rivières II, 165
En mon cueur n'est point écrite I, 211
En quel bois le plus séparé II, 29
Espérons nous l'Italie estre prise II, 189
Et puis que l'orage est à son tour revenu II, 45
Facond neveu d'Atlas, Mercure II, 80
Fai refreschir le vin, de sorte I, 207
Grossi-toi ma Muse Françoise I, 236
Gui, nos meilleurs ans coulent II, 107
Il est maintenant tens de boire II, 9
Il estoit nuict & le présent des cieulx I, 35
Il faut aller contenter I, 72
Il faut que j'aille tanter I, 72
J'ai tousjours celé les fautes I, 128
Ja-ja, les grans chaleurs s'émeuvent II, 23
Je n'ai pas les mains apprises II, 148
Je ne suis jamais paresseus II, 82
Je suis troublé de fureur I, 65
Je te veil bastir une ode I, 167
Jeune beauté, mais trop outrecuiâée II, 33
La fable elabourée I, 131
La lune est coutumiere I, 189
La mercerie que je porte I, 138
L'ardeur qui Pythagore II, 91
La victorieuse couronne II, 5
232 ODES
Le cruel amour vainqueur II, 67
Le jour pousse la nuit II, 51
Le médecin de la peine I, 126
Le potier hait le potier I, 121
Le printens vient, naissez fleurettes II, 187
Les douces fleurs d'Hymette aus abeilles agréent. . II, 57
Les fictions dont tu décores II, 12
Les trois Parques à ta naissance I, 205
Le tens de toutes choses maistre I, 208
L'hinne que Marot te fit I, 82
Uhymne qu'après tes comhas I, 82
Lict que le fer industrieus I, 257
L'inimitié que je te porte I, 238
Lire dorée, où Phebus seulement I, 162
L'iver lors que la nuit lente II, 133
Loir, dont le cours heureus distille II, 104
Lors que la tourbe errante I, 192
Maclou ami des Muses II, 192
Ma Dame ne donne pas I, 197
Ma Guiterre je te chanté I, 229
Maintenant une fin, Denyse I, 252
Ma petite columbelle I, 246
Ma petite nimphe Maçée I, 200
Ma promesse ne veut pas I, 90
Mon âme il est tens que tu randes II, 40
Mon Daurat nos ans coulent II, 107
Muses aus yeus noirs, mes pucelles I, 219
Ne pilier ne terme dorique I, 99
Ne s'efî"roier de chose qui arive II, 62
Ne seroi-je pas encore I, 160
hPestre trop resjouy de chose qui arrive II, 62
Nimphe aus beaus yeus qui soufiles de ta bouche. II, 127
Nous avons, du Bcllai, grand' faute II, 35
Nous avons quelque fois grand'faute II, 35
Nuit, des amours ministre & sergente fidèle II, 21
TABLE ALPHABETIQ.UE 233
O déesse Bellerie I, 203
O déesse puissante II, 114
O Dieu des exercites II, 184
0 fontaine Bellerie I, 203
O France mère fertile I, 100
O grand beaulté mais trop outrecuidéc II, 33
0 mon Loir, dont le cours distille II, 104
O Père, ô Phebus Cynthien I, 154
O pucelle plus tendre I, 248
O terre fortunée I, 221
O terre, ô mer, ô ciel épars II, 17
Où allez vous filles du ciel II, 55
Où print Amour ceste grandeur de gloire I, 39
Paccate, qui redore I, 22 1
Plus dur que fer j'ai fini mon ouvrage II, 152
Puis que d'ordre à son rang forage est revenu. II, 45
Puis que la mort ne doit tarder II, 180
Puissai-je entonner un vers I, 135
Quand Anthoine espousa I, 9
Quand je seroy' si heureux de choisir I, 3
Quand la Guienne errante I, 192
Quand la tourbe ignorante I, 192
Quand mon Prince épousa I, 9
Quand tu aurois des Arabes heureus I, 183
Quand tu n'aurois autre grâce I, 79
Que les formes de toutes choses II, 15
Que nul papier dorennavant I, 226
Que tardes- tu, veu que les Muses II, 175
Quiconques ait mon livre pris II, 90
Refraischy moy le vin^ de sorte I, 207
Si autrefois sous l'ombre de Gatine II, 155
Si cet enfant qui erre II, 163
Si les âmes vagabondes II, 65
234 ODES
Si les Dieus I
Si l'oiseau qu'on voit amener
Soion constants, & ne prenon souci I
Somme, le repos du monde I
Source d'argent toute pleine I
Souventefois twus avons faute I
Sus lue doré, des Muses le partaige
Tableau que l'éternelle gloire
Ta génisse n'est assés drue
Telle fin maintenant soit mise
Telle fin que tu vouldras mettre
Toreau qui desus ta crope
Tu me fuis de plus vile course I
Tu me fuis d'une course viste I
Vien à moi mon lue que j'acorde. . . >
Voici venir d'Europe tout l'honneur
Vous faisant de mon écriture I
. universités
i BIBLIOTHECA
. Ottavionsis
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Achevé d'imprimer à Mâcon,
par Protat frères^
le 28 Mai 1^14.
MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS.
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